Lara Croft ? Mieux : Lauren Woolstencroft !

Veuillez excuser le jeu de mots facile du titre. C’est une médiocre ruse pour vous attirer vers le portrait d’une sportive d’exception. Car comment parler du ski paralympique sans évoquer Lauren Woolstencroft ? Celle qui a longtemps dominé la discipline est aujourd’hui une retraitée des pistes de 32 ans. Partie au sommet de la gloire en 2010, sans se retourner, sans hésiter. Par son caractère bien trempé, son intelligence et son physique athlétique, Lauren a bien quelques points communs avec Lara, la fameuse héroïne des jeux vidéo. Mais la ressemblance s’arrête là. Lara est brune alors que notre Lauren est blonde. Lara est archéologue quand Lauren skie et décroche en parallèle un diplôme en génie électrique. Lara est britannique tandis que notre championne Lauren est canadienne.

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Après les Jeux de Turin en 2006, la jeune femme hésite à arrêter sa carrière sportive mais l’envie de briller, au Canada, devant son public, a raison de ses doutes. Quatre ans de préparation plus tard, Lauren ne flanche pas. Impériale de bout en bout, elle gagne les cinq épreuves de ski féminin dans la catégorie « debout » à Vancouver en 2010. Un grand Chelem époustouflant. En l’espace de six jours, elle anéantit toute concurrence, laissant parfois ses plus proches adversaires à 7 secondes (en Super-G) voire à 12 secondes (en super-combiné). Avec cinq médailles d’or, Lauren a évidemment l’honneur de porter le drapeau canadien lors de la cérémonie de clôture. A peine rentrée chez elle, miss Woolstencroft annonce ce que tout le monde pressentait : elle arrête pour de bon. Depuis, la jeune femme continue son joli parcours sur une autre route, plus discrète et moins enneigée. Elle s’est mariée avec son petit ami de toujours et s’est complètement investie dans son métier d’ingénieur en électricité. Lauren n’a jamais cherché la lumière lorsqu’elle skiait. Le tourbillon médiatique ne lui manque donc certainement pas. Peu démonstrative et très têtue, Lauren n’a jamais joué à faire le show une fois la ligne d’arrivée franchie. Les médailles étaient le simple prolongement de sa personnalité. Celle d’une petite fille qui s’enfermait au sous-sol de la maison familiale pour s’entraîner des heures durant à faire ses lacets à une main ou à sauter à la corde. Celle d’une petite fille qui n’en sortait que lorsqu’elle maîtrisait totalement le geste. Cette petite fille ne pouvait que devenir une championne.

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Parce que ce qui vous a peut-être échappé jusqu’ici, c’est que Lauren est née sans bras gauche sous le coude et sans jambes sous les genoux. D’où les lacets à une main et l’entraînement acharné pour apprendre à sauter à la corde avec des prothèses. Quant à la passion du ski, elle lui a été transmise par ses parents, tous deux mordus de sports d’hiver. Malgré les handicaps, ils n’imaginent pas laisser leur petite fille sur le bord de la piste. Lauren apprend donc à skier avec des prothèses à l’âge de 4 ans. A 14 ans, elle participe à sa première compétition.

A Salt Lake City en 2002, la Canadienne remporte deux médailles d’or et une médaille de bronze. Quatre ans plus tard, à Turin, elle gagne l’or et l’argent. Et à Vancouver, comme on l’a vu, elle glane cinq médailles d’or. Dix médailles en trois participations aux Jeux paralympiques : quel palmarès ! Alors, cette année, l’ombre de Lauren Woolstencroft planera sans aucun doute sur les pistes de Rosa Khutor, la désormais célèbre station de ski alpin des Jeux d’hiver 2014. Mais nul doute que d’autres skieuses vont nous émerveiller avec leurs exploits et leurs histoires. Ce mélange de sport et de destins incroyables qui rend les Jeux paralympiques uniques.

Les Jeux paralympiques d’hiver en 5 minutes

Vous avez peu de temps devant vous mais l’envie d’apprendre quelques petites choses sur les Paralympiques d’hiver ? Vous êtes au bon endroit. C’est parti !

