La boule de cristal a parlé

Un peu avant le début des JO de Sotchi, le cabinet de conseil et d’audit PwC a annoncé ses prévisions de médailles. Après trois expériences estivales, PwC se lançait enfin dans l’analyse des sports d’hiver olympiques. Pour cela, ils ont étudié le PIB, le nombre de stations de ski par habitant, le degré d’enneigement ou encore le climat. Et leurs résultats sont on ne peut plus classiques : les Etats-Unis dominent logiquement le classement, devant l’Allemagne, la Russie (qui devrait connaître un boom de médailles du fait de son rôle de pays hôte) et le Canada. Juste derrière ce quatuor de tête, deux petits pays, l’Autriche et la Norvège, devraient encore une fois démontrer leur excellence en sports de neige. Quant à la France, elle serait 10ème avec 9 médailles.

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L’étude montre clairement les critères importants pour espérer se hisser en haut du classement des sports d’hiver et il faut avouer que l’étude ne présente aucune information renversante. Les sports d’hiver semblent beaucoup plus faciles à analyser que les multiples sports des Jeux d’été. On aurait pu résumer tout ça pour eux il y a bien longtemps sans modélisation et sans boule de cristal : pour gagner, il faut être un pays très riche avec de belles hautes montagnes enneigées, une vraie culture des sports d’hiver très ancrée et des infrastructures de pointe. Facile, non ?OR14_Meteo_Medailles_PwC_JO_SOTCHIMais attention. Si PwC peut avoir vu juste sur des estimations globales par pays, rien n’est plus aléatoire qu’une victoire sportive, évidemment, surtout dans des sports risqués. Et heureusement ! Dans les épreuves de snowboardcross, par exemple, les médaillés sont souvent les premiers surpris de monter sur le podium tant les chutes de favoris sont fréquentes. Même si PwC devrait avoir plus ou moins raison au final, ce qui nous fascinera, ce sera justement toutes les fois où un sportif ou une équipe contredira les sages chiffres calculés par de sages consultants sur de sages tableaux Excel. Ce qui est magique, c’est justement l’interstice où se glisse l’inattendu. C’est bien pour ça qu’on tremble à chaque fois. Rendez-vous après les JO pour une analyse des prévisions de PwC.

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Le miracle était sur la glace

En hockey sur glace, la Guerre froide n’est toujours pas terminée. Chaque duel au sommet entre l’Est et l’Ouest sent le soufre, comme si de son résultat dépendait la domination du monde. D’ailleurs, si c’est le légendaire Vladislav Tretiak qui a été choisi pour allumer la flamme olympique cette année à Sotchi, ce n’est certainement pas un hasard. Tretiak, c’est le gardien de but de la période où l’URSS dominait le hockey sur glace. Il est l’artisan de 3 des 8 titres olympiques remportés entre 1956 et 1988 par la « Machine rouge ». Mais dans cette carrière grandiose, il y a un sacré point noir : Tretiak est un des malheureux acteurs soviétiques de l’affrontement le plus célèbre de l’histoire des Jeux olympiques d’hiver : ce fameux USA-URSS à Lake Placid en 1980. Si vous êtes trop jeunes pour avoir vu ce match ou si le hockey sur glace ne fait pas partie de vos préoccupations quotidiennes, sachez que cette rencontre a été très modestement baptisée « Miracle on ice » par les journalistes américains. Ils ont, c’est vrai, parfois tendance à s’enthousiasmer outre mesure mais on ne peut le leur reprocher cette fois tant le résultat final était inattendu.

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22 février 1980. Le match oppose les jeunes joueurs américains universitaires à l’invincible armée rouge en patins. A l’époque, les joueurs professionnels de la NHL (la ligue nord-américaine de hockey) ne pouvaient pas participer aux JO. Et contrairement à ce que la légende pourrait laisser croire, le match magique n’était pas la finale des JO. En effet, les quatre nations qui étaient sorties en tête des groupes de qualification se rencontraient dans ce qu’on appelle le « medal round ». Le match USA-URSS n’a donc pas permis à lui seul aux Etats-Unis de devenir champions olympiques mais il a joué un rôle tellement fondamental avec l’élimination des grandissimes favoris et l’explosion de la ferveur populaire qu’il peut être considéré comme une « finale » a posteriori. Une semaine avant le début de la compétition, les Américains avaient été corrigés par les Soviétiques dans un match préparatoire joué au Madison Square Garden à New York. Et si l’URSS avait facilement remporté ses premiers matchs de poule, les Américains, eux, avaient dû réaliser plusieurs exploits pour en arriver là. Bref, autant dire que les carottes semblaient cuites pour les Yankees.

