Garmisch-Partenkirchen, la fausse parenthèse enchantée

Les Jeux de Berlin en 1936 n’étaient pas les premiers Jeux nazis. Du 6 au 16 février de la même année, le régime hitlérien avait déjà accueilli les Jeux d’hiver à Garmisch-Partenkirchen. Beaucoup moins connus (les sports d’hiver sont encore réservés à une élite dans les années 1930), ils ont pourtant joué un rôle important dans la propagande hitlérienne. Idéalement et volontairement situés en Bavière, siège du parti national-socialiste, les deux communes de Garmisch et de Partenkirchen sont réunies en une seule ville pour recevoir ces Jeux blancs. Deux objectifs précis leur sont assignés : servir de répétition générale pour le show phénoménal de Berlin quelques mois plus tard et d’anesthésiant chargé de rassurer les inquiets quant aux exactions du Reich. Suite à une visite avant les Jeux du président du CIO, le comte belge Baillet-Latour, et pour ne pas mettre en danger les Jeux d’été en provoquant des boycotts, les organisateurs font retirer tous les panneaux antisémites des abords du site olympique et encadrent les groupes afin d’éviter les démonstrations publiques contre les juifs. Garmisch-Partenkirchen ne doit surtout pas faire peur. Pendant une dizaine de jours, l’Allemagne nazie propage donc l’image idyllique d’un havre de paix et de camaraderie. La grandiose cérémonie d’ouverture donne tout de même le ton : les JO de Garmisch-Partenkirchen accueillent avec joie le monde entier, certes, mais ils mettent surtout en lumière le besoin d’impressionner et la démesure du régime. On n’avait jamais vu une tel faste, surtout pour des Jeux d’hiver encore confidentiels.

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Les épreuves se déroulent sans encombre. Il aurait été idéal que les Allemands s’imposent au tableau final mais ils ne terminent que deuxièmes, très loin derrière les Norvégiens qui écrasent la concurrence (décidément, ils sont toujours là quand on parle de médailles). Les deux stars de cette 4ème édition des Jeux d’hiver sont naturellement norvégiennes. Chez les hommes, Ivar Ballangrud remporte trois médailles d’or et une d’argent en patinage de vitesse. Côté féminin, c’est Sonja Henie qui repart avec son troisième titre olympique d’affilée en patinage artistique. Sans oublier Emile Allais, dont nous avons ici fait l’hommage en 2012, premier médaillé français olympique, qui décroche le bronze en ski alpin.

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Mais il faut bien avouer que ce ne sont pas les événements sportifs qui nous intéressent aujourd’hui lorsqu’on reparle des JO d’hiver de 1936. Dès la fin des Jeux, les persécutions reprennent et l’Allemagne viole allègrement les traités internationaux en envahissant et réoccupant la Rhénanie un mois après la cérémonie d’ouverture durant laquelle Karl Ritter von Halt, le président du comité d’organisation des Jeux, avait prôné « une véritable célébration de la paix et une compréhension sincère entre les peuples »… Les grands discours pacifistes et fraternels se sont éteints en même temps que la flamme olympique.

Ce que peu de gens savent, c’est que Garmisch-Partenkirchen aurait aussi pu être le théâtre des troisièmes Jeux olympiques nazis. En effet, c’est ce site que le CIO avait finalement choisi pour accueillir les Jeux d’hiver 1940. Initialement attribués à la ville de Sapporo au Japon en juin 1937, elle doit rapidement être réattribuée : les Japonais sont incapables d’organiser les Jeux à cause de l’éclatement de la seconde guerre sino-japonaise en 1938. Sapporo devra attendre 1972 pour enfin devenir ville olympique. Avec le Japon out, le CIO se tourne alors vers Saint-Moritz – qui a organisé les JO d’hiver en 1928 – mais aucun accord n’est trouvé à cause d’une querelle fondamentale sur le statut des moniteurs de ski. Le CIO les considère comme des professionnels et leur interdit de ce fait la participation aux JO. Les Suisses, eux, militent pour qu’on les autorise à concourir. Devant l’inflexibilité du CIO, Saint-Moritz se désiste aussi. C’est alors que les regards se tournent vers Garmisch-Partenkirchen. Au printemps 1939, l’Allemagne accepte d’organiser pour la seconde fois consécutive les Jeux d’hiver. Le 1er septembre, le Reich envahit la Pologne. Deux mois plus tard, les Jeux d’hiver sont officiellement annulés. Il semblerait que le CIO ait espéré une résolution rapide du conflit (une victoire expresse de l’Allemagne ?) avant d’accepter l’idée que la guerre était partie pour durer.