Comme beaucoup d’actes fondateurs dans l’histoire des sports hivernaux, les Jeux paralympiques d’hiver sont nés en Suède. C’est la petite localité côtière de Örnsköldsvik qui accueille l’événement en 1976. Pour la première fois, des sportifs handicapés autres que ceux sur chaise roulante ont le droit de participer à des épreuves olympiques. Une belle réussite même s’il aura fallu près de 30 ans aux pionniers du handisport des neiges pour atteindre leur but.

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Petit flashback rapide. En 1945, la Seconde guerre mondiale se termine. De nombreux soldats blessés de guerre rentrent du front et se tournent vers une rééducation par le sport. Les disciplines d’hiver ne sont pas en reste. Certains passionnés se lancent même dans des défis qui paraissent totalement fous à l’époque et c’est du côté de l’Autriche qu’on trouve les premières innovations techniques du ski handisport. Le précurseur se nomme Sepp Zwicknagl. Amputé des deux jambes, cet Autrichien est un des premiers hommes à oser s’élancer sur une piste de ski alpin avec des prothèses ! Autre nouveauté pour les skieurs amputés d’une jambe : le ski sur une jambe avec deux stabilisateurs longs à la place des bâtons. En 1948, 17 skieurs participent à la première dans cette toute nouvelle discipline. En 1949, les championnats autrichiens de ski handisport continuent de faire progresser la discipline vers une reconnaissance globale. L’évolution a l’air rapide. Pourtant, les premiers championnats du monde se font longtemps attendre. Ils ne vont se dérouler qu’en 1974 au Grand-Bornand. Cette fois, il n’y aura plus d’éclipse. Deux ans après ces Mondiaux en France, les Jeux paralympiques font leur entrée dans l’univers des sports d’hiver.

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Lors de la première édition suédoise, les épreuves principales concernent les amputés et les malvoyants en ski alpin et en ski nordique. La course sur luge, un dérivé handisport du patinage de vitesse pour les handicapés moteurs, y est présenté en tant que sport de démonstration. Avec près de 200 participants venus de 16 pays du monde, ces premiers Jeux paralympiques d’hiver connaissent des débuts encourageants.

Jusqu’en 1988, les Jeux paralympiques d’hiver sont organisées dans des villes séparées sans lien avec les Jeux olympiques d’hiver. Ce n’est que depuis les Jeux d’hiver d’Albertville en 1992 que les Paralympiques se tiennent dans les mêmes installations que les Jeux olympiques. Une étape essentielle est alors franchie. Cette année, à Sotchi, les sportifs paralympiques vont ainsi prendre le relais des athlètes olympiques moins de deux semaines après le départ de ces derniers. La fête continue donc et les handisports hivernaux vont avoir l’occasion de se faire connaître du monde entier. Parmi eux, la discipline la plus médiatique est certainement le hockey sur luge. Aussi agressive, spectaculaire et haletante que son homologue pour les valides, elle se différencie sur un aspect important : même si ce n’est pas obligatoire, les équipes peuvent être mixtes. Eh oui, le handisport ose parfois ce que les sports pour valides ne tentent jamais. Quant aux nouvelles disciplines, le curling sur chaise roulante rempile après sa première apparition aux Jeux de Vancouver en 2010 et le para-snowboarding fait son entrée au programme paralympique chez les hommes et chez les femmes.

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Evidemment, vous savez depuis les Jeux de Londres que le sport paralympique n’est pas toujours propre. Et les sports d’hiver ne dérogent pas à la règle. Mais nous n’allons pas terminer cet article sur des histoires de triche sportive. Nous allons plutôt conclure en mode Bisounours sur les mascottes paralympiques russes. Si vous ne les connaissez pas encore, nous vous présentons le duo paralympique : le garçon de feu et la fille de neige. « Luchik », le jeune homme aux cheveux de feu, vient d’une planète où il fait toujours chaud. « Snezhinka », la demoiselle en forme de flocon de neige, débarque, quant à elle, d’une comète glacée. Arrivés sur terre, ils ont réussi à s’adapter, à apprendre les sports d’hiver et même à créer de nouveaux sports paralympiques. Ils sont censés représenter l’harmonie qui peut naître du contraste et prouver que tout est possible. Bisounours, on vous a dit !

