L’épopée de l’équipe de futsal féminine iranienne

Il y a quelques jours, un événement exceptionnel a eu lieu : les femmes iraniennes ont été médaillées d’argent des Asian Indoor and Martial Arts Games de futsal. Des championnats asiatiques, du futsal et des femmes iraniennes… Ça ne vous fait pas rêver ? Eh bien, c’est simplement parce que vous ne vous rendez pas compte de l’exploit que cela représente. Petite explication détaillée.

Futsal_Femmes_argent_Iran-Japon

Le futsal, c’est le football en salle. 5 joueurs dans chaque équipe, un ballon et deux cages de but. Un dérivé du bon vieux sport préféré d’à peu près tout le monde. Une version qui peut se jouer en intérieur ou en extérieur, sur des terrains plus petits. Un sport qu’on peut donc facilement pratiquer, contrairement à son aîné, qui ne supporte pas l’étroitesse ou l’enfermement. Le futsal a été inventé en Amérique du Sud dans les années 1930 et s’y est développé pendant plusieurs décennies. Le premier président de la Fédération internationale de futsal, la FIFUSA, est un Brésilien, un certain Joao Havelange… qui quittera ensuite ce poste pour diriger la FIFA (Fédération international de football). Et c’est sous l’impulsion du président Havelange que la FIFA récupérera le futsal sous son giron et organisera les premiers Championnats du monde version FIFA de la discipline en 1989. Ce qui rend la lecture des événements de futsal compliquée, c’est que la FIFA et la FIFUSA continuent à organiser leurs tournois en parallèle. Les championnats, les coupes et les compétitions régionales sont multiples. Certains pays ont même plusieurs fédérations de futsal.

De nombreuses grandes stars du football brésilien comme Pelé, Socrates ou Ronaldinho ont débuté leur carrière en jouant au futsal. Au Brésil, d’ailleurs, le futsal est pratiqué par plus de personnes que le football. C’est dire sa popularité !

De façon assez peu surprenante, côté masculin, ce sont quasiment les mêmes pays qui dominent le futsal que le football. Le Brésil est le grand pays sud-américain, devant l’Argentine et l’Uruguay. L’Espagne domine le futsal européen. Et, en Asie, c’est l’Iran qui est la nation la plus forte de la discipline – très populaire dans le pays – avec 10 victoires sur les 12 compétitions continentales jouées. Le Japon a remporté les deux autres championnats continentaux.

Portrait_Joao_Havelange_1989

Et c’est justement un match Japon-Iran qui a clos le championnat féminin en ce début de mois de juillet. Une suprématie asiatique que les deux nations partagent donc également du côté des dames, désormais. Le tournoi durant lequel s’est déroulé ce match s’appelle les Asian Indoor and Martial Arts Games, un nom à rallonge qui est, en fait, la fusion récente de deux événements sportifs asiatiques, les Asian Indoor Games et les Asian Martial Arts Games. La première édition sous ce nouveau nom s’est tenue à Incheon en Corée en juillet 2013.

En finale, les joueuses iraniennes ont ouvert le score. Elles ont ensuite été rattrapées par les Japonaises. Dans ce match extrêmement serré et tendu, ce n’est qu’à la fin des prolongations que les Nippones ont marqué le but de la victoire. Grande tristesse du côté iranien tant le triomphe était proche. Mais les sourires ont rapidement remplacé les larmes car ces jeunes femmes venaient de réaliser un immense exploit. Elles sont devenues les premières Iraniennes d’un sport collectif de ballon à remporter une médaille de toute l’histoire du pays. Après avoir systématiquement progressé à chaque compétition (5èmes, 4èmes puis 2èmes cette année), elles auront évidemment la victoire finale en ligne de mire en 2017 à Achghabat (Turkménistan).

Drapeau_Japon_Futsal_Asian-Indoor_2013

Elles ont effectué un bond incroyable du statut de téléspectatrices confinées derrière leur écran pour atteindre la finale d’un tournoi en tant que sportives, alors qu’on leur interdit toujours de se mêler à la joie des hommes comme simples spectatrices d’un match de football masculin. Puisqu’elles ne peuvent pas être supportrices, elles seront championnes.

Et ce qui rend leur médaille encore plus émouvante, c’est qu’elles ont joué sans bénéficier d’une visibilité médiatique digne de ce nom. En effet, si les Iraniennes portent un uniforme conforme aux exigences islamiques (foulard noué autour du visage, legging opaque, tunique large), leurs adversaires, elles, n’ont pas la même tenue. Et les télévisions d’Etat ne montrent donc pas d’images de leurs matchs… Malgré tout, les Iraniens, hommes et femmes, se sont enthousiasmé pour leurs championnes grâce à Internet. La page Facebook de l’équipe, très active, est suivie par plus de 2000 personnes. Et les commentaires de félicitations de la part des Iraniens à l’intérieur du pays et de ceux vivant à l’étranger ont fleuri sur les articles annonçant le résultat final. Un documentaire sur elles est même en fin de montage et devrait être présenté – Inch’Allah – dans de nombreux festivals. Un bon début qui, on l’espère, prouvera à tous que le sport féminin iranien mérite d’être mieux mis en valeur. Si elles arrivent à aller si loin dans un quasi anonymat, on rêve de les voir soutenues et transcendées par un peuple qui ne demande que ça…

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