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Heureusement pour Garmisch-Partenkirchen, son nom est aujourd’hui plutôt associé à des événements contemporains joyeux puisqu’elle accueille notamment une des étapes de la Tournée des quatre tremplins en saut à ski et de nombreuses épreuves de la Coupe du monde de ski alpin. Et elle espère aussi un jour réorganiser les JO d’hiver. Candidate malheureuse (en association avec Munich) contre Pyeongchang pour 2018, elle a suffisamment d’atouts pour devenir ville hôte dans les prochaines années. Pour laver l’amer souvenir de 1936. Pour que, pour les générations futures, « les Jeux olympiques de Garmisch-Partenkirchen » aient une toute autre signification que pour les leurs aînés.

De la naissance des Jeux olympiques d’hiver et de la mort des Jeux nordiques

On a souvent tendance à croire que les Jeux d’hiver sont nés un beau jour de 1924 à Chamonix pour satisfaire le besoin frivole d’une frange privilégiée de la population occidentale de se griser à grands coups d’activités hivernales. Ce n’est pas faux mais la genèse des JO d’hiver n’a pas été aussi spontanée, loin de là. Pendant plus de vingt ans, entre tâtonnements et coups du sort, les sports d’hiver ont cherché leur place dans l’agenda des compétitions internationales.

OR14_JO_HIVER_1924-1990_JO_SOTCHIRetournons d’abord au tout début du 20ème siècle. Avant de devenir olympiques, les sports d’hiver ont déjà besoin d’un événement majeur. C’est chose faite en Suède en 1901 avec les Jeux nordiques. Le succès est au rendez-vous. Ils se déroulent tous les deux ans puis tous les quatre ans jusqu’en 1926. Leur fondateur, le général Balck, est un ami proche de Coubertin. Il aimerait bien que ce dernier intègre des sports d’hiver aux JO mais il lui faut être patient. C’est seulement aux JO de Londres en 1908 que quelques épreuves de patinage artistique viennent agrémenter le programme olympique. Un premier pas est franchi.

Plus téméraire encore, un comte italien propose d’organiser une semaine de sports d’hiver durant les JO de Stockholm en 1912. Mais cette idée ne plaît pas aux frileux organisateurs des Jeux nordiques. L’idée ressurgit une nouvelle fois pour les Jeux de Berlin 1916. Cette fois, c’est sûr, il y aura bien une semaine de compétitions de sports d’hiver aux Jeux olympiques. Sauf que les Jeux de Berlin de 1916 n’ont évidemment jamais eu lieu à cause de la Première guerre mondiale…

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Encore quatre ans d’attente jusqu’aux Jeux d’Anvers en 1920. Mais la semaine de sports d’hiver est temporairement laissée de côté au profit de quelques épreuves de patinage artistique et de hockey sur glace. Des os à ronger pour patienter. La délivrance est proche. Il est finalement décidé que le pays organisateur des JO de 1924, la France, va accueillir une semaine internationale de sports d’hiver sous le patronage du CIO. Cette semaine – qui dure en fait 11 jours – est séparée des épreuves d’été. Elle se déroule à Chamonix.

Voici donc les fameux premiers Jeux olympiques d’hiver de Chamonix. Pourtant, en 1924, ce nom n’existe pas encore. Ce n’est que rétroactivement qu’on donnera à cet événement le privilège d’avoir été le premier. En effet, motivé par le succès des compétitions de Chamonix, le CIO décide l’année suivante de créer des Jeux d’hiver séparés. Pas une semaine internationale gadget mais de vrais Jeux olympiques. Les Jeux d’hiver de Saint-Moritz en 1928 sont donc les vrais premiers Jeux d’hiver, même s’ils sont officiellement les deuxièmes.

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L’éclosion des Jeux d’hiver est un coup dur pour les Jeux nordiques. 1926 sera d’ailleurs la dernière année pour eux. Non pas qu’on ait décidé de les arrêter à partir de là, pas du tout. Les organisateurs ont même tenté plusieurs fois de sauver leurs Jeux. Mais le destin s’est acharné contre l’événement sportif internationalo-suédois. D’abord, le fondateur, Balck, meurt en 1928 en emportant avec lui une bonne partie de l’énergie positive nécessaire à organiser un tel tournoi. En 1930, c’est l’absence de neige qui empêche la tenue des Jeux nordiques. En 1934, c’est au tour de la Grande dépression. Quant à ceux de 1942, la Deuxième guerre mondiale sera une excuse plus que légitime pour les annuler. Les Jeux nordiques ne vont pas s’en remettre. Impossible de rivaliser avec les JO. Ils meurent dans l’indifférence quasi générale.