La Chine, Coldplay et Rihanna : les Jeux paralympiques se terminent avec faste et enthousiasme

Malgré une grande modestie – feinte ou réelle – avant le début de la compétition, la Chine n’a finalement laissé aucune chance aux autres nations : l’Empire du Milieu a totalement écrasé ces Jeux paralympiques, après avoir déjà montré sa supériorité intégrale chez elle à Pékin en 2008. Elle a même fait mieux qu’à domicile. La Chine a remporté 95 médailles d’or soit 59 de plus que la Russie, qui se classe pourtant deuxième ! Elle n’en avait gagné « que » 89 à Pékin. Au total, en 2012, elle a gagné 231 médailles soit 20 de plus que quatre ans plus tôt. C’est tout simplement phénoménal. Pourtant, les officiels chinois avaient bien tenté de calmer les attentes du public avant que les Jeux ne commencent. Avec une cinquantaine d’athlètes de moins qu’à Pékin, une participation à seulement 16 sports sur 20 (à Pékin, le pays hôte était qualifié d’office) et la moitié de la délégation n’ayant jamais encore participé aux Jeux paralympiques, il est vrai que la Chine partait avec moins d’avantages que lors de l’édition précédente. L’objectif officiel était d’être dans le top 3 final.

Comment alors expliquer cette domination sans appel ? Outre une motivation extrême, il faut déjà comprendre que le système mis en place pour les Jeux paralympiques de Pékin a continué à bien fonctionner après 2008. Ainsi, plus de la moitié des sportifs paralympiques chinois s’entraînent toujours au même endroit à Pékin dans ce qui est le plus grand centre d’entraînement pour sportifs handicapés du monde. Et la démarche handisport des Chinois date d’il y a un peu plus de 25 ans, lorsqu’ils ont commencé à participer aux Jeux paralympiques. Les handicapés sont clairement encouragés à faire du sport. Et le fait que 50 heures de programme paralympique soient retransmises par la télévision en Chine cette année n’est pas anodin. On sait que quand la Chine s’intéresse à un sujet, elle ne le fait jamais en dilettante.

Et, à part la Chine, que retenir de ces Jeux paralympiques ? Tellement de choses ! Les médias ont été dithyrambiques sur l’organisation de ces Jeux et ils ont eu raison. Londres 2012 sera peut-être vue dans quelques années comme le tournant du handisport. Avec plus de 2,7 millions de billets vendus, des stades remplis de supporters, une cérémonie de clôture splendide avec notamment Coldplay, Jay-Z et Rihanna, des compétitions haletantes et des champions enfin valorisés, les Jeux paralympiques 2012 auront été une fête superbe, qui n’a rien à envier aux Jeux olympiques. Evidemment, la médiatisation est toujours beaucoup plus faible. Evidemment, on a encore un peu de mal à connaître les visages et les noms des sportifs. Evidemment, les catégories de handicap sont encore un peu obscures pour les profanes. Mais on a déjà tellement progressé. On a découvert des sports, on s’est passionné pour des athlètes ou des équipes. En bref, on a vibré.

Qui dit fin des Jeux paralympiques dit petites vacances pour le blog. Nous allons prendre quelques jours pour nous remettre de nos émotions mais ce n’est qu’un au revoir. Nous avons bien l’intention de continuer à vous raconter nos anecdotes illustrées sur le sport. Depuis le 24 juillet, nous avons publié une trentaine d’articles et reçu plus de 6800 visites. Beaucoup de Français, pas mal de Belges, des Allemands et des Britanniques. Mais pas seulement ! Du Burkina Faso à l’Argentine en passant par Haïti et le Japon, nous sommes très fières d’avoir été lues dans près de 70 pays dans le monde. Merci à tous !

Les JO étaient la meilleure des excuses pour se lancer dans l’aventure du blog. Quant aux Jeux paralympiques, ils ont été une vraie révélation pour nous. Et nous allons continuer avec d’autres grands événements sportifs. D’ici la fin de l’année, nous pensons notamment déjà à un sport qui se joue avec des raquettes et une balle jaune… À bientôt sur Onion Rings !

