Lara Croft ? Mieux : Lauren Woolstencroft !

Veuillez excuser le jeu de mots facile du titre. C’est une médiocre ruse pour vous attirer vers le portrait d’une sportive d’exception. Car comment parler du ski paralympique sans évoquer Lauren Woolstencroft ? Celle qui a longtemps dominé la discipline est aujourd’hui une retraitée des pistes de 32 ans. Partie au sommet de la gloire en 2010, sans se retourner, sans hésiter. Par son caractère bien trempé, son intelligence et son physique athlétique, Lauren a bien quelques points communs avec Lara, la fameuse héroïne des jeux vidéo. Mais la ressemblance s’arrête là. Lara est brune alors que notre Lauren est blonde. Lara est archéologue quand Lauren skie et décroche en parallèle un diplôme en génie électrique. Lara est britannique tandis que notre championne Lauren est canadienne.

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Après les Jeux de Turin en 2006, la jeune femme hésite à arrêter sa carrière sportive mais l’envie de briller, au Canada, devant son public, a raison de ses doutes. Quatre ans de préparation plus tard, Lauren ne flanche pas. Impériale de bout en bout, elle gagne les cinq épreuves de ski féminin dans la catégorie « debout » à Vancouver en 2010. Un grand Chelem époustouflant. En l’espace de six jours, elle anéantit toute concurrence, laissant parfois ses plus proches adversaires à 7 secondes (en Super-G) voire à 12 secondes (en super-combiné). Avec cinq médailles d’or, Lauren a évidemment l’honneur de porter le drapeau canadien lors de la cérémonie de clôture. A peine rentrée chez elle, miss Woolstencroft annonce ce que tout le monde pressentait : elle arrête pour de bon. Depuis, la jeune femme continue son joli parcours sur une autre route, plus discrète et moins enneigée. Elle s’est mariée avec son petit ami de toujours et s’est complètement investie dans son métier d’ingénieur en électricité. Lauren n’a jamais cherché la lumière lorsqu’elle skiait. Le tourbillon médiatique ne lui manque donc certainement pas. Peu démonstrative et très têtue, Lauren n’a jamais joué à faire le show une fois la ligne d’arrivée franchie. Les médailles étaient le simple prolongement de sa personnalité. Celle d’une petite fille qui s’enfermait au sous-sol de la maison familiale pour s’entraîner des heures durant à faire ses lacets à une main ou à sauter à la corde. Celle d’une petite fille qui n’en sortait que lorsqu’elle maîtrisait totalement le geste. Cette petite fille ne pouvait que devenir une championne.

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Parce que ce qui vous a peut-être échappé jusqu’ici, c’est que Lauren est née sans bras gauche sous le coude et sans jambes sous les genoux. D’où les lacets à une main et l’entraînement acharné pour apprendre à sauter à la corde avec des prothèses. Quant à la passion du ski, elle lui a été transmise par ses parents, tous deux mordus de sports d’hiver. Malgré les handicaps, ils n’imaginent pas laisser leur petite fille sur le bord de la piste. Lauren apprend donc à skier avec des prothèses à l’âge de 4 ans. A 14 ans, elle participe à sa première compétition.

A Salt Lake City en 2002, la Canadienne remporte deux médailles d’or et une médaille de bronze. Quatre ans plus tard, à Turin, elle gagne l’or et l’argent. Et à Vancouver, comme on l’a vu, elle glane cinq médailles d’or. Dix médailles en trois participations aux Jeux paralympiques : quel palmarès ! Alors, cette année, l’ombre de Lauren Woolstencroft planera sans aucun doute sur les pistes de Rosa Khutor, la désormais célèbre station de ski alpin des Jeux d’hiver 2014. Mais nul doute que d’autres skieuses vont nous émerveiller avec leurs exploits et leurs histoires. Ce mélange de sport et de destins incroyables qui rend les Jeux paralympiques uniques.

Les Jeux paralympiques d’hiver en 5 minutes

Vous avez peu de temps devant vous mais l’envie d’apprendre quelques petites choses sur les Paralympiques d’hiver ? Vous êtes au bon endroit. C’est parti !

Comme beaucoup d’actes fondateurs dans l’histoire des sports hivernaux, les Jeux paralympiques d’hiver sont nés en Suède. C’est la petite localité côtière de Örnsköldsvik qui accueille l’événement en 1976. Pour la première fois, des sportifs handicapés autres que ceux sur chaise roulante ont le droit de participer à des épreuves olympiques. Une belle réussite même s’il aura fallu près de 30 ans aux pionniers du handisport des neiges pour atteindre leur but.