La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que, peu importe le nom ou l’organisateur, les sports d’hiver ont désormais un écrin grandiose pour se faire connaître et se développer.

Le miracle était sur la glace

En hockey sur glace, la Guerre froide n’est toujours pas terminée. Chaque duel au sommet entre l’Est et l’Ouest sent le soufre, comme si de son résultat dépendait la domination du monde. D’ailleurs, si c’est le légendaire Vladislav Tretiak qui a été choisi pour allumer la flamme olympique cette année à Sotchi, ce n’est certainement pas un hasard. Tretiak, c’est le gardien de but de la période où l’URSS dominait le hockey sur glace. Il est l’artisan de 3 des 8 titres olympiques remportés entre 1956 et 1988 par la « Machine rouge ». Mais dans cette carrière grandiose, il y a un sacré point noir : Tretiak est un des malheureux acteurs soviétiques de l’affrontement le plus célèbre de l’histoire des Jeux olympiques d’hiver : ce fameux USA-URSS à Lake Placid en 1980. Si vous êtes trop jeunes pour avoir vu ce match ou si le hockey sur glace ne fait pas partie de vos préoccupations quotidiennes, sachez que cette rencontre a été très modestement baptisée « Miracle on ice » par les journalistes américains. Ils ont, c’est vrai, parfois tendance à s’enthousiasmer outre mesure mais on ne peut le leur reprocher cette fois tant le résultat final était inattendu.

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22 février 1980. Le match oppose les jeunes joueurs américains universitaires à l’invincible armée rouge en patins. A l’époque, les joueurs professionnels de la NHL (la ligue nord-américaine de hockey) ne pouvaient pas participer aux JO. Et contrairement à ce que la légende pourrait laisser croire, le match magique n’était pas la finale des JO. En effet, les quatre nations qui étaient sorties en tête des groupes de qualification se rencontraient dans ce qu’on appelle le « medal round ». Le match USA-URSS n’a donc pas permis à lui seul aux Etats-Unis de devenir champions olympiques mais il a joué un rôle tellement fondamental avec l’élimination des grandissimes favoris et l’explosion de la ferveur populaire qu’il peut être considéré comme une « finale » a posteriori. Une semaine avant le début de la compétition, les Américains avaient été corrigés par les Soviétiques dans un match préparatoire joué au Madison Square Garden à New York. Et si l’URSS avait facilement remporté ses premiers matchs de poule, les Américains, eux, avaient dû réaliser plusieurs exploits pour en arriver là. Bref, autant dire que les carottes semblaient cuites pour les Yankees.

Le match est une partition tellement parfaite de suspense qu’il est presque facile à résumer : but soviétique, égalisation américaine, but soviétique, égalisation américaine juste avant la fin de la première période, coup de tonnerre avec le remplacement de Tretiak qui était considéré à l’époque comme le meilleur gardien du monde, égalisation américaine, but soviétique et égalisation américaine encore. A 3-3, le ping-pong au score s’inverse : les Américains marquent et prennent la tête ! Il reste 10 minutes à jouer. Le public est au bord de la crise cardiaque. Le gardien US repousse les offensives soviétiques avec son corps et sans doute toute son âme. Au coup de sifflet final, les Américains ont vaincu les invincibles. Toutes les explications ne pourront vous faire sentir l’hystérie du public et des joueurs américains ce jour-là. Une petite vidéo de la dernière minute du match devrait vous y aider. Deux jours après cet exploit, les USA battent la Finlande et deviennent champions olympiques chez eux. Les Soviétiques rentrent à Moscou avec une décevante médaille d’argent. Un cauchemar sportif mais aussi un affront politique.