Quand la prothèse devient œuvre d’art

Vous l’avez peut-être remarquée. Certainement, même. Si vous avez regardé l’athlétisme aux Jeux paralympiques, vous ne pouvez pas avoir manqué « Golden Vespa ». Derrière ce nom digne d’un personnage de « Kill Bill » se cache, en fait, la prothèse pour l’avant-bras gauche d’Arnaud Assoumani (double médaillé d’argent français à Londres en longueur et triple saut). Ce frelon jaune et noir qui révolutionne l’univers habituellement très classique des prothèses est né grâce à un concours lancé par l’athlète. Il a demandé à des designers de lui créer une nouvelle prothèse sur le thème des super héros. C’est Thomas Hourdain qui a remporté le concours avec une idée simple et belle : tel un Spiderman des stades d’athlétisme, Arnaud aurait été piqué par un frelon, qui lui aurait donné des super pouvoirs lui permettant de devenir un super sportif. Une jolie façon de changer le regard porté sur les prothèses.

Un but également partagé par une Australienne du nom de Jessica Sutton. Cette jeune femme de 33 ans, porteuse d’une prothèse à la jambe droite, a demandé à des artistes amputés de « twister » des prothèses usagées pour en faire des œuvres d’art. Le résultat, vraiment étonnant, était exposé à Londres jusqu’à la fin des Jeux paralympiques. L’exposition s’appelait « Spare parts » (pièces de rechange).

Si ce genre d’initiatives aide à briser un tabou dans les pays occidentaux, il ne faut pas oublier qu’il y a de nombreux pays dans le monde où posséder une prothèse, même vieille, même moche, est un luxe absolu. En Afghanistan, par exemple. Sur le million d’handicapés du pays, beaucoup n’ont pas accès aux prothèses ou aux chaises roulantes dont ils auraient besoin. Le seul sportif handisport afghan présent à Londres s’appelle Mohamed Rahimi. Il a perdu une partie de sa jambe droite à l’âge de douze ans en sautant sur une mine antipersonnel russe sur le chemin de Kaboul. C’est avec une prothèse en plastique donnée par la Croix-Rouge, pas tout à fait à sa taille, qu’il marche. Mais il fait partie des chanceux. Il a une prothèse et il arrive même à s’entraîner en haltérophilie. Pas sur du matériel homologué, certes. Mais c’est déjà ça.

Alors, évidemment, on est loin des expositions de prothèses artistiques et des bras bioniques mais tous ces combats sont finalement les mêmes. Ils en sont juste à des stades différents. Qu’il s’agisse de l’accès de tous aux prothèses ou de l’acceptation voire de l’admiration de ces prothèses par les valides, les Jeux paralympiques sont une tribune mondiale pour les sportifs et les artistes afin de faire parler du handicap. Vivement le jour où les athlètes afghans auront aussi des bras bioniques !

Esther Vergeer, l’invincible du tennis

Est-ce que Roger Federer est le plus grand joueur de tous les temps ? Est-ce que les records de Steffi Graf seront un jour battus ? Et si je vous disais que vous ne connaissez sans doute pas le plus beau palmarès du tennis ?

Il appartient à une Néerlandaise de 31 ans nommée Esther Vergeer et vous ne la connaissez a priori pas car elle joue assise sur une chaise roulante. Paraplégique depuis l’âge de huit ans après une opération, elle a d’abord commencé par le basket sur chaise roulante. Et elle n’était pas mauvaise puisqu’elle faisait tout de même partie de l’équipe néerlandaise championne d’Europe en 1997. Mais en 1998, elle a décidé de s’adonner à plein temps au tennis, sport qu’elle pratiquait déjà en parallèle du basket. Et là, c’est l’explosion. Elle gagne l’US Open dès 1998. Elle remporte aussi les Jeux paralympiques en 2000 à Sydney… sans perdre un seul set.