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Petit flashback rapide. En 1945, la Seconde guerre mondiale se termine. De nombreux soldats blessés de guerre rentrent du front et se tournent vers une rééducation par le sport. Les disciplines d’hiver ne sont pas en reste. Certains passionnés se lancent même dans des défis qui paraissent totalement fous à l’époque et c’est du côté de l’Autriche qu’on trouve les premières innovations techniques du ski handisport. Le précurseur se nomme Sepp Zwicknagl. Amputé des deux jambes, cet Autrichien est un des premiers hommes à oser s’élancer sur une piste de ski alpin avec des prothèses ! Autre nouveauté pour les skieurs amputés d’une jambe : le ski sur une jambe avec deux stabilisateurs longs à la place des bâtons. En 1948, 17 skieurs participent à la première dans cette toute nouvelle discipline. En 1949, les championnats autrichiens de ski handisport continuent de faire progresser la discipline vers une reconnaissance globale. L’évolution a l’air rapide. Pourtant, les premiers championnats du monde se font longtemps attendre. Ils ne vont se dérouler qu’en 1974 au Grand-Bornand. Cette fois, il n’y aura plus d’éclipse. Deux ans après ces Mondiaux en France, les Jeux paralympiques font leur entrée dans l’univers des sports d’hiver.

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Lors de la première édition suédoise, les épreuves principales concernent les amputés et les malvoyants en ski alpin et en ski nordique. La course sur luge, un dérivé handisport du patinage de vitesse pour les handicapés moteurs, y est présenté en tant que sport de démonstration. Avec près de 200 participants venus de 16 pays du monde, ces premiers Jeux paralympiques d’hiver connaissent des débuts encourageants.

Jusqu’en 1988, les Jeux paralympiques d’hiver sont organisées dans des villes séparées sans lien avec les Jeux olympiques d’hiver. Ce n’est que depuis les Jeux d’hiver d’Albertville en 1992 que les Paralympiques se tiennent dans les mêmes installations que les Jeux olympiques. Une étape essentielle est alors franchie. Cette année, à Sotchi, les sportifs paralympiques vont ainsi prendre le relais des athlètes olympiques moins de deux semaines après le départ de ces derniers. La fête continue donc et les handisports hivernaux vont avoir l’occasion de se faire connaître du monde entier. Parmi eux, la discipline la plus médiatique est certainement le hockey sur luge. Aussi agressive, spectaculaire et haletante que son homologue pour les valides, elle se différencie sur un aspect important : même si ce n’est pas obligatoire, les équipes peuvent être mixtes. Eh oui, le handisport ose parfois ce que les sports pour valides ne tentent jamais. Quant aux nouvelles disciplines, le curling sur chaise roulante rempile après sa première apparition aux Jeux de Vancouver en 2010 et le para-snowboarding fait son entrée au programme paralympique chez les hommes et chez les femmes.

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Evidemment, vous savez depuis les Jeux de Londres que le sport paralympique n’est pas toujours propre. Et les sports d’hiver ne dérogent pas à la règle. Mais nous n’allons pas terminer cet article sur des histoires de triche sportive. Nous allons plutôt conclure en mode Bisounours sur les mascottes paralympiques russes. Si vous ne les connaissez pas encore, nous vous présentons le duo paralympique : le garçon de feu et la fille de neige. « Luchik », le jeune homme aux cheveux de feu, vient d’une planète où il fait toujours chaud. « Snezhinka », la demoiselle en forme de flocon de neige, débarque, quant à elle, d’une comète glacée. Arrivés sur terre, ils ont réussi à s’adapter, à apprendre les sports d’hiver et même à créer de nouveaux sports paralympiques. Ils sont censés représenter l’harmonie qui peut naître du contraste et prouver que tout est possible. Bisounours, on vous a dit !

Les Onions dans « Up & Under » !

Un blog qu’on aime beaucoup, Superrugbynews, nous a demandé au début de l’été d’écrire un article illustré pour le premier numéro d’un webzine entièrement dédié au rugby et réalisé par différents blogs et sites dédiés au ballon ovale. On a été flattées.

