100 mètres, 10 secondes et un peu d’éternité

S’il y a bien un sujet sur lequel tout le monde s’accorde, c’est que la finale masculine du 100 mètres est un must olympique. Celle de dimanche soir, la plus rapide de l’histoire, n’a pas dérogé à la règle. Programmée en soirée, annoncée dès le début des épreuves d’athlétisme, elle ne souffre aucune excuse. C’est vrai, après tout : qui a mieux à faire pendant 10 secondes ?

Pourquoi le 100 mètres est-elle l’épreuve reine de l’athlétisme et, au-delà, des Jeux olympiques ? Pourquoi est-ce que cette course qui dure moins de 10 secondes arrête-t-elle le temps ? Les explications sont nombreuses. En voici quelques-unes.

La première est historique. Les Jeux olympiques antiques tournaient principalement autour de l’athlétisme. Cette filiation est restée lorsque Coubertin a rénové les Jeux. L’athlétisme est toujours la seule discipline dont les épreuves ont lieu dans le stade olympique où brûle la flamme. Un privilège géographique et symbolique qui place l’athlétisme au-dessus des autres. Et parmi ces sports athlétiques, le 100 mètres est le plus court, le plus dramatique et un des plus télégéniques.

La deuxième est due à la personnalité de ses athlètes. Le 100 mètres compte certaines des plus grandes stars de l’histoire du sport. De Jesse Owens aux JO de Berlin en 1936 à Usain Bolt à Pékin en 2008 et à Londres cette année en passant par Carl Lewis à Los Angeles en 1984, les icônes sont inoubliables. Les « showmen » américains des années 1990 (Maurice Greene et consorts), auxquels ont succédé les Jamaïcains, sont aussi venus apporter un supplément théâtral très apprécié des médias.

Lorsqu’un scandale vient frapper la réputation du 100 mètres, il ne fait finalement que renforcer sa légende. Ben Johnson à Séoul en 1988 survole la finale en 9’79 ». Même le King Carl, 2ème de la course, paraît ridicule à côté du Canadien. Mais, très vite, la vérité éclate : Ben Johnson est reconnu coupable de dopage aux stéroïdes anabolisants. Il est déchu de son titre et de son record du monde et ne retrouvera jamais son niveau (il sera même une nouvelle fois suspendu pour dopage en 1993). Il faudra attendre 2005 pour que le record invalidé de Johnson soit réellement battu. Asafa Powell, le Jamaïcain, court en 9’77 ». Entre temps, l’Américain Tim Montgomery avait fait 9’78 » en 2002 mais il avait, lui aussi, été reconnu coupable de dopage par la suite…

Le 100 mètres féminin est moins suivi que celui des hommes et l’une des raisons est directement liée au dopage. Le record du monde du 100 mètres féminin est toujours détenu par Florence Griffith-Joyner (10’49 ») depuis les mêmes Jeux de Séoul. Si le dopage de Ben Johnson a été rapidement prouvé, celui de l’athlète américaine n’a jamais pu l’être, même si personne ne doute aujourd’hui qu’elle ait été dopée. Son décès prématuré en 1998 à l’âge de 38 ans n’a fait que renforcer l’évidence du dopage. Son record n’a toujours pas été approché à moins de 15 centièmes et ce, après 24 ans. L’athlétisme, avide de records, n’aime pas qu’ils restent invaincus aussi longtemps. Le public se désintéresse si aucun record important n’a une chance d’être battu. La seule qui ait apporté un vrai regain d’intérêt pour la discipline a été Marion Jones entre 1997 et le début des années 2000. Malheureusement, elle fut, elle aussi, convaincue de dopage. Et ce n’est pas surprenant quand on sait que son conjoint de l’époque n’était autre que la star masculine du 100 mètres : Tim Montgomery.

Aujourd’hui, les performances des athlètes semblent un peu moins sujettes à débat. Les  9’58 » de Bolt sont un chrono hallucinant mais rares sont les polémiques sur son compte. Quelques soupçons de dopage ont bien sûr couru. Jusqu’ici sans fondement, semble-t-il. Pourvu que ça dure. Pour être appréciées à leur juste valeur par les (télé)spectateurs, ces presque 10 secondes doivent être vécues sans l’ombre d’un doute.

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4 réflexions sur “100 mètres, 10 secondes et un peu d’éternité

  1. excellent article,bien documenté.La problématique du dopage est évoquée avec justesse, au regard des sprinteurs sanctionnés,le plus connu étant le champion olympique de 2004,Gatlin, revenu de sa suspension ..juste à temps pour décrocher le bronze à Londres..Certains cyniques n’hésiterons pas à jeter l’opprobe sur tous les athlètes de haut niveau et à mettre en doute la validité des records actuels et à venir.. c’est un écueil à éviter,tout en restant vigilant, bien sur. Les tricheurs ont bien souvent une longueur d’avance sur ceux qui les controlent, mais finissent par se faire prendre, d’autant plus que les techniques actuelles permettent de remonter des années en arrière.. et ainsi prendre la main dans le sac les dopés, éventuellement médaillés, qui se croyaient tranquilles.. donc,apprécions sans arrière pensée les exploits actuels des champions des Jeux.

  2. Merci ! Oui, tout à fait, avec les techniques actuelles, on peut mieux voir ce qui s’est fait dans le passé. Du coup, autant ne pas trop y penser pendant qu’on regarde les courses.

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