Quand la prothèse devient œuvre d’art

Vous l’avez peut-être remarquée. Certainement, même. Si vous avez regardé l’athlétisme aux Jeux paralympiques, vous ne pouvez pas avoir manqué « Golden Vespa ». Derrière ce nom digne d’un personnage de « Kill Bill » se cache, en fait, la prothèse pour l’avant-bras gauche d’Arnaud Assoumani (double médaillé d’argent français à Londres en longueur et triple saut). Ce frelon jaune et noir qui révolutionne l’univers habituellement très classique des prothèses est né grâce à un concours lancé par l’athlète. Il a demandé à des designers de lui créer une nouvelle prothèse sur le thème des super héros. C’est Thomas Hourdain qui a remporté le concours avec une idée simple et belle : tel un Spiderman des stades d’athlétisme, Arnaud aurait été piqué par un frelon, qui lui aurait donné des super pouvoirs lui permettant de devenir un super sportif. Une jolie façon de changer le regard porté sur les prothèses.

Un but également partagé par une Australienne du nom de Jessica Sutton. Cette jeune femme de 33 ans, porteuse d’une prothèse à la jambe droite, a demandé à des artistes amputés de « twister » des prothèses usagées pour en faire des œuvres d’art. Le résultat, vraiment étonnant, était exposé à Londres jusqu’à la fin des Jeux paralympiques. L’exposition s’appelait « Spare parts » (pièces de rechange).

Si ce genre d’initiatives aide à briser un tabou dans les pays occidentaux, il ne faut pas oublier qu’il y a de nombreux pays dans le monde où posséder une prothèse, même vieille, même moche, est un luxe absolu. En Afghanistan, par exemple. Sur le million d’handicapés du pays, beaucoup n’ont pas accès aux prothèses ou aux chaises roulantes dont ils auraient besoin. Le seul sportif handisport afghan présent à Londres s’appelle Mohamed Rahimi. Il a perdu une partie de sa jambe droite à l’âge de douze ans en sautant sur une mine antipersonnel russe sur le chemin de Kaboul. C’est avec une prothèse en plastique donnée par la Croix-Rouge, pas tout à fait à sa taille, qu’il marche. Mais il fait partie des chanceux. Il a une prothèse et il arrive même à s’entraîner en haltérophilie. Pas sur du matériel homologué, certes. Mais c’est déjà ça.

Alors, évidemment, on est loin des expositions de prothèses artistiques et des bras bioniques mais tous ces combats sont finalement les mêmes. Ils en sont juste à des stades différents. Qu’il s’agisse de l’accès de tous aux prothèses ou de l’acceptation voire de l’admiration de ces prothèses par les valides, les Jeux paralympiques sont une tribune mondiale pour les sportifs et les artistes afin de faire parler du handicap. Vivement le jour où les athlètes afghans auront aussi des bras bioniques !

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