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Depuis 1980, cet épisode légendaire fait partie de la mémoire du peuple américain. Parmi les références les plus folles, il y a cet épisode de la 4ème saison de « X-Files » diffusée en 1996 et qui évoque le rôle du fameux homme à la cigarette dans de nombreux événements célèbres du 20ème siècle. Parmi eux, cet aveu savoureux : « The Smoking Man » aurait drogué le gardien de but soviétique afin d’assurer le succès américain en 1980. Seize ans après le match, la victoire semble toujours aussi improbable, au moins pour les scénaristes de la série…

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Quatre ans après l’affront, l’URSS récupère son titre à Sarajevo en 1984. Et la domination soviétique va continuer à Calgary en 1988 ainsi qu’à Albertville sous le drapeau olympique temporaire de l’équipe unifiée de l’ex-URSS. Cela fait aujourd’hui 22 ans que les Russes n’ont pas remporté de titre olympique en hockey sur glace. Il y a fort à parier que l’enthousiasme de jouer à domicile et la légère pression poutinienne (le président a participé en personne à un match contre des stars du hockey à Sotchi) galvaniseront les joueurs. Mais il faudra faire très attention aux tenants du titre canadiens (et accessoirement inventeurs du jeu) ainsi qu’aux Américains qui n’ont plus remporté l’or depuis 1980 et qui rêvent de réitérer le fameux « Miracle on ice » après une éclipse de 34 ans. (Ce qui semble plutôt bien parti étant donné qu’ils viennent de battre les Russes 3-2 ce samedi 15 février 2014)

Bobsleigh-Herzégovine : un Croate, un Serbe et deux Bosniaques

Souvent plus propices aux événements symboliques qui vont faire le tour du monde, les Jeux olympiques d’été n’ont pourtant pas toujours l’exclusivité des émotions extra-sportives. Les très policés et bourgeois sports d’hiver sont parfois le théâtre de moments inattendus. En 1994, à Lillehammer en Norvège, une équipe a marqué les mémoires pour ce qu’elle était, pour ce qu’elle représentait, pour ce qu’elle prônait, pour ce qu’elle criait à la face du monde et non pour ses résultats.

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Ils sont quatre. Une banale équipe de bobsleigh de seconde zone. Pas facile de s’entraîner dans un pays en guerre depuis deux ans. Ils terminent logiquement dans les dernières places du classement. Pourtant, les quatre sportifs ne sont pas déçus. Ils sont là où ils le désirent. Devant les micros du monde entier. Ces quatre mousquetaires ont des noms mais, à cette époque dans leur région, seule leur origine importe. Ils représentent la Bosnie-Herzégovine aux Jeux olympiques. La toute jeune République en guerre. A cette époque dans leur région, on se tue pour ses origines. Et eux, ils le refusent. Pendant que Sarajevo est sous les bombes, eux se montrent parce qu’ils représentent un rêve, l’entente simple et chaleureuse d’hommes dont on voudrait qu’ils soient en guerre les uns contre les autres. Si un Croate, un Serbe et deux Bosniaques peuvent cohabiter dans un minuscule bobsleigh, pourquoi un pays ne le pourrait-il pas ?

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En 1984, Sarajevo organise de splendides Jeux olympiques d’hiver. Dix ans plus tard, elle est assiégée. Quatre sportifs essayent d’attirer l’attention sur le sort de la jeune République de Bosnie-Herzégovine pour qu’on arrête de détruire leur pays, qu’on mette un terme au nettoyage ethnique et qu’on cesse d’être obligé d’utiliser le bois des installations sportives pour fabriquer des cercueils. Près de deux ans après ces Jeux de Lillehammer, les accords de Dayton vont mettre un terme au conflit en décembre 1995. Début 1998, à la veille des Jeux de Nagano, la Commission européenne offre deux bobsleighs et des combinaisons aux membres de l’équipe olympique bosniaque. Un petit cadeau, certes, pour remplacer les vieux appareils loués ou empruntés durant les années de guerre. Mais un geste symbolique, surtout, que ceux qui ne connaissaient pas la composition de l’équipe de 1994 n’ont pas pu apprécier à sa juste valeur.

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Un Serbe, un Croate et deux Bosniaques. Zoran Sokolovic, Igor Boras, Izet Haracic et Nizar Zaciragic. En 1984, ils avaient regardés émerveillés les compétitions sportives se dérouler dans leur ville natale qui faisait leur fierté. Dix ans plus tard, ils étaient en mission pour sauver leur ville natale qui était devenue leur honte. C’était il y a vingt ans. Si loin déjà et si proche pourtant.

Quand Salchow faisait le show

Si vous avez regardé ne serait-ce qu’une seule compétition de patinage artistique dans votre vie, vous avez forcément entendu le commentateur s’extasier sur un triple voire un quadruple Salchow. Mais en quoi consiste un Salchow ? C’est très simple : ce saut se prend sur une carre (la partie coupante de la lame) intérieure arrière pour se terminer, après une révolution, sur la carre extérieure arrière avec l’autre pied que celui ayant déclenché le départ. Si ces termes ne vous sont pas familiers, le dessin de Marielle est là pour vous sauver. Vous devriez visualiser le fameux Salchow de façon limpide ! Et ce saut porte évidemment le nom de son inventeur, l’immense champion suédois Ulrich Salchow (que l’on peut voir patiner ici en 1911), qui l’a tenté pour la première fois en compétition en 1909.

