Le miracle était sur la glace

En hockey sur glace, la Guerre froide n’est toujours pas terminée. Chaque duel au sommet entre l’Est et l’Ouest sent le soufre, comme si de son résultat dépendait la domination du monde. D’ailleurs, si c’est le légendaire Vladislav Tretiak qui a été choisi pour allumer la flamme olympique cette année à Sotchi, ce n’est certainement pas un hasard. Tretiak, c’est le gardien de but de la période où l’URSS dominait le hockey sur glace. Il est l’artisan de 3 des 8 titres olympiques remportés entre 1956 et 1988 par la « Machine rouge ». Mais dans cette carrière grandiose, il y a un sacré point noir : Tretiak est un des malheureux acteurs soviétiques de l’affrontement le plus célèbre de l’histoire des Jeux olympiques d’hiver : ce fameux USA-URSS à Lake Placid en 1980. Si vous êtes trop jeunes pour avoir vu ce match ou si le hockey sur glace ne fait pas partie de vos préoccupations quotidiennes, sachez que cette rencontre a été très modestement baptisée « Miracle on ice » par les journalistes américains. Ils ont, c’est vrai, parfois tendance à s’enthousiasmer outre mesure mais on ne peut le leur reprocher cette fois tant le résultat final était inattendu.

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22 février 1980. Le match oppose les jeunes joueurs américains universitaires à l’invincible armée rouge en patins. A l’époque, les joueurs professionnels de la NHL (la ligue nord-américaine de hockey) ne pouvaient pas participer aux JO. Et contrairement à ce que la légende pourrait laisser croire, le match magique n’était pas la finale des JO. En effet, les quatre nations qui étaient sorties en tête des groupes de qualification se rencontraient dans ce qu’on appelle le « medal round ». Le match USA-URSS n’a donc pas permis à lui seul aux Etats-Unis de devenir champions olympiques mais il a joué un rôle tellement fondamental avec l’élimination des grandissimes favoris et l’explosion de la ferveur populaire qu’il peut être considéré comme une « finale » a posteriori. Une semaine avant le début de la compétition, les Américains avaient été corrigés par les Soviétiques dans un match préparatoire joué au Madison Square Garden à New York. Et si l’URSS avait facilement remporté ses premiers matchs de poule, les Américains, eux, avaient dû réaliser plusieurs exploits pour en arriver là. Bref, autant dire que les carottes semblaient cuites pour les Yankees.

Le match est une partition tellement parfaite de suspense qu’il est presque facile à résumer : but soviétique, égalisation américaine, but soviétique, égalisation américaine juste avant la fin de la première période, coup de tonnerre avec le remplacement de Tretiak qui était considéré à l’époque comme le meilleur gardien du monde, égalisation américaine, but soviétique et égalisation américaine encore. A 3-3, le ping-pong au score s’inverse : les Américains marquent et prennent la tête ! Il reste 10 minutes à jouer. Le public est au bord de la crise cardiaque. Le gardien US repousse les offensives soviétiques avec son corps et sans doute toute son âme. Au coup de sifflet final, les Américains ont vaincu les invincibles. Toutes les explications ne pourront vous faire sentir l’hystérie du public et des joueurs américains ce jour-là. Une petite vidéo de la dernière minute du match devrait vous y aider. Deux jours après cet exploit, les USA battent la Finlande et deviennent champions olympiques chez eux. Les Soviétiques rentrent à Moscou avec une décevante médaille d’argent. Un cauchemar sportif mais aussi un affront politique.

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Depuis 1980, cet épisode légendaire fait partie de la mémoire du peuple américain. Parmi les références les plus folles, il y a cet épisode de la 4ème saison de « X-Files » diffusée en 1996 et qui évoque le rôle du fameux homme à la cigarette dans de nombreux événements célèbres du 20ème siècle. Parmi eux, cet aveu savoureux : « The Smoking Man » aurait drogué le gardien de but soviétique afin d’assurer le succès américain en 1980. Seize ans après le match, la victoire semble toujours aussi improbable, au moins pour les scénaristes de la série…

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Quatre ans après l’affront, l’URSS récupère son titre à Sarajevo en 1984. Et la domination soviétique va continuer à Calgary en 1988 ainsi qu’à Albertville sous le drapeau olympique temporaire de l’équipe unifiée de l’ex-URSS. Cela fait aujourd’hui 22 ans que les Russes n’ont pas remporté de titre olympique en hockey sur glace. Il y a fort à parier que l’enthousiasme de jouer à domicile et la légère pression poutinienne (le président a participé en personne à un match contre des stars du hockey à Sotchi) galvaniseront les joueurs. Mais il faudra faire très attention aux tenants du titre canadiens (et accessoirement inventeurs du jeu) ainsi qu’aux Américains qui n’ont plus remporté l’or depuis 1980 et qui rêvent de réitérer le fameux « Miracle on ice » après une éclipse de 34 ans. (Ce qui semble plutôt bien parti étant donné qu’ils viennent de battre les Russes 3-2 ce samedi 15 février 2014)

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