Louis Luyt, l’arbitrage vidéo et la montre en or

En 2013, un vieil homme sud-africain est mort. Il était l’un des artisans de la victoire des Springboks lors de la fameuse Coupe du monde de rugby en 1995 qui a permis à l’Afrique du Sud, le pays hôte, de faire un retour tonitruant sur la scène sportive internationale après des années d’exclusion pour cause d’apartheid. Cet homme, ce n’est pas Nelson Mandela. Décédé quelques mois avant l’ancien président, l’homme dont nous vous racontons l’histoire aujourd’hui s’appelait Louis Luyt. Et l’amertume des Néo-zélandais et des Français n’est pas prête de s’affadir avec sa mort.

Louis_Louyt_World_Cup_Rugby_1995

Qui était donc ce Louis Luyt pour réussir à se faire détester par les demi-finalistes français et les finalistes néo-zélandais d’un sport habituellement fair-play ? Qui était cet homme qui a terni cette Coupe du monde arc-en-ciel tant voulue par Mandela, cette grande fête de la réconciliation d’un peuple derrière son équipe de rugby, cette victoire sublime d’un pays sorti de l’enfer pour s’imposer sportivement aux yeux du monde ?

LOUIS_LUYT_Speech_Rugby_golden_watch_1995

Louis Luyt était un sacré personnage et c’est peu de le dire. Homme d’affaires et homme politique à la carrière agitée, le colosse aux cheveux poivre et sel restera connu dans le monde entier pour son rôle de président de la fédération sud-africaine et son intervention lors du fameux banquet d’après match. Durant cette soirée lunaire, Luyt réussit d’abord à vexer les Néo-zélandais, finalistes malheureux de la célèbre finale très serrée jouée à l’Ellis Park de Johannesbourg. Luyt assura lors de son discours que, si elle n’avait pas été interdite de participer aux deux premières Coupes du monde en 1987 et 1991, l’Afrique du Sud aurait gagné tous les trophées. Dont celui remporté en 1987 par les All Blacks… qui quittèrent la salle. Luyt ne s’arrêta pas en si bon chemin. Il félicita ensuite Derek Bevan, l’arbitre de la demi-finale contre la France, pour son excellent arbitrage. Pourtant, Bevan avait refusé un essai de dernière minute à Abdelatif Benazzi. Si l’arbitrage vidéo avait existé à l’époque, l’essai du Français aurait été validé et la France aurait devancé les Springboks au score… Lorsque Luyt invita Bevan sur scène pour lui remettre une montre en or, la salle continua logiquement à se vider afin de protester contre l’attitude surréaliste de l’ancien joueur de rugby devenu un prétentieux magouilleur. Bevan, lui-même, quitta le banquet. A sa façon, Luyt aura réussi à rendre cette soirée inoubliable et graver son nom dans la légende – infâme – du rugby puisque les accusations de racisme, de malversations financières et de népotisme seront légion durant sa houleuse carrière.

Derek_Bevan_Referee_world_cup_rugby_1995

Si le personnage de Luyt apparaît dans le relativement médiocre « Invictus » de Clint Eastwood, les événements du dîner qui a suivi la finale ont évidemment été effacés du récit. Forcément, l’Afrique du Sud offrait un visage beaucoup plus noble et cinégénique avec Nelson Mandela qu’avec Louis Luyt…

Tribute_Nelson_Mandela_1995_2013_Madiba

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