Le match est une partition tellement parfaite de suspense qu’il est presque facile à résumer : but soviétique, égalisation américaine, but soviétique, égalisation américaine juste avant la fin de la première période, coup de tonnerre avec le remplacement de Tretiak qui était considéré à l’époque comme le meilleur gardien du monde, égalisation américaine, but soviétique et égalisation américaine encore. A 3-3, le ping-pong au score s’inverse : les Américains marquent et prennent la tête ! Il reste 10 minutes à jouer. Le public est au bord de la crise cardiaque. Le gardien US repousse les offensives soviétiques avec son corps et sans doute toute son âme. Au coup de sifflet final, les Américains ont vaincu les invincibles. Toutes les explications ne pourront vous faire sentir l’hystérie du public et des joueurs américains ce jour-là. Une petite vidéo de la dernière minute du match devrait vous y aider. Deux jours après cet exploit, les USA battent la Finlande et deviennent champions olympiques chez eux. Les Soviétiques rentrent à Moscou avec une décevante médaille d’argent. Un cauchemar sportif mais aussi un affront politique.

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Depuis 1980, cet épisode légendaire fait partie de la mémoire du peuple américain. Parmi les références les plus folles, il y a cet épisode de la 4ème saison de « X-Files » diffusée en 1996 et qui évoque le rôle du fameux homme à la cigarette dans de nombreux événements célèbres du 20ème siècle. Parmi eux, cet aveu savoureux : « The Smoking Man » aurait drogué le gardien de but soviétique afin d’assurer le succès américain en 1980. Seize ans après le match, la victoire semble toujours aussi improbable, au moins pour les scénaristes de la série…

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Quatre ans après l’affront, l’URSS récupère son titre à Sarajevo en 1984. Et la domination soviétique va continuer à Calgary en 1988 ainsi qu’à Albertville sous le drapeau olympique temporaire de l’équipe unifiée de l’ex-URSS. Cela fait aujourd’hui 22 ans que les Russes n’ont pas remporté de titre olympique en hockey sur glace. Il y a fort à parier que l’enthousiasme de jouer à domicile et la légère pression poutinienne (le président a participé en personne à un match contre des stars du hockey à Sotchi) galvaniseront les joueurs. Mais il faudra faire très attention aux tenants du titre canadiens (et accessoirement inventeurs du jeu) ainsi qu’aux Américains qui n’ont plus remporté l’or depuis 1980 et qui rêvent de réitérer le fameux « Miracle on ice » après une éclipse de 34 ans. (Ce qui semble plutôt bien parti étant donné qu’ils viennent de battre les Russes 3-2 ce samedi 15 février 2014)

Bobsleigh-Herzégovine : un Croate, un Serbe et deux Bosniaques

Souvent plus propices aux événements symboliques qui vont faire le tour du monde, les Jeux olympiques d’été n’ont pourtant pas toujours l’exclusivité des émotions extra-sportives. Les très policés et bourgeois sports d’hiver sont parfois le théâtre de moments inattendus. En 1994, à Lillehammer en Norvège, une équipe a marqué les mémoires pour ce qu’elle était, pour ce qu’elle représentait, pour ce qu’elle prônait, pour ce qu’elle criait à la face du monde et non pour ses résultats.

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Ils sont quatre. Une banale équipe de bobsleigh de seconde zone. Pas facile de s’entraîner dans un pays en guerre depuis deux ans. Ils terminent logiquement dans les dernières places du classement. Pourtant, les quatre sportifs ne sont pas déçus. Ils sont là où ils le désirent. Devant les micros du monde entier. Ces quatre mousquetaires ont des noms mais, à cette époque dans leur région, seule leur origine importe. Ils représentent la Bosnie-Herzégovine aux Jeux olympiques. La toute jeune République en guerre. A cette époque dans leur région, on se tue pour ses origines. Et eux, ils le refusent. Pendant que Sarajevo est sous les bombes, eux se montrent parce qu’ils représentent un rêve, l’entente simple et chaleureuse d’hommes dont on voudrait qu’ils soient en guerre les uns contre les autres. Si un Croate, un Serbe et deux Bosniaques peuvent cohabiter dans un minuscule bobsleigh, pourquoi un pays ne le pourrait-il pas ?