Parmi la multitude de records détenus par Esther Vergeer, il y a le plus hallucinant de tous : elle n’a plus perdu un match en simple depuis janvier 2003. Cela fait à ce jour 468 matches sans défaite. Pour vous faire une idée du caractère extraordinaire de ces chiffres, sachez que, chez les valides, le record est détenu par Martina Navratilova avec… 74 victoires d’affilée. Cela semble presque un peu ridicule en comparaison. Tous sports confondus, seul le Pakistanais Jahangir Khan a fait mieux que Vergeer en remportant 555 matches d’affilée en squash entre 1981 et 1986.

Je vous épargnerai les autres records de Vergeer. Retenez juste qu’elle est évidemment triple médaillée d’or en simple aux Jeux paralympiques et qu’elle voudra absolument gagner un quatrième titre à Londres. Côté double, elle n’a gagné « que » deux titres (2000 et 2004) puisqu’elle a perdu en finale en 2008 à Pékin. Affront qu’elle voudra certainement laver cette année. S’il est pratiquement certain que l’hymne néerlandais retentira après ces finales tant les joueuses néerlandaises dominent le tennis handisport, il faudra tout de même qu’elle batte ses compatriotes. Pour l’instant, tout roule pour Vergeer, qui n’a perdu qu’un seul jeu en simple en 3 matches !

Celle qui a été la première sportive handicapée à poser nue pour le fameux « Body issue » de « ESPN Magazine » a quelques matches devant elle pour compléter encore sa légende. Et puis viendra le moment du choix, si elle sort invaincue en simple de ces Jeux paralympiques : va-t-elle continuer pour aller chercher le record de Jahangir Khan ou décidera-t-elle de ranger sa raquette pour se consacrer pleinement au développement des athlètes handicapés via sa fondation et ses activités en marketing sportif ?

Tricher n’est pas jouer

Si vos faites partie de ces gens qui pensent qu’on ne triche que quand on est valide, sachez que ce cliché – comme beaucoup d’autres, en ce qui concerne le handisport – est faux. Les handicapés trichent aussi et de façon parfois très créative.

Il y a évidemment la méthode classique, partagée par tous les sportifs quelle que soit leur condition physique : le dopage. Un cycliste italien a ainsi été interdit de participer aux Jeux paralympiques cette année parce qu’il avait consulté un médecin connu pour ses prescriptions illégales. Un nageur français a, lui, été contrôlé positif à un diurétique et également exclu. Les agences antidopage surveillent les athlètes handicapés, même si les contrôles sont tout de même moins réguliers.

Il y a, ensuite, deux méthodes propres aux handicapés. La première : réussir à faire croire que vous êtes handicapé alors que vous ne l’êtes pas et ce, malgré les contrôles. Nous avons déjà évoqué le cas de l’équipe espagnole de basket pour handicapés mentaux, vainqueur de la finale, qui avait été exclue en 2000 quand on a découvert que dix joueurs de l’équipe ne répondaient pas aux critères requis de handicap pour participer à la compétition. Ils n’avaient tout simplement pas passé les tests de QI. Ce scandale avait permis de remettre en question les contrôles pour tous les handisports avec des handicapés mentaux. Autre mensonge célèbre : une skieuse de fond russe avait levé les bras en voyant son nom apparaître en premier sur le tableau d’affichage aux Jeux paralympiques d’hiver de Turin en 2006. Le souci était qu’elle était censée être aveugle… Autre cas d’usurpation de handicap : une cycliste handisport néerlandaise, Monique van der Vorst, double médaillée à Pékin, a dû reconnaître qu’elle n’avait pas guéri miraculeusement en 2010 mais qu’elle avait toujours pu marcher, malgré treize années passées sur une chaise roulante…