Ils nous ont dit qu’ils aimeraient qu’on écrive sur le rugby à XIII en fauteuil, un sport très récent, souvent inconnu au bataillon et dans lequel la France est devenue championne du monde en juillet. On a été intriguées.
Quelques semaines plus tard, le webzine « Up & Under » est enfin disponible !

Allez donc télécharger le PDF pour découvrir tous les articles très intéressants et, notamment, notre petite contribution sur ce jeune sport spectaculaire. On serait flattées que vous soyez intrigués 😉

 

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Les Onions publiés dans la revue « Sans Limite » (2)

Et voici le portrait de Stéphane Houdet que nous avons publié dans la revue « Sans Limite » pour Roland-Garros 2013. Un grand champion handisport extrêmement sympathique que Marielle a eu la chance de rencontrer et de dessiner lors d’un entraînement parisien et avec lequel j’ai eu l’occasion de parler via Skype alors qu’il était en Floride.

Le blog revient très vite avec des articles exclusifs aux petits oignons !

Les aventures fantastiques d’un rêveur réaliste 

De Stéphane Houdet, les amateurs de tennis handisport connaissent le parcours digne d’un film hollywoodien : un jeune vétérinaire bon joueur de tennis dans sa jeunesse qui a perdu l’usage de sa jambe gauche lors d’un accident de moto en 1996, est devenu n°1 européen de handigolf, s’est finalement fait amputer de la jambe gauche, s’est essayé au tennis en fauteuil avant de gagner plusieurs médailles paralympiques et de devenir n°1 mondial de tennis de la discipline en remportant Roland-Garros en 2012. Ce que peu de gens savent, en revanche, c’est que cet incorrigible optimiste ne fait pas que jouer. Il innove sans cesse pour repousser les limites de son sport et le faire découvrir au plus grand nombre. Lui qui dit qu’il a hérité sa vision positive des choses de son père aime voir ses propres enfants, deux duos de jumeaux, s’essayer à des activités multiples pour découvrir leur voie. Une voie que Stéphane a trouvée grâce au tennis en fauteuil.

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S’il a dû tout réapprendre ou presque car le tennis en fauteuil ne ressemble pas au tennis debout, surtout pour un homme qui marche avec une prothèse le reste du temps, il travaille aujourd’hui avec des ingénieurs pour créer d’ici la fin de l’année un fauteuil d’un nouveau genre sur lequel les joueurs seraient à genoux, dans une position proche de celle des joueurs valides. Une révolution pour son jeu mais aussi pour tous les joueurs. Parce que c’est cela que le tennisman aime par-dessus tout : rencontrer des gens intéressants et partager des moments forts avec eux. Stéphane a des adversaires de poids qui lui permettent de se dépasser à chaque tournoi. Lorsqu’il parle de ses concurrents sur le circuit, il le fait avec enthousiasme et affection, qu’il s’agisse de son acolyte de doubles français mais adversaire en simples Michaël Jérémiasz ou de l’actuel n°1 mondial, le phénoménal Shingo Kunieda. Ce dernier, qui, contrairement à Stéphane, a appris le tennis à l’âge de 11 ans directement sur un fauteuil roulant, est une véritable star au Japon. Leur finale des Jeux paralympiques de Londres, remportée par Kunieda, a même été diffusée sur la grande chaîne de télévision japonaise. Le Français s’émerveille de l’intérêt grandissant du public. Avec ce nouveau fauteuil, le jeu serait complètement révolutionné et donc encore plus attrayant pour les spectateurs.

Un rêve qui suffirait déjà à occuper entièrement beaucoup d’esprits mais pas celui de Stéphane. Lui ne veut pas simplement faire voir son sport, il veut faire jouer les gens au tennis en fauteuil. Il veut que les passionnés de tennis qui ne peuvent plus jouer à cause de problèmes aux jambes tels qu’une rupture des ligaments croisés ne se disent pas qu’ils ne joueront plus jamais. Il rêve qu’ils s’essaient au tennis assis, pour que cette discipline devienne un sport à part entière et ne reste pas uniquement un handisport. Le joueur en est certain, c’est en rivalisant avec les valides que les mentalités changeront. Il a d’ailleurs lancé une idée folle qui commence à faire son chemin : jouer un match assis contre Novak Djokovic et Roger Federer en rollers ! L’avenir nous dira si ce match a lieu. D’ici là, Stéphane aura certainement trouvé encore de nouvelles idées. D’ici là, il continuera à gagner des tournois avec, en point de mire, la victoire en simples et en doubles à Rio en 2016. Saint-Exupéry disait : « Fais de ta vie un rêve et, d’un rêve, une réalité ». Une philosophie que Stéphane Houdet applique chaque jour avec bonheur.

