Le record, l’Everest et l’ivresse du sport

Hier à l’Aquatics Centre, les Français sont devenus champions olympiques du 4×100 mètres nage libre. Une victoire sur le fil en remake inversé de la finale de Pékin quatre ans plus tôt, déjà contre les Américains. Yannick Agnel, le dernier relayeur français, a terminé la course sur un temps – lancé – canon : 46’47 ». Soit une seconde pile de moins que Ryan Lochte, qui venait pourtant d’être sacré champion olympique (en 4×100 mètres 4 nages). Une petite seconde dans la vie, une éternité dans un bassin olympique.

Plus tôt dans la journée, l’Américaine Dana Vollmer, déjà championne du monde de la distance, a battu le record du monde du 100 mètres papillon de 8 centièmes. Elle est ainsi devenue la première nageuse de l’histoire à passer sous la barre mythique des 56 secondes en 55’98 ».

Il y a des barres symboliques en sport, des seuils que chaque sportif rêve d’être le premier à franchir un jour. Chaque barre est un Everest, jusqu’à ce qu’elle soit franchie. Une nouvelle barre vient alors la remplacer.

Il peut s’agir d’un seuil symbolique, rond, facile à retenir. Le premier homme à être descendu sous la barre la plus légendaire du sport, les 10 secondes aux 100 mètres en athlétisme, s’appelait Jim Hines et il a établi ce record en 1968. Pendant plusieurs décennies, les records sur la distance se sont situés entre 10 secondes et 9’85 ». En 1999, Maurice Greene a passé la nouvelle barre mythique des 9’80 ». À partir de 2005, les Jamaïcains ont affolé les chronos et régulièrement battu le record, jusqu’aux 9’58 » absolument déments d’Usain Bolt en 2009. Depuis que Bolt a ramené le record sous la barre des 9’60 », une barre que personne ne s’attendait à voir franchie aussi vite, les scientifiques ont revu leur copie. Eux qui estimaient les limites physiologiques humaines à 9’50 », affirment désormais, après Bolt l’extraterrestre, qu’elles se situent plutôt à 9’36″…

Les barres mythiques ne sont pas uniquement temporelles. Sergueï Bubka a ainsi été le premier homme à franchir les 6 mètres à la perche et Yelena Isinbayeva a été la première femme à passer la barre jusque là impossible des 5 mètres. Ces barres, même si elles ont été franchies, restent toujours l’horizon ultime pour nombre d’athlètes du fait de leur difficulté.

Un seuil n’est évidemment pas toujours rond. Il peut aussi s’agir de records anciens, que personne ne semble capable de battre, malgré les années qui passent. Le record de Bob Beamon à la longueur à Mexico en 1968 (8,90 m) a tenu pendant plus de 20 ans, jusqu’à ce soir d’anthologie à Tokyo en 1991 où Carl Lewis (8,91 m mais avec un vent trop favorable pour qu’il soit homologué) et Michael Powell (8,95 m) l’ont tous les deux battu.

En natation, les records tombent plus régulièrement qu’en athlétisme, mais il en était un qui semblait intouchable : celui du 1500 mètres nage libre détenu par Grant Hackett depuis 2001. Un record sacré qui a tenu 10 ans, une éternité en natation, jusqu’à ce que le Chinois Sun Yang, porté par le public de Shanghai, le fasse tomber fin 2011.

Les records sont faits pour être battus. Mais jusqu’où pourra-t-on aller ? Atteindra-t-on un jour les limites physiques de l’homme ? Que se passera-t-il alors ? Les grandes compétitions et le professionnalisme survivront-ils à cette stagnation ? Les sports à record sans record seront-ils remplacés par de nouveaux sports ? Pour les spectateurs que nous sommes, cela ressemble encore à de la science-fiction mais peut-être plus pour très longtemps…

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