Est-ce la lutte finale ?

Les championnats d’Europe qui se déroulent actuellement à Tbilissi en Géorgie ont un goût très particulier. L’avantage lorsqu’on menace de supprimer un sport du programme olympique, c’est que, tout d’un coup, on allume les projecteurs sur lui et on réalise que les Jeux ne seront pas tout à fait pareils sans sa présence. Et cet être cher qui nous manque déjà tant alors qu’il ne devrait disparaître que pour les JO de 2020, c’est la lutte.

Au-delà de l’aspect historique d’une discipline plusieurs fois millénaire et notamment pratiquée chez les Grecs de l’Antiquité, la lutte gréco-romaine fait partie du programme olympique depuis les premiers Jeux modernes de 1896. La lutte libre, elle, est apparue aux JO dès 1904. Autant dire que ce sont des sports piliers de l’olympisme moderne qu’on annonce vouloir supprimer. Comment cela a-t-il pu arriver ?

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Même si la menace plane depuis de nombreuses années, c’est après les JO de Londres en 2012 que le Comité international olympique (CIO) a revu l’ensemble des sports du programme olympique selon tout un tas de critères (universalité, popularité, coûts d’organisation, système de contrôle antidopage,…). La lutte est arrivée bonne dernière. L’annonce brutale a été faite le 12 février dernier : la lutte devrait être supprimée à partir des JO de 2020.

Cette décision – qui doit encore être validée en septembre – a plongé les fédérations de lutte du monde entier dans l’incompréhension. Elle a même fait réagir un large public qui n’y connaît absolument rien en lutte. Le cataclysme est tel qu’il a même uni lutteurs iraniens et américains, deux peuples qui accordent beaucoup d’importance à la lutte, pour se battre ensemble à coups de manifestations et de pétitions. Deux champions olympiques, un Bulgare et un Russe, ont d’ores et déjà renoncé à leur médaille d’or en guise de protestation. Quant à à l’entraîneur de l’équipe nationale de lutte gréco-romaine bulgare, double champion olympique, il a entamé une grève de la faim.

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Les réactions extrêmes du monde de la lutte s’expliquent par l’absolue nécessité pour ce sport de rester une discipline olympique. Les JO sont la vitrine mondiale de la lutte. Contrairement à d’autres sports, elle a besoin de cette exposition tous les quatre ans pour vivre et survivre. Sans JO, la lutte attirerait de moins en moins de jeunes sportifs et pourrait mourir, pas seulement olympiquement parlant, dans quelques années.

La lutte n’est pas encore morte pour l’olympisme mais elle est vraiment moribonde. Même si une réforme de ce sport est certainement nécessaire, la suppression olympique est un geste brutal dont il ne se relèverait sans doute pas. Pourquoi veut-on tuer la lutte olympique ? Pour des raisons marketing. La lutte n’est pas le sport le plus médiatique du monde, évidemment. Certaines disciplines plus attrayantes pour les sponsors et les médias pourraient la remplacer. Le monde change, bien sûr, et les contraintes du CIO doivent évoluer. Mais était-il vraiment nécessaire de supprimer ce noble sport antique ? Est-ce que les quelques millions que ce changement va certainement apporter méritent de vendre l’âme de l’olympisme encore une fois ?

Pourquoi l’enlever purement et simplement ? Pourquoi ne pas la laisser et ajouter d’autres petits nouveaux puisque certains sports méritent clairement d’entrer au programme olympique ? Parce que les règles du CIO sont strictes et que le nombre de sports olympiques est limité à 28. Après l’exclusion du baseball et du softball (présents jusqu’en 2008 à Pékin), il n’y avait plus que 26 sports à Londres en 2012 faute d’un accord sur les deux nouveaux sports à inclure. Avec le retour du golf et du rugby dès 2016 à Rio, la limite des 28 sports est donc atteinte. Si le CIO souhaite ajouter un nouveau sport, il lui faut donc en supprimer un. Et le CIO souhaite évidemment ajouter un nouveau sport à sa palette. La lutte se présente à sa propre succession, bien sûr, mais les rivaux sont nombreux et motivés. Il y a le squash et le karaté, deux sports populaires qui tentent d’entrer dans le monde merveilleux des JO depuis un moment déjà. Il y a l’escalade aussi, le baseball et le softball, qui veulent effectuer un come back rapide dans le programme olympique, et, enfin, des sports récents et en vogue tels que le wakeboard, le wushu et les sports de roller.

Pierre_Coubertin_tombe_jeux_olympiques

À moins d’une volte-face du CIO gêné par le scandale déclenché par l’annonce probable de la suppression de la lutte, cela risque d’être terrible en septembre à Buenos Aires. Le CIO va y annoncer le nom de la ville hôte des Jeux de 2020 et le nom du 28ème sport retenu. Qui de Madrid, Tokyo ou Istanbul arrachera de haute lutte les premiers Jeux a priori sans lutte ? Qui accueillera les Jeux qui auront une nouvelle fois fait se retourner dans sa tombe le Baron de Coubertin ?

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4 réflexions sur “Est-ce la lutte finale ?

  1. comme toujours je me sens encore un peu plus instruite après avoir lu votre article, j’ai aussi senti un petit pincement au coeur en pensant que je ne verrai plus ces belles prises que je regardais régulièrement tous les quatre ans aux JO, (mari sportif, iranien oblige!). Les illustrations sont très expressives et bien pensées.
    Bravo les onions, j’attends avec impatience vos prochains articles.

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