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En 1984, Sarajevo organise de splendides Jeux olympiques d’hiver. Dix ans plus tard, elle est assiégée. Quatre sportifs essayent d’attirer l’attention sur le sort de la jeune République de Bosnie-Herzégovine pour qu’on arrête de détruire leur pays, qu’on mette un terme au nettoyage ethnique et qu’on cesse d’être obligé d’utiliser le bois des installations sportives pour fabriquer des cercueils. Près de deux ans après ces Jeux de Lillehammer, les accords de Dayton vont mettre un terme au conflit en décembre 1995. Début 1998, à la veille des Jeux de Nagano, la Commission européenne offre deux bobsleighs et des combinaisons aux membres de l’équipe olympique bosniaque. Un petit cadeau, certes, pour remplacer les vieux appareils loués ou empruntés durant les années de guerre. Mais un geste symbolique, surtout, que ceux qui ne connaissaient pas la composition de l’équipe de 1994 n’ont pas pu apprécier à sa juste valeur.

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Un Serbe, un Croate et deux Bosniaques. Zoran Sokolovic, Igor Boras, Izet Haracic et Nizar Zaciragic. En 1984, ils avaient regardés émerveillés les compétitions sportives se dérouler dans leur ville natale qui faisait leur fierté. Dix ans plus tard, ils étaient en mission pour sauver leur ville natale qui était devenue leur honte. C’était il y a vingt ans. Si loin déjà et si proche pourtant.

Quand Salchow faisait le show

Si vous avez regardé ne serait-ce qu’une seule compétition de patinage artistique dans votre vie, vous avez forcément entendu le commentateur s’extasier sur un triple voire un quadruple Salchow. Mais en quoi consiste un Salchow ? C’est très simple : ce saut se prend sur une carre (la partie coupante de la lame) intérieure arrière pour se terminer, après une révolution, sur la carre extérieure arrière avec l’autre pied que celui ayant déclenché le départ. Si ces termes ne vous sont pas familiers, le dessin de Marielle est là pour vous sauver. Vous devriez visualiser le fameux Salchow de façon limpide ! Et ce saut porte évidemment le nom de son inventeur, l’immense champion suédois Ulrich Salchow (que l’on peut voir patiner ici en 1911), qui l’a tenté pour la première fois en compétition en 1909.

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Puisqu’on parle de Salchow, profitons-en pour revenir brièvement sur sa fabuleuse carrière sportive. Avec 10 titres de champion du monde, il reste l’homme le plus titré en patinage artistique. Seules deux patineuses, Sonja Henie dans les années 1920 et 1930 et Irina Rodnina dans les années 1960 et 1970 (cette dernière a allumé la flamme olympique lors de la cérémonie d’ouverture à Sotchi), ont égalé ce record. Il a également remporté l’or olympique aux JO de 1908 à Londres. Le patinage y est intégré pour la première fois au programme olympique, avant même la création des Jeux d’hiver. Au sommet de son art, Salchow est parti pour enchaîner les titres olympiques. Mais il ne peut malheureusement défendre son titre olympique en 1912 pour la simple raison que les organisateurs ont décidé de retirer le patinage artistique des épreuves olympiques. A l’époque, les disciplines entraient et sortaient des JO avec légèreté ou presque. Impossible d’envisager cela de nos jours. La fronde serait trop violente à cause des sommes considérables qui sont en jeu. Revenons à Salchow. En 1916, les JO n’ont pas lieu pour cause de guerre mondiale alors que le patinage artistique aurait dû y faire son retour. Et en 1920, quand le patinage réintègre le programme des Jeux olympiques d’été d’Anvers, Slachow a 43 ans. Il ne se classe que 4ème.

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Après sa brillante carrière, Salchow ne s’éloigne pas des patinoires. Il devient président de l’Union internationale de patinage de 1925 à 1937. Pendant toutes ces années où il a vu d’autres hommes et femmes patiner sous ses yeux, il a bien dû s’amuser en les écoutant parler de « leurs » Salchow ratés ou de « leurs » magnifiques Salchow !

