Lara Croft ? Mieux : Lauren Woolstencroft !

Veuillez excuser le jeu de mots facile du titre. C’est une médiocre ruse pour vous attirer vers le portrait d’une sportive d’exception. Car comment parler du ski paralympique sans évoquer Lauren Woolstencroft ? Celle qui a longtemps dominé la discipline est aujourd’hui une retraitée des pistes de 32 ans. Partie au sommet de la gloire en 2010, sans se retourner, sans hésiter. Par son caractère bien trempé, son intelligence et son physique athlétique, Lauren a bien quelques points communs avec Lara, la fameuse héroïne des jeux vidéo. Mais la ressemblance s’arrête là. Lara est brune alors que notre Lauren est blonde. Lara est archéologue quand Lauren skie et décroche en parallèle un diplôme en génie électrique. Lara est britannique tandis que notre championne Lauren est canadienne.

OR14_PARALYMPIQUES_Lauren_Woolstencroft-Lara-croft_JO_SOTCHI

Après les Jeux de Turin en 2006, la jeune femme hésite à arrêter sa carrière sportive mais l’envie de briller, au Canada, devant son public, a raison de ses doutes. Quatre ans de préparation plus tard, Lauren ne flanche pas. Impériale de bout en bout, elle gagne les cinq épreuves de ski féminin dans la catégorie « debout » à Vancouver en 2010. Un grand Chelem époustouflant. En l’espace de six jours, elle anéantit toute concurrence, laissant parfois ses plus proches adversaires à 7 secondes (en Super-G) voire à 12 secondes (en super-combiné). Avec cinq médailles d’or, Lauren a évidemment l’honneur de porter le drapeau canadien lors de la cérémonie de clôture. A peine rentrée chez elle, miss Woolstencroft annonce ce que tout le monde pressentait : elle arrête pour de bon. Depuis, la jeune femme continue son joli parcours sur une autre route, plus discrète et moins enneigée. Elle s’est mariée avec son petit ami de toujours et s’est complètement investie dans son métier d’ingénieur en électricité. Lauren n’a jamais cherché la lumière lorsqu’elle skiait. Le tourbillon médiatique ne lui manque donc certainement pas. Peu démonstrative et très têtue, Lauren n’a jamais joué à faire le show une fois la ligne d’arrivée franchie. Les médailles étaient le simple prolongement de sa personnalité. Celle d’une petite fille qui s’enfermait au sous-sol de la maison familiale pour s’entraîner des heures durant à faire ses lacets à une main ou à sauter à la corde. Celle d’une petite fille qui n’en sortait que lorsqu’elle maîtrisait totalement le geste. Cette petite fille ne pouvait que devenir une championne.

OR14_PARALYMPIQUES_JO_SOTCHI_Lauren_Woolstencroft

Parce que ce qui vous a peut-être échappé jusqu’ici, c’est que Lauren est née sans bras gauche sous le coude et sans jambes sous les genoux. D’où les lacets à une main et l’entraînement acharné pour apprendre à sauter à la corde avec des prothèses. Quant à la passion du ski, elle lui a été transmise par ses parents, tous deux mordus de sports d’hiver. Malgré les handicaps, ils n’imaginent pas laisser leur petite fille sur le bord de la piste. Lauren apprend donc à skier avec des prothèses à l’âge de 4 ans. A 14 ans, elle participe à sa première compétition.

A Salt Lake City en 2002, la Canadienne remporte deux médailles d’or et une médaille de bronze. Quatre ans plus tard, à Turin, elle gagne l’or et l’argent. Et à Vancouver, comme on l’a vu, elle glane cinq médailles d’or. Dix médailles en trois participations aux Jeux paralympiques : quel palmarès ! Alors, cette année, l’ombre de Lauren Woolstencroft planera sans aucun doute sur les pistes de Rosa Khutor, la désormais célèbre station de ski alpin des Jeux d’hiver 2014. Mais nul doute que d’autres skieuses vont nous émerveiller avec leurs exploits et leurs histoires. Ce mélange de sport et de destins incroyables qui rend les Jeux paralympiques uniques.

Quelles sont les nations reines des Jeux paralympiques ?

Est-ce que les Etats-Unis et la Chine dominent autant les Jeux paralympiques que les JO ? La réponse n’est pas simple. La Chine domine effectivement les compétitions depuis deux éditions (Athènes 2004 et Pékin 2008) alors qu’elle n’était que 6e à Sydney en 2000, 9e à Atlanta en 1996 et 13e à Barcelone en 1992. La progression chinoise a donc été constante jusqu’à son apogée depuis huit ans. Il faudra voir si cela se poursuit cette année à Londres, après la motivation extrême pour Pékin. Pour les Américains, les résultats sont mitigés. Ils ont été 3e à Pékin en 2008, 4e en 2004 et 5e en 2000. Un classement vraiment moyen alors qu’ils avaient été premiers chez eux à Atlanta en 1996, à Barcelone en 1992 ou encore à Séoul en 1988. Si la Chine n’a que récemment pris la tête des nations paralympiques et si les Etats-Unis semblent sur le déclin, quels sont alors les autres grands pays à concourir ?

Parmi eux, plusieurs pays européens. Les Britanniques, tout d’abord. Grande nation paralympique s’il en est. Toujours classés 2e ou 3e des Jeux paralympiques, ils auront à cœur de faire au moins aussi bien dans leur jardin à Londres ! Il y a l’Ukraine, ensuite, qui s’est classée 4e en 2008 à Pékin et 6e à Athènes. Une jolie apparition dans le haut du classement quand on sait que le pays tournait plutôt autour de la 40e place auparavant. Viennent ensuite quelques pays du Commonwealth. On a déjà mentionné le Royaume-Uni mais l’Australie (5e à Pékin), l’Afrique du Sud (6e) et le Canada (7e) ne sont pas en reste.

Pour terminer, faisons un petit pari. Un pays auquel il faudra sans doute faire attention cette année devrait être le Brésil. Sa progression actuelle est certes intéressante (24e en 2000, 14e en 2004 et 9e en 2008) mais elle ne suffit pas à l’imaginer entrer dans le groupe de tête. C’est en tant que futur organisateur des Jeux paralympiques en 2016, pour lesquels il tentera forcément de réaliser un joli coup, qu’il devrait être dangereux dès à présent. Un coup d’éclat avant l’apothéose à Rio ? Rendez-vous le 9 septembre pour savoir si les athlètes paralympiques brésiliens étaient au rendez-vous !