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Puisqu’on parle de Salchow, profitons-en pour revenir brièvement sur sa fabuleuse carrière sportive. Avec 10 titres de champion du monde, il reste l’homme le plus titré en patinage artistique. Seules deux patineuses, Sonja Henie dans les années 1920 et 1930 et Irina Rodnina dans les années 1960 et 1970 (cette dernière a allumé la flamme olympique lors de la cérémonie d’ouverture à Sotchi), ont égalé ce record. Il a également remporté l’or olympique aux JO de 1908 à Londres. Le patinage y est intégré pour la première fois au programme olympique, avant même la création des Jeux d’hiver. Au sommet de son art, Salchow est parti pour enchaîner les titres olympiques. Mais il ne peut malheureusement défendre son titre olympique en 1912 pour la simple raison que les organisateurs ont décidé de retirer le patinage artistique des épreuves olympiques. A l’époque, les disciplines entraient et sortaient des JO avec légèreté ou presque. Impossible d’envisager cela de nos jours. La fronde serait trop violente à cause des sommes considérables qui sont en jeu. Revenons à Salchow. En 1916, les JO n’ont pas lieu pour cause de guerre mondiale alors que le patinage artistique aurait dû y faire son retour. Et en 1920, quand le patinage réintègre le programme des Jeux olympiques d’été d’Anvers, Slachow a 43 ans. Il ne se classe que 4ème.

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Après sa brillante carrière, Salchow ne s’éloigne pas des patinoires. Il devient président de l’Union internationale de patinage de 1925 à 1937. Pendant toutes ces années où il a vu d’autres hommes et femmes patiner sous ses yeux, il a bien dû s’amuser en les écoutant parler de « leurs » Salchow ratés ou de « leurs » magnifiques Salchow !

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Et, à la fin, il n’en restera plus qu’un…

D’ici quelques jours, nous allons connaître le nom du nouveau Ballon d’or, c’est-à-dire le meilleur joueur de football (il existe aussi un trophée de la meilleure joueuse depuis 2010 mais, très étonnamment, on n’en entend pas beaucoup parler). Drôle de récompense, si on y pense, puisqu’il s’agit de choisir une seule personne alors que le football est un sport collectif. Trois candidats se sont détachés pour la finale de cette année, trois noms logiques : l’Argentin Lionel Messi, quadruple vainqueur en titre du trophée et idole des fans de football du monde entier grâce à ses exploits avec le FC Barcelone, Cristiano Ronaldo, Ballon d’or 2008, quatre fois deuxième du classement final et agaçant génie portugais dont la quantité de gel dans les cheveux n’a d’égale que la tonne de buts qu’il plante à la chaîne avec le Real Madrid et son équipe nationale et, enfin, Franck Ribéry, l’attaquant français balafré mal-aimé dans l’Hexagone mais idolâtré au Bayern Munich dont il fait les beaux jours depuis sept saisons. Le monde du ballon rond est suspendu à la décision de quelques votants. Mais qui sont ces gens qui vont graver le nom d’un seul joueur à côté de l’année 2013 ?

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Le Ballon d’or a connu deux périodes. La première, l’historique, c’est l’époque « France Football ». En 1956, plusieurs journalistes de l’hebdomadaire français promeuvent l’idée d’un trophée du meilleur joueur européen jouant dans un championnat européen. Le succès est au rendez-vous et la récompense devient rapidement la référence individuelle ultime. En 1995, la règle est assouplie et permet à tout joueur participant à un championnat européen de remporter le trophée, sans distinction de nationalité. Fort opportunément, c’est le Libérien George Weah qui devient Ballon d’or cette année-là. Dommage, en revanche, pour le Brésilien Romario qui, lui, avait tout gagné – notamment la Coupe du monde – en 1994… Et, depuis 2007, c’est tout simplement le meilleur joueur du monde qui doit gagner, peu importe où il joue. Une évolution logique tant le monde du football ne se résume plus à l’Europe. Bon, évidemment, ce sera plus utile le jour où un joueur d’un club sud-américain, asiatique ou africain gagnera le trophée. Mais jusqu’à présent les joueurs au sommet de leur carrière préfèrent toujours l’Europe. Pour l’instant.