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Norway ? No way !

Si on vous avait demandé quel est le pays le plus médaillé de l’histoire des Jeux d’hiver, il n’est pas certain que vous auriez spontanément répondu « la Norvège, évidemment ! ». Pourtant, quand on y réfléchit, cela n’est pas étonnant. Déjà parce que c’est le pays d’Edvard Munch. Cela n’a bien sûr aucun rapport avec le niveau sportif mais ça ne fait pas de mal. Surtout, la Norvège est régulièrement classée pays le plus démocratique, le plus pacifique ou encore avec le meilleur indice de développement humain. En gros, ça a l’air d’être un pays plutôt sympathique, même si la démocratie et le pacifisme n’ont jamais été des critères pour gagner des médailles. Là où ça devient plus concret, c’est que le royaume des fjords est clairement le cadre idéal pour s’entraîner aux sports d’hiver. Et il est évident que les Norvégiens démontrent depuis les premiers JO d’hiver de Chamonix de 1924 un réel don pour la plupart des épreuves au programme. Le ski de fond, le patinage de vitesse, le combiné nordique, le saut à ski et le ski alpin sont des sports rois chez eux et leur ont rapporté un maximum de breloques.

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En 1952, la Norvège termine première du classement des médailles lors des JO qu’elle organise à Oslo. Dans les calculs olympiques, ce sont les médailles d’or qui comptent d’abord. Si deux pays sont à égalité, on compare ensuite leurs médailles d’argent puis éventuellement celles de bronze. La Norvège est donc le pays qui a gagné le plus de médailles d’or en 1952 à Oslo. Vous allez dire que c’est normal quand un pays accueille les Jeux mais sachez que cela ne s’est plus reproduit jusqu’à Vancouver en 2010. En 1994, la Norvège brille encore en terminant deuxième nation participante en termes de médailles d’or et première au total du nombre de médailles lors des JO dont elle est l’hôte à Lillehammer. En parlant de cette petite ville du comté d’Oppland, faisons une rapide digression dans l’univers des séries : la savoureuse coproduction américano-norvégienne « Lillyhammer » raconte les hilarantes tribulations d’un mafieux italo-américain qui tente de refaire sa vie dans la jolie bourgade de Lillehammer. Au détour d’un épisode, vous y apercevrez même la piste de saut à ski des JO ! Retour à nos moutons olympiques. En 1994 à Lillehammer, la Norvège termine donc deuxième, tout comme quatre ans plus tard à Nagano. Et elle s’était déjà bien préparée en 1992 à Albertville puisqu’elle avait fini troisième. Une époque dorée pour le sport norvégien.

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Vous connaissez certainement – de nom, au moins – plusieurs grands champions norvégiens. Tout d’abord, la légende absolue du ski de fond, Bjorn Daehlie, qui a remporté 8 médailles d’or olympiques durant les années 1990. Il y a aussi le skieur alpin Kjetil André Aaamodt, qui a la particularité d’avoir été le plus jeune champion olympique de Super-G à Albertville à l’âge de 20 ans mais aussi le plus vieux puisqu’il a remporté la même épreuve à Turin à 34 ans. Autre monstre sacré mais toujours en activité : le biathlète Ole Einar Bjorndalen. Il a 7 titres olympiques (le dernier ayant été remporté à Sotchi le 8 février à l’âge de 40 ans), ce qui est déjà énorme, mais il a lui aussi une spécificité : il est tout simplement le sportif le plus titré de l’histoire des sports d’hiver. Pas mal, hein ?

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Heureusement, il n’y a pas que des hommes au pays de A-ha. Tora Berger, qui a été à Vancouver en 2010 la première Norvégienne à remporter une médaille d’or en biathlon, sera une des championnes à suivre à Sotchi. Elle espère y terminer en apothéose sa phénoménale carrière. On lui souhaite de réussir son pari et de rapporter un métal doré dans l’escarcelle de son pays. Si la Norvège aura fort à faire avec les Russes, les Allemands, les Américains, les Canadiens ou encore les Autrichiens, il ne faut jamais sous-estimer les descendants des Vikings quand il s’agit de conquêtes en territoires hostiles.