À découvrir également sur la version en ligne du magazine « Sans Limite ».

La Chine, Coldplay et Rihanna : les Jeux paralympiques se terminent avec faste et enthousiasme

Malgré une grande modestie – feinte ou réelle – avant le début de la compétition, la Chine n’a finalement laissé aucune chance aux autres nations : l’Empire du Milieu a totalement écrasé ces Jeux paralympiques, après avoir déjà montré sa supériorité intégrale chez elle à Pékin en 2008. Elle a même fait mieux qu’à domicile. La Chine a remporté 95 médailles d’or soit 59 de plus que la Russie, qui se classe pourtant deuxième ! Elle n’en avait gagné « que » 89 à Pékin. Au total, en 2012, elle a gagné 231 médailles soit 20 de plus que quatre ans plus tôt. C’est tout simplement phénoménal. Pourtant, les officiels chinois avaient bien tenté de calmer les attentes du public avant que les Jeux ne commencent. Avec une cinquantaine d’athlètes de moins qu’à Pékin, une participation à seulement 16 sports sur 20 (à Pékin, le pays hôte était qualifié d’office) et la moitié de la délégation n’ayant jamais encore participé aux Jeux paralympiques, il est vrai que la Chine partait avec moins d’avantages que lors de l’édition précédente. L’objectif officiel était d’être dans le top 3 final.

Comment alors expliquer cette domination sans appel ? Outre une motivation extrême, il faut déjà comprendre que le système mis en place pour les Jeux paralympiques de Pékin a continué à bien fonctionner après 2008. Ainsi, plus de la moitié des sportifs paralympiques chinois s’entraînent toujours au même endroit à Pékin dans ce qui est le plus grand centre d’entraînement pour sportifs handicapés du monde. Et la démarche handisport des Chinois date d’il y a un peu plus de 25 ans, lorsqu’ils ont commencé à participer aux Jeux paralympiques. Les handicapés sont clairement encouragés à faire du sport. Et le fait que 50 heures de programme paralympique soient retransmises par la télévision en Chine cette année n’est pas anodin. On sait que quand la Chine s’intéresse à un sujet, elle ne le fait jamais en dilettante.

Et, à part la Chine, que retenir de ces Jeux paralympiques ? Tellement de choses ! Les médias ont été dithyrambiques sur l’organisation de ces Jeux et ils ont eu raison. Londres 2012 sera peut-être vue dans quelques années comme le tournant du handisport. Avec plus de 2,7 millions de billets vendus, des stades remplis de supporters, une cérémonie de clôture splendide avec notamment Coldplay, Jay-Z et Rihanna, des compétitions haletantes et des champions enfin valorisés, les Jeux paralympiques 2012 auront été une fête superbe, qui n’a rien à envier aux Jeux olympiques. Evidemment, la médiatisation est toujours beaucoup plus faible. Evidemment, on a encore un peu de mal à connaître les visages et les noms des sportifs. Evidemment, les catégories de handicap sont encore un peu obscures pour les profanes. Mais on a déjà tellement progressé. On a découvert des sports, on s’est passionné pour des athlètes ou des équipes. En bref, on a vibré.

Qui dit fin des Jeux paralympiques dit petites vacances pour le blog. Nous allons prendre quelques jours pour nous remettre de nos émotions mais ce n’est qu’un au revoir. Nous avons bien l’intention de continuer à vous raconter nos anecdotes illustrées sur le sport. Depuis le 24 juillet, nous avons publié une trentaine d’articles et reçu plus de 6800 visites. Beaucoup de Français, pas mal de Belges, des Allemands et des Britanniques. Mais pas seulement ! Du Burkina Faso à l’Argentine en passant par Haïti et le Japon, nous sommes très fières d’avoir été lues dans près de 70 pays dans le monde. Merci à tous !

Les JO étaient la meilleure des excuses pour se lancer dans l’aventure du blog. Quant aux Jeux paralympiques, ils ont été une vraie révélation pour nous. Et nous allons continuer avec d’autres grands événements sportifs. D’ici la fin de l’année, nous pensons notamment déjà à un sport qui se joue avec des raquettes et une balle jaune… À bientôt sur Onion Rings !