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Durant toutes ces années, le jury était composé d’un simple panel de journalistes sportifs. Les choses ont changé avec la reprise en main du trophée par la FIFA (Fédération internationale de football association) en 2010. Désormais, le jury, c’est non seulement un panel de 209 journalistes de football – il y a 209 fédérations membres de la FIFA en 2013 – mais aussi les 209 sélectionneurs et les 209 capitaines des sélections. Beaucoup plus de votants qu’avant. Est-ce que le choix en est devenu plus consensuel ? Pas en 2010, en tout cas, lorsque Lionel Messi l’emporte grâce au nouveau système de vote face à un Wesley Sneijder pourtant favori des journalistes après sa saison folle avec l’Inter et sa place de finaliste en Coupe du monde avec les Pays-Bas. Cette année encore, la polémique était bien présente. A priori, après une domination sans partage pendant quatre années consécutives, Lionel Messi, blessé, devrait laisser sa place à Ribéry après la saison parfaite du Bayern (Ligue des champions, championnat d’Allemagne et Coupe d’Allemagne). Mais les exploits de Cristiano Ronaldo lors des barrages qui ont permis au Portugal de se qualifier pour la Coupe du monde (il a marqué tous les buts de son équipe à l’aller comme au retour) pourraient gâcher la fête du Français… Puisque la FIFA a décidé au dernier moment de repousser la date butoir des votes après les barrages. Ce qui ressemble à une façon peu discrète d’avantager le Portugais. Mais Ronaldo, lui-même, avait crié au scandale quelques jours auparavant parce qu’il était moins bien mis en valeur que ses concurrents par l’instance internationale. Bref, le FIFA Ballon d’or, c’est polémique contre polémique et c’est ce qui fait son charme. Une touche de suspense qui a rempli la tranquille fin d’année footballistique. Réponse le 13 janvier.

Louis Luyt, l’arbitrage vidéo et la montre en or

En 2013, un vieil homme sud-africain est mort. Il était l’un des artisans de la victoire des Springboks lors de la fameuse Coupe du monde de rugby en 1995 qui a permis à l’Afrique du Sud, le pays hôte, de faire un retour tonitruant sur la scène sportive internationale après des années d’exclusion pour cause d’apartheid. Cet homme, ce n’est pas Nelson Mandela. Décédé quelques mois avant l’ancien président, l’homme dont nous vous racontons l’histoire aujourd’hui s’appelait Louis Luyt. Et l’amertume des Néo-zélandais et des Français n’est pas prête de s’affadir avec sa mort.

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Qui était donc ce Louis Luyt pour réussir à se faire détester par les demi-finalistes français et les finalistes néo-zélandais d’un sport habituellement fair-play ? Qui était cet homme qui a terni cette Coupe du monde arc-en-ciel tant voulue par Mandela, cette grande fête de la réconciliation d’un peuple derrière son équipe de rugby, cette victoire sublime d’un pays sorti de l’enfer pour s’imposer sportivement aux yeux du monde ?

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Louis Luyt était un sacré personnage et c’est peu de le dire. Homme d’affaires et homme politique à la carrière agitée, le colosse aux cheveux poivre et sel restera connu dans le monde entier pour son rôle de président de la fédération sud-africaine et son intervention lors du fameux banquet d’après match. Durant cette soirée lunaire, Luyt réussit d’abord à vexer les Néo-zélandais, finalistes malheureux de la célèbre finale très serrée jouée à l’Ellis Park de Johannesbourg. Luyt assura lors de son discours que, si elle n’avait pas été interdite de participer aux deux premières Coupes du monde en 1987 et 1991, l’Afrique du Sud aurait gagné tous les trophées. Dont celui remporté en 1987 par les All Blacks… qui quittèrent la salle. Luyt ne s’arrêta pas en si bon chemin. Il félicita ensuite Derek Bevan, l’arbitre de la demi-finale contre la France, pour son excellent arbitrage. Pourtant, Bevan avait refusé un essai de dernière minute à Abdelatif Benazzi. Si l’arbitrage vidéo avait existé à l’époque, l’essai du Français aurait été validé et la France aurait devancé les Springboks au score… Lorsque Luyt invita Bevan sur scène pour lui remettre une montre en or, la salle continua logiquement à se vider afin de protester contre l’attitude surréaliste de l’ancien joueur de rugby devenu un prétentieux magouilleur. Bevan, lui-même, quitta le banquet. A sa façon, Luyt aura réussi à rendre cette soirée inoubliable et graver son nom dans la légende – infâme – du rugby puisque les accusations de racisme, de malversations financières et de népotisme seront légion durant sa houleuse carrière.