La seconde technique de tricherie spécifiquement utilisée par les sportifs handicapés est le « boosting ». Cette méthode, qui veut dire « stimulation » en anglais, est interdite depuis 1994. Elle consiste à se faire mal pour faire grimper la pression artérielle et le rythme cardiaque. Pourquoi ? Parce que la pression artérielle des personnes touchées à la moelle épinière est souvent basse et qu’elle n’augmente pas avec l’effort. Or, la pression sanguine et le rythme cardiaque jouent un rôle important dans la performance physique. Certains sportifs vont donc chercher à se stimuler violemment pour améliorer leurs performances (jusqu’à 15%, paraît-il). Se faire mal comment ? Cela va de se retenir d’aller aux toilettes jusqu’à se casser un orteil ou se tordre les testicules. D’après les sportifs ayant testé la méthode, cela fonctionne réellement. Ils ont ainsi pu porter des poids plus lourds ou avoir plus d’endurance à vélo. Mais l’accident (vasculaire cérébral, par exemple) n’est jamais loin. Et, malgré les contrôles, il semblerait qu’il faille attendre un drame pour faire comprendre à tous les risques encourus. Ce qui n’a évidemment jamais empêché personne de tricher…

Quelles sont les nations reines des Jeux paralympiques ?

Est-ce que les Etats-Unis et la Chine dominent autant les Jeux paralympiques que les JO ? La réponse n’est pas simple. La Chine domine effectivement les compétitions depuis deux éditions (Athènes 2004 et Pékin 2008) alors qu’elle n’était que 6e à Sydney en 2000, 9e à Atlanta en 1996 et 13e à Barcelone en 1992. La progression chinoise a donc été constante jusqu’à son apogée depuis huit ans. Il faudra voir si cela se poursuit cette année à Londres, après la motivation extrême pour Pékin. Pour les Américains, les résultats sont mitigés. Ils ont été 3e à Pékin en 2008, 4e en 2004 et 5e en 2000. Un classement vraiment moyen alors qu’ils avaient été premiers chez eux à Atlanta en 1996, à Barcelone en 1992 ou encore à Séoul en 1988. Si la Chine n’a que récemment pris la tête des nations paralympiques et si les Etats-Unis semblent sur le déclin, quels sont alors les autres grands pays à concourir ?

Parmi eux, plusieurs pays européens. Les Britanniques, tout d’abord. Grande nation paralympique s’il en est. Toujours classés 2e ou 3e des Jeux paralympiques, ils auront à cœur de faire au moins aussi bien dans leur jardin à Londres ! Il y a l’Ukraine, ensuite, qui s’est classée 4e en 2008 à Pékin et 6e à Athènes. Une jolie apparition dans le haut du classement quand on sait que le pays tournait plutôt autour de la 40e place auparavant. Viennent ensuite quelques pays du Commonwealth. On a déjà mentionné le Royaume-Uni mais l’Australie (5e à Pékin), l’Afrique du Sud (6e) et le Canada (7e) ne sont pas en reste.

Pour terminer, faisons un petit pari. Un pays auquel il faudra sans doute faire attention cette année devrait être le Brésil. Sa progression actuelle est certes intéressante (24e en 2000, 14e en 2004 et 9e en 2008) mais elle ne suffit pas à l’imaginer entrer dans le groupe de tête. C’est en tant que futur organisateur des Jeux paralympiques en 2016, pour lesquels il tentera forcément de réaliser un joli coup, qu’il devrait être dangereux dès à présent. Un coup d’éclat avant l’apothéose à Rio ? Rendez-vous le 9 septembre pour savoir si les athlètes paralympiques brésiliens étaient au rendez-vous !

La boccia et le goalball : mais qu’est-ce que c’est ?

20 sports sont présents aux Jeux paralympiques 2012. Les athlètes qui participent aux épreuves sont des handicapés visuels, physiques (amputés, infirmes moteurs, cérébraux, sur chaise roulante, personnes atteintes de nanisme,…) ou mentaux. Ces derniers ont d’ailleurs été réintégrés en 2012 alors qu’ils avaient été exclus depuis 2000. La raison ? Lors des Jeux paralympiques de Sydney, l’équipe de basket espagnole avait été accusée – à raison – de tricherie. Plusieurs joueurs de l’équipe n’auraient pas dû pouvoir participer aux épreuves car ils n’étaient pas handicapés mentaux. Quand les langues se sont déliées, il est apparu que le problème ne concernait pas seulement l’équipe espagnole ou le basket mais bien toutes les compétitions d’handicapés mentaux. Elles ont donc toutes été suspendues pour une durée illimitée, le temps que les critères d’admission et les moyens de contrôle des athlètes handicapés mentaux soient sérieusement améliorés. C’est désormais chose faite et les ID (« intellectually disabled », dans la classification handisport) font leur retour à Londres en natation, en athlétisme, en tennis de table et en aviron.