La tomate volante au royaume de la glisse

Contrairement aux apparences, ce titre digne d’un navet cinématographique n’est pas une énigme. Evidemment, les profanes se demandent qui est cette fameuse tomate volante. Mais les passionnés de snowboard et de skateboard, eux, savent très bien de qui nous allons vous parler. The Flying Tomato n’est autre que Shaun White, sans doute la plus grande star actuelle des sports d’hiver. Quand vous l’aurez vu faire des sauts d’une amplitude de 8 mètres, vous ne douterez plus jamais du caractère aérien du jeune homme. Quant à sa rutilance, attendez qu’il enlève son casque. Sa tête de chanteur de hard rock pré-pubère est encadrée par une chevelure aussi flamboyante que celle de Mérida, la fougueuse héroïne du dessin animé « Rebelle » de Disney. Il y a un an, le sportif de l’extrême a accepté de couper ses boucles pour aider une association qui fournit des perruques aux enfants qui perdent leurs cheveux durant des traitements médicaux. Un beau geste pour lequel il a semblé bien plus stressé que lorsqu’il s’élance du haut d’une rampe !

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Shaun White est un héros américain comme seuls les Etats-Unis en ont le secret. Quand il naît à San Diego en 1986, les fées qui se penchent sur son berceau n’ont apparemment pas dans l’idée d’en faire un grand sportif. Avant l’âge d’un an, le bambin a déjà subi deux opérations à cœur ouvert à cause d’une malformation cardiaque. On a connu des débuts plus faciles. Heureusement, l’inquiétude laisse rapidement la place à l’insouciance. Le gamin vif et agile fait ses débuts en ski. A 6 ans, il s’essaie au snowboard et subjugue par son talent. Un an plus tard, Shaun a déjà un sponsor ! A partir de là, tel un Attila de la glisse, il va tout écraser sur son passage. En snowboard, d’abord, puisqu’il est le double champion olympique en titre en half-pipe (les fameuses compétitions durant lesquelles les riders effectuent des figures en l’air en traversant la fameuse rampe de neige). A Sotchi, Red Zeppelin, un autre de ses surnoms, aimerait remporter une troisième médaille d’or consécutive dans sa discipline favorite. Il serait alors le premier snowboarder à réaliser cet exploit.

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Mais ce n’est pas tout. Une nouvelle discipline fait son entrée aux Jeux d’hiver cette année : le slopestyle (vous savez, cette épreuve un peu délirante durant laquelle les riders passent différents obstacles et enchaînent les figures sur un terrain spécialement conçu pour eux). Et Shaun White ne serait pas contre l’idée de ramener une autre médaille dans ce nouveau sport olympique le 8 février. Même s’il a dû arracher sa qualification après une chute dans les sélections américaines et s’il a avoué il y a quelques jours que le terrain de slopestyle de Sotchi lui semblait intimidant. Mais les grands champions n’aiment rien de plus que les défis les plus fous, n’est-ce pas. (Shaun a finalement déclaré forfait pour le slopestyle…)

Et quand la neige fond, nous direz-vous. Que fait ce jeune homme hyperactif ? Du skateboard, pardi. Et là encore, il a oublié d’être mauvais. Accumulant les médailles dans ce domaine, Shaun est d’ailleurs devenu le premier sportif à remporter la compétition annuelle de sports extrêmes, les célèbres X Games, dans deux sports différents en hiver et en été.

OR14_Flying_tomato_shaun_white_JO_SotchiNe vous fiez pas à son air nonchalant, son groupe de rock avec ses potes et son charmant sourire. Shaun White est un archi professionnel qui s’entraîne sans relâche avec une équipe aux petits soins autour de lui. Il est aussi le sportif le mieux payé de ces Jeux d’hiver avec plus de 8 millions de dollars de revenus annuels. Plusieurs jeux vidéo portent même son nom. Mais le staff, l’argent ou les sponsors n’auront aucun poids au moment de s’élancer du half-pipe le 11 février. Seul contre tous. Seul contre lui-même. Avec un nouveau saut hallucinant dans sa besace, Shaun va prendre tous les risques pour nous faire rêver une nouvelle fois. S’il échoue, il nous brisera le cœur. S’il réussit, la tomate volante brillera définitivement tel un rubis au firmament du sport.