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Si le personnage de Luyt apparaît dans le relativement médiocre « Invictus » de Clint Eastwood, les événements du dîner qui a suivi la finale ont évidemment été effacés du récit. Forcément, l’Afrique du Sud offrait un visage beaucoup plus noble et cinégénique avec Nelson Mandela qu’avec Louis Luyt…

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Le ballon ovale et le poireau vainqueur

Ce n’est pas l’Angleterre. Ce n’est clairement pas la France non plus. La meilleure équipe de rugby d’Europe en 2013 est le pays de Galles. Pour la deuxième année consécutive et la 37ème fois de son histoire (ce qui constitue désormais le record absolu), le XV du Poireau devance ses concurrents européens en remportant le Tournoi des 6 Nations, c’est-à-dire le championnat annuel réunissant les 6 meilleurs pays d’Europe dans la discipline. L’équipe de rugby à XV du pays de Galles porte ce nom car le poireau (« leek » en anglais) est un légume très commun en terres galloises, utilisé dans de nombreux plats.

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Si tout le monde ou presque sait que le Tournoi des 6 Nations de rugby s’appelait Tournoi des 5 Nations avant l’arrivée de l’Italie en 2000, peu de gens savent que son nom était Tournoi des 4 Nations avant l’arrivée de la France en 1910. Alors, est-ce qu’il s’appellera bientôt Tournoi des 7 Nations ? A priori, ce n’est pas au programme pour le moment.

Le rugby n’est pas un sport olympique. Il est relativement peu pratiqué dans le monde par rapport à d’autres sports d’équipe. Pourtant, pour ses amateurs, il s’agit d’un sport hors du commun, joué avec élégance, stratégie et rapidité, malgré la violence des chocs. Un mélange de chorégraphie et de force brute. Une alternance de phases arrêtées et de courses folles. Même un match de petit niveau est agréable à regarder. Il suffit de voir à quel point un match de football correct peut parfois sembler fade après quelques semaines de Coupe du monde de rugby !

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Le rugby est un sport étrange quand on est habitué à d’autres sports collectifs. Un sport dans lequel on ne simule pas les blessures. Le jeu continue d’ailleurs pendant que les pauvres blessés se font soigner sur le terrain. « Un sport de voyou joué par des gentlemen » comme on aime à le dire. Un sport dans lequel le public est presque toujours exemplaire. Quel fair-play et quel amour du sport se dégagent des travées du stade… Quant aux chants splendides qui s’élèvent des tribunes de Lansdowne Road à Dublin ou de Twickenham à Londres, ils hérissent même les poils des téléspectateurs supporters de l’équipe adverse derrière leur écran. C’est dire !

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Un sport si particulier ne pouvait se satisfaire d’une naissance banale. La légende veut ainsi que le jeune William Webb Ellis ait soudainement pris le ballon à la main pour aller marquer un but dans un match de football joué en 1823 dans la ville de Rugby et ait ainsi inventé un nouveau sport. Si les choses ont pris un peu plus de temps que ce que cette anecdote raconte, c’est effectivement une nouvelle fois les Anglais qui ont inventé et codifié un sport qui allait devenir très populaire.

Un sport majoritairement masculin, certes, mais il ne faut pas oublier que les femmes pratiquent aussi le rugby à XV. Elles ne bénéficient vraiment pas de la même médiatisation que leurs homologues masculins et il est donc difficile de voir un match à la télévision française hormis quelques retransmissions annuelles sur France 4. Mais il y a fort à parier qu’un beau parcours en Coupe du monde en 2014 devrait apporter un coup de projecteur bien utile au rugby féminin. Surtout que, d’ici là, le Tournoi des 6 Nations version femmes devrait disparaître pour cause de retrait italien et gallois…

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L’histoire mouvementée du handball

Les Championnats du monde de handball masculin se sont terminés dimanche dernier avec une victoire écrasante de l’Espagne sur le Danemark. Une page se tourne. L’équipe de France, qui dominait la discipline depuis plusieurs années, est rentrée chez elle bredouille. Cette fin de règne des Experts – c’est le surnom de la génération de l’équipe de France depuis 2008 – vient s’ajouter à l’affaire des paris truqués mettant en vedette d’une façon très déplaisante plusieurs joueurs dont Nikola Karabatic, qui est la star française actuelle de la discipline.

