L’Inde, nain olympique et énigme sportive

Il a beaucoup été question de l’Inde lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Londres. Pas pour sa délégation de sportifs mais parce qu’une jeune inconnue a réussi à s’incruster à côté du porte-drapeau de la délégation. Drôle de fait de gloire.

L’Inde n’a jamais été une grande nation olympique, même si elle participe aux JO depuis 1900 avec un seul athlète (d’origine britannique) et depuis 1920 avec une délégation. Elle a remporté des médailles principalement en hockey sur gazon, sport national, qu’elle a dominé jusqu’en 1980. Sa première médaille en individuel ne date que de 2008 au tir à la carabine. Quelles sont les raisons de ce retard malgré une population de plus d’1,2 milliard d’habitants, un fantastique réservoir qui devrait pourtant receler un potentiel élevé de champions ?

Tout d’abord, chaque pays a ses sports rois. Or, la passion dévorante des Indiens est le cricket, qui n’est pas un sport olympique. C’est dommage car c’est, de très loin, le sport qui galvanise le plus les foules. Chose souvent incompréhensible pour les pays qui ne font pas partie de l’ancien empire britannique tant le cricket est long, compliqué et relativement ennuyeux. C’est pourtant celui qui met le mieux les Indiens en valeur et leur permet de se mesurer à l’ancien colon britannique et au voisin pakistanais. L’autre sport national, le hockey sur gazon, a apporté beaucoup de médailles d’or à l’Inde aux JO mais ce n’est plus le cas depuis les années 80. Bilan mitigé sur les sports préférés donc.

Pendant longtemps, le sport n’a pas été une priorité pour cette démocratie en développement. À quoi bon dépenser de l’argent dans ce domaine a priori futile quand il y avait tellement d’autres choses à faire pour le pays ? Quelques histoires rapportées par des sportifs indiens montrent bien la désinvolture voire le désintérêt total des pouvoirs publics et des organismes sportifs. Abhinav Bindra, le fameux premier médaillé d’or à Pékin en tir, a raconté que le comité olympique indien lui avait fait livrer des chaussures de tir de la mauvaise pointure en 2008 : du 45 pour le pied gauche, du 41 pour le pied droit… Et quand, quelques années plus tôt, il avait réalisé un score parfait de 400 points à l’âge de 14 ans, celui-ci n’aurait pas été validé parce que ce score n’avait encore jamais été réalisé en Inde… Ces anecdotes illustrent une des raisons souvent invoquées pour expliquer l’absence de l’Inde au plus haut niveau mondial : l’exclusion culturelle du record et de la performance. Avec une seule exception acceptée par tous : le cricket. Mais les temps ont, semble-t-il, changé et les aspirations de la classe moyenne indienne se reflètent aujourd’hui dans un changement des mentalités à propos du sport. Il n’est apparemment plus mal vu de vouloir gagner.

Pour briller à l’international, un pays a besoin de bons programmes d’entraînement structuré. Ce n’est pas le cas en Inde. Suite à ce constat, le milliardaire Lakshmi Mittal a décidé d’aider son pays en donnant de l’argent de sa fortune personnelle pour créer le Mittal Champions Trust, qui se concentre depuis quelques années sur des sports tels que le tir à l’arc, la boxe, la lutte ou encore le squash. Le cricket ne fait pas partie des sports soutenus. Si les résultats ne sont pas encore très impressionnants, le pays progresse peu à peu : l’Inde est revenue de Pékin avec de l’or en individuel pour la première fois de son histoire et a actuellement 3 médailles à Londres (une en argent et deux en bronze). Elle a aussi réalisé un beau parcours lors des Jeux du Commonwealth en 2010 (2ème, loin derrière l’Australie mais devant l’Angleterre). La volonté et l’argent du milliardaire pourraient être un déclencheur, surtout que les pouvoirs publics ont aussi décidé de s’intéresser au sport. 50 millions de dollars ont ainsi été donnés par le gouvernement pour son équipe olympique à Londres. Et pour motiver les sportifs, Sahara Group, qui sponsorise notamment l’écurie de Formule 1 Force India, a promis 5 kilos d’or pour chaque médaillé d’or.

Il faudra attendre la fin des JO de Londres et surtout ceux de Rio en 2016 pour voir si ces investissements et ces incitations ont un réel impact sur les résultats olympiques indiens. Et voir si les Indiens ont envie de délaisser pour un temps le cricket afin de soutenir leurs autres sportifs !

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