Le calendrier collector Onion Rings 2014 !

Ça y est : notre tout premier calendrier Onion Rings est arrivé ! Il est beau, joyeux et rempli d’informations sportives utiles et inutiles. Bref, il est fait pour vous.

Pour 9 euros, vous recevrez notre calendrier-affiche 2014 chez vous. Si vous en voulez un, envoyez-nous un mail à blogonionrings2012@gmail.com avec vos coordonnées.

Merci à tous et vive le sport en 2014 !

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2014, année olympique !

Bonne année à tous !

La tradition veut qu’on ait le droit de souhaiter les vœux jusqu’à la fin du mois de janvier.
On est donc encore dans les temps pour quelques heures.

Et puis, on voulait aussi attendre de vous souhaiter une belle nouvelle année chinoise.
Qu’elle soit fougueuse vous emmener au galop vers vos rêves mais aussi élégante
pour vous faire passer les obstacles avec grâce.

Rendez-vous dans une semaine pour le début des JO d’hiver de Sotchi. On sera sur le pont pour vous en parler tout au long de la quinzaine olympique !

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Marielle et Sara, vos Onion Rings

Et, à la fin, il n’en restera plus qu’un…

D’ici quelques jours, nous allons connaître le nom du nouveau Ballon d’or, c’est-à-dire le meilleur joueur de football (il existe aussi un trophée de la meilleure joueuse depuis 2010 mais, très étonnamment, on n’en entend pas beaucoup parler). Drôle de récompense, si on y pense, puisqu’il s’agit de choisir une seule personne alors que le football est un sport collectif. Trois candidats se sont détachés pour la finale de cette année, trois noms logiques : l’Argentin Lionel Messi, quadruple vainqueur en titre du trophée et idole des fans de football du monde entier grâce à ses exploits avec le FC Barcelone, Cristiano Ronaldo, Ballon d’or 2008, quatre fois deuxième du classement final et agaçant génie portugais dont la quantité de gel dans les cheveux n’a d’égale que la tonne de buts qu’il plante à la chaîne avec le Real Madrid et son équipe nationale et, enfin, Franck Ribéry, l’attaquant français balafré mal-aimé dans l’Hexagone mais idolâtré au Bayern Munich dont il fait les beaux jours depuis sept saisons. Le monde du ballon rond est suspendu à la décision de quelques votants. Mais qui sont ces gens qui vont graver le nom d’un seul joueur à côté de l’année 2013 ?

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Le Ballon d’or a connu deux périodes. La première, l’historique, c’est l’époque « France Football ». En 1956, plusieurs journalistes de l’hebdomadaire français promeuvent l’idée d’un trophée du meilleur joueur européen jouant dans un championnat européen. Le succès est au rendez-vous et la récompense devient rapidement la référence individuelle ultime. En 1995, la règle est assouplie et permet à tout joueur participant à un championnat européen de remporter le trophée, sans distinction de nationalité. Fort opportunément, c’est le Libérien George Weah qui devient Ballon d’or cette année-là. Dommage, en revanche, pour le Brésilien Romario qui, lui, avait tout gagné – notamment la Coupe du monde – en 1994… Et, depuis 2007, c’est tout simplement le meilleur joueur du monde qui doit gagner, peu importe où il joue. Une évolution logique tant le monde du football ne se résume plus à l’Europe. Bon, évidemment, ce sera plus utile le jour où un joueur d’un club sud-américain, asiatique ou africain gagnera le trophée. Mais jusqu’à présent les joueurs au sommet de leur carrière préfèrent toujours l’Europe. Pour l’instant.