Les sourds, eux, ne participent pas aux Paralympiques car ils ont leurs propres Jeux baptisés les Deaflympics (Jeux olympiques des sourds). Cet événement se déroule tous les 4 ans. Il a eu lieu pour la première fois à Paris en 1924 et est donc bien plus ancien que les Jeux paralympiques. Les prochains Deaflympics se tiendront à Sofia en Bulgarie en 2013.

La plupart des sports paralympiques sont, comme on vient de le voir avec les sports des handicapés mentaux, des versions handisports des sports olympiques. On retrouve donc le tennis, le rugby ou encore l’escrime sur chaise roulante. D’autres, en revanche, sont des sports peu connus. La boccia, par exemple, qui est une sorte de pétanque qui se joue avec une boule de cuir. Il y a aussi le goalball, un sport de ballon pratiqué par des sportifs malvoyants ou non-voyants en équipes de trois et en faisant rouler un ballon muni de clochettes pour atteindre le but adverse. Le goalball est un sport paralympique alors que le torball, autre sport collectif de ballon pour sportifs déficients visuels et très populaire en France, ne l’est pas. On voit donc que, comme pour les Jeux olympiques, tous les sports pour handicapés ne font pas partie des sports paralympiques.

Autre particularité, il y a deux sortes de football aux Paralympiques. Ces deux sports suivent les règles de la FIFA (Fédération internationale de football association) mais ont été adaptés pour tenir compte des handicaps des joueurs. Le football à 5 est pratiqué par des footballeurs déficients visuels. On l’appelle aussi cécifoot. Quant au football à 7, il est, lui, pratiqué par des handicapés moteurs.

À demain pour continuer notre voyage dans le monde des Jeux paralympiques de Londres !

Jeux paralympiques 2012 : Londres a vu grand

Jusqu’au 9 septembre, Londres va accueillir les Jeux paralympiques d’été. Dernière ligne droite pour clôturer en beauté sept années de préparation intense et reprendre une vie normale de capitale hyperactive, ces Jeux vont réunir plus de 4000 sportifs handicapés de 165 pays. 15 nations y participent même pour la première fois. Parmi elles, la République démocratique du Congo, la Corée du Nord ou encore le Libéria. Le monde handisport s’élargit à chaque compétition et devrait un jour rattraper les JO.

Si les Jeux paralympiques semblent parfois être une corvée obligatoire pour les villes organisatrices des JO (la ville hôte des JO est automatiquement hôte des Jeux paralympiques), Londres a réellement mis le paquet pour promouvoir la compétition handisport. Pékin avait déjà fait beaucoup pour offrir une belle visibilité aux Jeux paralympiques. Londres veut faire encore mieux. Et c’est bien parti puisque les compétitions devraient se jouer à guichets fermés devant 2,5 millions de spectateurs. La plupart des infrastructures sportives sont les mêmes – avec quelques adaptations – que celles des JO, puisqu’elles avaient dès le départ été conçues pour les deux événements. Des sites nouveaux seront également utilisés pour des sports spécifiques (tennis en fauteuil roulant ou cyclisme sur route).

Quant à la cérémonie d’ouverture, elle a été produite par Stephen Daldry, le réalisateur de « Billy Elliot » et « The Hours ». Baptisée « Enlightenment », elle a réuni 3000 figurants. Officiellement ouverte par la Reine, cette cérémonie de haut niveau a été à la hauteur de l’intérêt de Londres pour ses Jeux paralympiques.


Même les chaînes de télévision semblent avoir également fait un effort dans leur programmation. Si on reste très loin de la diffusion continue des JO, les Paralympiques auront par exemple droit pour la première fois en France à une émission quotidienne les après-midis sur France 2, en plus du résumé quotidien d’une heure tous les soirs après les compétitions sur France 3 et la retransmission de la cérémonie d’ouverture sur France Ô. Pour suivre l’intégralité des Jeux paralympiques, il faudra en revanche se tourner vers le web.