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Sport très apprécié du public français, pour la simplicité de ses joueurs, pour l’absence de salaires mirobolants, pour ses excellents résultats quand les autres équipes nationales (football, rugby) ne décrochaient pas ou peu de titres internationaux, le handball français semble aujourd’hui mal en point. Depuis cette fameuse médaille de bronze surprise des Barjots en 1992 aux JO de Barcelone, depuis ce premier titre mondial français en sport collectif en 1995, le handball avait acquis une place de choix dans le cœur des amateurs de sport. Mais, si le grand public français l’a découvert sur le tard, le hand a une longue histoire mouvementée qui commence juste avant le début du 20ème siècle.

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Les origines du handball se situent en Europe du Nord, centrale et de l’Est. Avec des racines danoises, un sport cousin tchécoslovaque et des règles allemandes fixées après la Première Guerre mondiale (le nom du sport, d’ailleurs, est allemand : il faut prononcer le « ball » comme une balle en français et non à l’anglaise), le jeune sport est officiellement introduit aux Jeux olympiques à Berlin en 1936, après une démonstration à Amsterdam en 1928. À l’époque, il se joue encore à onze et en plein air, comme le football. C’est dans les années 60 que le handball prend sa forme actuelle. Il quitte les terrains d’extérieur pour l’intérieur des gymnases et délaisse définitivement sa version à onze pour le jeu à sept, qui est beaucoup plus rapide, technique et spectaculaire. Après une longue traversée du désert, le handball est réintégré aux JO de 1972 à Munich, en Allemagne une nouvelle fois. Chez les femmes, il entre au programme olympique quatre ans plus tard, aux JO de Montréal en 1976.

Côté français, c’est durant la Deuxième guerre mondiale que le régime de Vichy crée la fédération française et inscrit le handball dans les programmes scolaires. Avant cette période, le handball n’est pas un sport populaire en France. À la Libération, la fédération est dissoute et interdite. Elle ne renaît qu’en 1952.

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Aujourd’hui, le handball fait partie du patrimoine sportif français. Si vous avez fait vos études secondaires dans le système français, vous avez certainement joué au handball durant votre jeunesse. En effet, ce sport est le petit chouchou de l’Éducation nationale. Peut-être n’avez-vous jamais joué au basket-ball ou au rugby durant vos années collège et lycée mais vous avez très certainement fait du handball. Étrange, non ? Y aurait-il un lobby du handball scolaire ? Si vous avez des commentaires sur le sujet, dites-nous tout. Ce mystère nous intéresse !

La CAN recommence. Encore ?!

La CAN, c’est la Coupe d’Afrique des Nations. Les pays africains qualifiés pour ce tournoi se disputent la place de meilleure équipe du continent. C’est l’Euro des Africains. Mais, contrairement à son équivalent européen qui ne se déroule que tous les quatre ans, la CAN, elle, a lieu tous les deux ans. Ce qui est bien embêtant pour les nombreux grands clubs européens qui doivent de passer de leurs stars africaines tous les deux ans en plein milieu de leur championnat.

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La dernière édition s’est déroulée en 2012 et a vu la victoire de la Zambie, qui a mis fin à une série de trois victoires consécutives de l’Egypte. Oui, vous avez bien lu, la dernière édition a eu lieu en 2012. Du coup, vous vous dites qu’ils ont décidé de passer à une CAN par an. Heureusement non ! La réponse est beaucoup plus logique. La Coupe d’Afrique des Nations va désormais se dérouler durant les années impaires… pour ne plus tomber une fois sur deux en même temps que les Coupes du monde. La CAN 2013 en Afrique du Sud est donc une édition de transition. Transition pour les dates mais certainement pas pour les seize pays participants. Parmi eux, de nombreux grands habitués (la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria, la Zambie ou encore l’Algérie) et un petit nouveau, le Cap-Vert, qui découvre cette compétition. Deux absents de marque sont à noter : l’Egypte, pourtant sept fois vainqueur mais qui a certainement la tête ailleurs en ce moment, et le Cameroun.

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Chaque CAN permet de découvrir de nouveaux prodiges du ballon rond et de voir certains joueurs talentueux devenir de vraies stars. Quant à la victoire finale, les prétendants sont nombreux. Chez Onion Rings, on reste neutre mais on avoue que notre cœur bat un peu plus fort pour la Côte d’Ivoire de Didier Drogba…

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