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Durant toutes ces années, le jury était composé d’un simple panel de journalistes sportifs. Les choses ont changé avec la reprise en main du trophée par la FIFA (Fédération internationale de football association) en 2010. Désormais, le jury, c’est non seulement un panel de 209 journalistes de football – il y a 209 fédérations membres de la FIFA en 2013 – mais aussi les 209 sélectionneurs et les 209 capitaines des sélections. Beaucoup plus de votants qu’avant. Est-ce que le choix en est devenu plus consensuel ? Pas en 2010, en tout cas, lorsque Lionel Messi l’emporte grâce au nouveau système de vote face à un Wesley Sneijder pourtant favori des journalistes après sa saison folle avec l’Inter et sa place de finaliste en Coupe du monde avec les Pays-Bas. Cette année encore, la polémique était bien présente. A priori, après une domination sans partage pendant quatre années consécutives, Lionel Messi, blessé, devrait laisser sa place à Ribéry après la saison parfaite du Bayern (Ligue des champions, championnat d’Allemagne et Coupe d’Allemagne). Mais les exploits de Cristiano Ronaldo lors des barrages qui ont permis au Portugal de se qualifier pour la Coupe du monde (il a marqué tous les buts de son équipe à l’aller comme au retour) pourraient gâcher la fête du Français… Puisque la FIFA a décidé au dernier moment de repousser la date butoir des votes après les barrages. Ce qui ressemble à une façon peu discrète d’avantager le Portugais. Mais Ronaldo, lui-même, avait crié au scandale quelques jours auparavant parce qu’il était moins bien mis en valeur que ses concurrents par l’instance internationale. Bref, le FIFA Ballon d’or, c’est polémique contre polémique et c’est ce qui fait son charme. Une touche de suspense qui a rempli la tranquille fin d’année footballistique. Réponse le 13 janvier.

Louis Luyt, l’arbitrage vidéo et la montre en or

En 2013, un vieil homme sud-africain est mort. Il était l’un des artisans de la victoire des Springboks lors de la fameuse Coupe du monde de rugby en 1995 qui a permis à l’Afrique du Sud, le pays hôte, de faire un retour tonitruant sur la scène sportive internationale après des années d’exclusion pour cause d’apartheid. Cet homme, ce n’est pas Nelson Mandela. Décédé quelques mois avant l’ancien président, l’homme dont nous vous racontons l’histoire aujourd’hui s’appelait Louis Luyt. Et l’amertume des Néo-zélandais et des Français n’est pas prête de s’affadir avec sa mort.

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Qui était donc ce Louis Luyt pour réussir à se faire détester par les demi-finalistes français et les finalistes néo-zélandais d’un sport habituellement fair-play ? Qui était cet homme qui a terni cette Coupe du monde arc-en-ciel tant voulue par Mandela, cette grande fête de la réconciliation d’un peuple derrière son équipe de rugby, cette victoire sublime d’un pays sorti de l’enfer pour s’imposer sportivement aux yeux du monde ?

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Louis Luyt était un sacré personnage et c’est peu de le dire. Homme d’affaires et homme politique à la carrière agitée, le colosse aux cheveux poivre et sel restera connu dans le monde entier pour son rôle de président de la fédération sud-africaine et son intervention lors du fameux banquet d’après match. Durant cette soirée lunaire, Luyt réussit d’abord à vexer les Néo-zélandais, finalistes malheureux de la célèbre finale très serrée jouée à l’Ellis Park de Johannesbourg. Luyt assura lors de son discours que, si elle n’avait pas été interdite de participer aux deux premières Coupes du monde en 1987 et 1991, l’Afrique du Sud aurait gagné tous les trophées. Dont celui remporté en 1987 par les All Blacks… qui quittèrent la salle. Luyt ne s’arrêta pas en si bon chemin. Il félicita ensuite Derek Bevan, l’arbitre de la demi-finale contre la France, pour son excellent arbitrage. Pourtant, Bevan avait refusé un essai de dernière minute à Abdelatif Benazzi. Si l’arbitrage vidéo avait existé à l’époque, l’essai du Français aurait été validé et la France aurait devancé les Springboks au score… Lorsque Luyt invita Bevan sur scène pour lui remettre une montre en or, la salle continua logiquement à se vider afin de protester contre l’attitude surréaliste de l’ancien joueur de rugby devenu un prétentieux magouilleur. Bevan, lui-même, quitta le banquet. A sa façon, Luyt aura réussi à rendre cette soirée inoubliable et graver son nom dans la légende – infâme – du rugby puisque les accusations de racisme, de malversations financières et de népotisme seront légion durant sa houleuse carrière.

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Si le personnage de Luyt apparaît dans le relativement médiocre « Invictus » de Clint Eastwood, les événements du dîner qui a suivi la finale ont évidemment été effacés du récit. Forcément, l’Afrique du Sud offrait un visage beaucoup plus noble et cinégénique avec Nelson Mandela qu’avec Louis Luyt…

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