Et pour promouvoir l’événement, Channel 4, chaîne officielle des Paralympiques au Royaume-Uni, a réalisé une très belle publicité intitulée « Meet the Superhumans ». Ça dure une minute trente. C’est « Harder Than You Think » de Public Enemy en fond sonore. Ça vous donne la chair de poule. Et ça résume parfaitement ce que sont ces Jeux paralympiques : une compétition réunissant de grands sportifs à la volonté de fer. Jetez-y un œil pour finir de vous mettre dans l’ambiance : « Meet the Superhumans »

L’homme qui court sans jambes & l’homme qui tire à l’arc sans voir

Dans quelques jours, l’athlète sud-africain Oscar Pistorius fera son entrée dans le stade olympique de Londres. Mais Pistorius n’est pas un athlète comme les autres. Ce jeune hommes de 25 ans est amputé des deux tibias depuis l’âge de 11 mois et court avec des lames en guise de prothèses (le « cheetah flex foot », qui a révolutionné la vie des athlètes amputés), ce qui lui vaut le surnom de « The Blade Runner ». Il sera donc le premier athlète amputé des deux jambes à participer aux Jeux Olympiques, après avoir été le premier à courir aux Championnats du monde avec les valides en 2011 à Daegu. Malgré certaines polémiques (rejetées en 2008 par le tribunal arbitral du sport) selon lesquelles ses prothèses l’avantageraient par rapport aux autres athlètes, Oscar Pistorius va réaliser son rêve en courant contre les meilleurs athlètes valides mondiaux sur 400 m et dans le relais 4 x 400 m.

S’il est le premier athlète amputé des deux jambes à participer aux Jeux Olympiques, sa compatriote nageuse Natalie du Toit avait, elle, déjà participé aux JO de Pékin en 2008 malgré sa jambe gauche amputée en 2001 après un accident de la route.

Et s’il est le plus médiatisé cette année, Pistorius n’est pourtant pas le seul athlète handicapé de ces Jeux de Londres. L’archer sud-coréen Im Dong Hyun est lui légalement aveugle avec 1/10e à l’oeil gauche et 2/10e à l’oeil droit. Cela ne l’a pourtant pas empêché de battre le record du monde de tir à l’arc dès le début des JO et de permettre ainsi à son équipe de battre le record du monde par équipe lors des qualifications. Il a marqué 699 points en 72 flèches. Chaque flèche pouvant rapporter au maximum 10 points, la performance est tout simplement phénoménale. Et il ne s’agit pas d’un moment de grâce éphémère puisqu’il est une star du tir à l’arc avec de multiples médailles mondiales et olympiques par équipe et en individuel. Le record du monde qu’il a battu était déjà le sien ! Un palmarès qui fait rêver ses concurrents à la vue parfaite…

La première athlète aveugle à participer aux JO était l’Américaine Marla Runyan, aux Jeux de Sydney en 2000. Bien plus qu’une simple participation, Runyan s’était qualifiée pour la finale du 1500 m et avait même terminé 8e de la course, soit première Américaine. En 2002, elle finissait également première Américaine du marathon de New York lors de sa première participation. Elle ne voyait pas mais elle courait aussi vite que les meilleures.

S’ils sont ainsi une poignée à se faire connaître depuis une dizaine d’années en accédant au compte-gouttes au Graal des compétitions pour valides, l’immense majorité des sportifs handicapés restent dans leurs catégories classiques handisport. Outre le plaisir de présenter ces quelques champions à la volonté de fer, ces destins de sportifs extraordinaires sont donc aussi une excuse pour rappeler que les Jeux Paralympiques se dérouleront à Londres du 29 août au 9 septembre. Et s’ils ne bénéficieront pas de la couverture médiatique des JO, bien au contraire, ils réuniront pourtant plus de 4000 athlètes de 165 pays dans 20 disciplines. Essayez d’y jeter un œil sur Internet (seul le web diffusera les épreuves en direct). Vous devriez être conquis.