Le Super Bowl, cette étrange et fascinante équation américaine

Chaque année, c’est la même chose. L’espace d’un week-end, l’Europe se passionne pour le football américain. Ensuite, hormis les vrais amateurs qui continuent à suivre le championnat US, les autres s’en désintéressent jusqu’au dimanche de la fin du mois de janvier ou du début du mois de février de l’année suivante. Peut-être parce qu’il y a trop d’autres sports à suivre, peut-être parce que le fossé est trop grand entre les Américains et le reste du monde. Quoiqu’il en soit, en Europe, le foot américain se résume quasiment à un match par an. Mais quel match !


show_feu_beyonce_super-bowl_2013

Ce fameux dimanche situé entre fin janvier et début février, c’est le « Super Bowl Sunday », le deuxième jour de l’année durant lequel les Américains consomment le plus (après Thanksgiving). Même si ce n’est pas officiel, cette journée est de fait considérée comme un jour férié. Et l’événement est souvent à la hauteur de l’attente. Sportivement déjà car il s’agit du seul grand championnat américain dont la finale se déroule sur un seul match. La tension est donc terrible. S’il ne s’agit officiellement que de la finale du championnat américain, c’est évidemment officieusement la finale du championnat du monde de football américain. Côté « entertainment », le show est total : une star chante l’hymne national avant le coup d’envoi (la version de Whitney Houston en pleine guerre du Golfe en janvier 1991 est restée comme la référence), d’autres stars offrent un spectacle d’anthologie durant la mi-temps (celui de Beyoncé dimanche dernier va rester dans les annales) et les grandes marques présentent leurs nouvelles publicités phares (à 4 millions de dollars les 30 secondes de spot, il y a intérêt à montrer une pub marquante…).

Pour les pauvres petits Européens que nous sommes, il faut rester réveillé toute la nuit pour assister à tout cela. Le lendemain, les yeux un peu injectés de sang et les cernes un peu plus noires qu’à l’accoutumée, les courageux qui ont fait une nuit blanche à regarder des colosses faire du sport pendant qu’eux buvaient des bières et mangeaient des chips se font passer pour des héros auprès de leurs collègues au bureau en prenant l’air mystérieux de ceux qui ont vécu une expérience mystique impossible à raconter sans la dénaturer. C’est souvent assez vrai. Le Super Bowl (inutile de dire la finale du Super Bowl puisque le nom désigne uniquement le match de la finale), c’est une tragédie grecque agrémentée de paillettes américaines.

corbeau_Ravens_Super-bowl_2013

Dimanche 3 février 2013, au Superdome de la Nouvelle-Orléans, les Ravens de Baltimore ont gagné face aux San Francisco 49ers. Le match avait été baptisé « Harbowl » car, pour la première fois de l’histoire du Super Bowl, deux frères, John et Jim Harbaugh, entraînaient les deux équipes finalistes. Et c’est l’aîné, John, qui a finalement battu son cadet dans une finale en montagnes russes.

coupure-_courant_super-bowl_2013

Les Ravens menaient très largement au score. Ils ont même eu jusqu’à 22 points d’avance. Et puis, parce que les shows les plus professionnels du monde ont leur part de fatalité et d’erreur, l’électricité a été coupée pendant une demi-heure dans le stade. Grand moment de solitude pour la machine de guerre qu’est habituellement le Super Bowl. Lorsque l’électricité est revenue, c’est comme si elle en avait profité pour ressusciter San Francisco. Les 49ers sont remontés au score, tellement bien remontés qu’ils auraient même pu gagner à moins de trente secondes de la fin du match. Mais la chevauchée fantastique s’est arrêtée brutalement et les Ravens sont devenus champions au bout du suspense. Les joueurs de la ville de la série « The Wire » ont gagné leur deuxième Super Bowl après celui décroché douze ans plus tôt.

Ray_Anthony_Lewis_Superbowl_2013

Lors du premier titre en janvier 2001 (le Super Bowl XXXV dans la classification officielle), c’était Ray Lewis, le linebacker, qui avait été élu MVP (most valuable player) du match. En 2012, malgré de nouvelles blessures durant la saison, il est revenu en forme pour emmener son équipe au Super Bowl. Bien avant de se qualifier pour la finale, Lewis a annoncé que cette saison serait sa dernière. À 37 ans et après 17 saisons en NFL (National Football League), « Master of Disaster », comme on le surnomme, a décidé d’arrêter. Quelques larmes d’émotion ont baigné son regard noir de motivation pendant qu’Alicia Keys terminait le « Star-Spangled Banner » au piano puis c’était parti pour son dernier match. Certains ont du flair pour choisir leur sortie.

Publicités

2 réflexions sur “Le Super Bowl, cette étrange et fascinante équation américaine

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s