Bref éloge du Tour de France

« Mais comment tu fais pour regarder le Tour de France ? ll ne se passe rien. À part pour les sprints et les étapes de haute montagne, c’est ennuyeux à mourir ». Cette remarque, tout passionné de la Grande Boucle l’a déjà entendue. Et lorsqu’il a voulu répondre, les mots lui ont souvent manqué. Pas parce que son interlocuteur avait raison mais parce qu’il est souvent difficile d’expliquer le plaisir qu’il y a à suivre pendant plusieurs semaines d’affilée et durant de nombreuses heures quotidiennes des cyclistes sur des routes ensoleillées. Qu’il n’est pas évident de raconter l’agréable langueur de ces après-midis de juillet lorsque vous regardez, un verre de limonade à la main et affalé sur votre canapé, les champions se disputer les étapes. Et le moment magique où vous posez votre verre sur la table et vous asseyez correctement pour suivre avec attention la première échappée viable, le dernier col du jour, le sprint à l’arrivée voire la crevaison d’un des favoris.

Pour ceux qui sont fans, il n’y a rien à dire de plus. Le Tour, c’est sacré. Pour les autres, voici une petite tentative pour vous émerveiller un peu…

TourdeFrance2013_dopage

Déjà, cette année, le Tour de France cycliste fête sa 100ème édition. La course a été créée en 1903 par le jeune journal « L’Auto » afin de faire progresser ses ventes. Une invention marketing astucieuse qui est immédiatement devenue une passion tricolore, un facteur d’union nationale et même un moyen d’expression des prétentions françaises sur l’Alsace-Lorraine avant la Première guerre mondiale. Les étapes allemandes ont d’ailleurs été interdites à partir de 1911 par l’empereur Guillaume II, inquiet de voir se manifester bruyamment les sentiments pro-français de la population locale.

Si le Tour n’affiche que 100 éditions au compteur alors qu’il a été lancé il y a 110 ans, c’est parce qu’il n’a évidemment pas eu lieu durant les deux guerres mondiales.

OR_TourdeFrance2013_Corse

Et pour ce 100ème Tour, les organisateurs ont vu les choses en grand. Pour la première fois de son histoire, la course passera par la Corse. Afin de réparer l’affront de n’y avoir jamais encore mis les roues, ce seront les trois premières étapes qui y feront escale. Autre nouveauté qui s’annonce spectaculaire, le sommet de l’Alpe-d’Huez sera franchi deux fois durant la même étape. Enfin, l’arrivée se fera en nocturne sur les Champs-Elysées avec, comme clou du spectacle, le tour de l’Arc de Triomphe.

Si le Tour de France est toujours télégénique grâce aux splendides paysages français, cette édition a véritablement mis l’accent sur cet aspect. Arrivée en prime time à Paris, choix des régions françaises les plus touristiques avec, notamment, un contre-la-montre individuel au Mont-Saint-Michel,… Au détriment, selon certains, d’étapes mythiques habituelles comme le Tourmalet ou le Galibier dont les sommets ont souvent fait et défait les légendes cyclistes.

Le Tour 2013 est un Tour moderne, efficace, professionnel. Il reste entaché par les scandales de dopage. Mais on espère chaque année que ce Tour-ci soit propre et beau. Et les commentateurs ne ratent jamais une occasion de raconter les plus belles anecdotes des courses précédentes. Ce sont aussi ces petits moments incroyables qui vous font vibrer, malgré la langueur, la chaleur et la limonade. Ces petites incursions dans le passé. Allez, pour vous donner envie d’écouter les autres événements fous dont le Tour de France a été témoin, en voici un exemple en guise d’amuse-bouche.

OR_Tour_France_Eugene_christophe_1913

Retour en 1913. Eugène Christophe est un grand malchanceux. De ces perdants magnifiques qui n’abandonnent jamais et fascinent les foules. Durant cet été 1913 donc, Eugène Christophe est leader de la course lorsqu’une voiture le renverse dans la descente du Tourmalet. Le col mythique inscrit déjà son nom dans la légende – noire, cette fois – du Tour. En 1913, le règlement de la course interdit tout aide extérieure. C’est donc seul que le cycliste parcourt 15 kilomètres à pied pour réparer de ses propres mains la fourche brisée de son vélo dans une forge à Sainte-Marie-de-Campan. Il repart ensuite sur son vélo pour terminer l’étape. Bien entendu, il ne rattrapera jamais les heures de retard et ne gagnera pas le Tour. Mais son nom est resté célèbre. Et, devant la fameuse forge, une plaque commémorative salue depuis 2003 son courage et sa ténacité. Eugène Christophe était un forcené, un indestructible, un champion comme le Tour de France les adore.

Des héros au bout de l’effort, des drames, des événements absurdes, des paysages splendides et des cours d’Histoire de France vous attendent. Comment pourriez-vous vous ennuyer ? Bon Tour 2013 !

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4 réflexions sur “Bref éloge du Tour de France

  1. Je me suis reconnue dans la première phrase de votre article !
    Mais je dois avouer tout de même que je ne trouve aucun contre argument à tout ce qui vous avancer ici !
    J’essaierai de re-re-re-tester demain de suivre une étape en entier ! Si j’y arrive, votre pari sera amplement réussi !
    En tout cas très bel article, j’aime beaucoup le ton que vous donner à votre écriture !

    N’hésitez pas à venir sur mon blog : petitchelem.wordpress.com
    (Nouvel article : Portrait de « la joueuse » du top 20 [tennis])
    Twitter : https://twitter.com/Petit_Chelem

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