Quand la prothèse devient œuvre d’art

Vous l’avez peut-être remarquée. Certainement, même. Si vous avez regardé l’athlétisme aux Jeux paralympiques, vous ne pouvez pas avoir manqué « Golden Vespa ». Derrière ce nom digne d’un personnage de « Kill Bill » se cache, en fait, la prothèse pour l’avant-bras gauche d’Arnaud Assoumani (double médaillé d’argent français à Londres en longueur et triple saut). Ce frelon jaune et noir qui révolutionne l’univers habituellement très classique des prothèses est né grâce à un concours lancé par l’athlète. Il a demandé à des designers de lui créer une nouvelle prothèse sur le thème des super héros. C’est Thomas Hourdain qui a remporté le concours avec une idée simple et belle : tel un Spiderman des stades d’athlétisme, Arnaud aurait été piqué par un frelon, qui lui aurait donné des super pouvoirs lui permettant de devenir un super sportif. Une jolie façon de changer le regard porté sur les prothèses.

Un but également partagé par une Australienne du nom de Jessica Sutton. Cette jeune femme de 33 ans, porteuse d’une prothèse à la jambe droite, a demandé à des artistes amputés de « twister » des prothèses usagées pour en faire des œuvres d’art. Le résultat, vraiment étonnant, était exposé à Londres jusqu’à la fin des Jeux paralympiques. L’exposition s’appelait « Spare parts » (pièces de rechange).

Si ce genre d’initiatives aide à briser un tabou dans les pays occidentaux, il ne faut pas oublier qu’il y a de nombreux pays dans le monde où posséder une prothèse, même vieille, même moche, est un luxe absolu. En Afghanistan, par exemple. Sur le million d’handicapés du pays, beaucoup n’ont pas accès aux prothèses ou aux chaises roulantes dont ils auraient besoin. Le seul sportif handisport afghan présent à Londres s’appelle Mohamed Rahimi. Il a perdu une partie de sa jambe droite à l’âge de douze ans en sautant sur une mine antipersonnel russe sur le chemin de Kaboul. C’est avec une prothèse en plastique donnée par la Croix-Rouge, pas tout à fait à sa taille, qu’il marche. Mais il fait partie des chanceux. Il a une prothèse et il arrive même à s’entraîner en haltérophilie. Pas sur du matériel homologué, certes. Mais c’est déjà ça.

Alors, évidemment, on est loin des expositions de prothèses artistiques et des bras bioniques mais tous ces combats sont finalement les mêmes. Ils en sont juste à des stades différents. Qu’il s’agisse de l’accès de tous aux prothèses ou de l’acceptation voire de l’admiration de ces prothèses par les valides, les Jeux paralympiques sont une tribune mondiale pour les sportifs et les artistes afin de faire parler du handicap. Vivement le jour où les athlètes afghans auront aussi des bras bioniques !

L’équipe de France paralympique, objectif 10-52-16

Derrière ce titre a priori crypté, il y a en fait simplement le triple objectif fixé à la délégation paralympique tricolore pour Londres : réintégrer le Top 10, obtenir 52 médailles dont 16 en or. Précis et ambitieux, comme tout objectif qui se respecte.

Avant le début des épreuves, la France a les moyens d’atteindre ce triple but. Elle a des chances très objectives dans les sports qui sont ses traditionnels pourvoyeurs de médailles paralympiques (athlétisme, tennis de table ou encore judo) mais elle compte également sur de grands espoirs comme le cécifoot ou l’haltérophilie. Sa délégation de 154 athlètes, accompagnée de guides, de pilotes, d’un barreur et de gardiens voyants, est arrivée en force en Eurostar à Londres dans un Eurostar spécialement réaménagé. Elle participe à 16 sports sur 20 : tous les sports sauf le goalball, la boccia, le volleyball assis, le football à 7 (et le basketball fauteuil masculin). Ultra motivée, l’équipe de France veut faire mieux que les valides, qui étaient repartis de Londres il y a quelques semaines avec 34 médailles dont 11 en or. A part pour le classement des médailles (la France a terminé 7e des JO mais cela paraît impensable pour les Paralympiques), les sportifs handicapés veulent frapper un plus grand coup.

A l’heure où j’écris cet article, ce jeudi 6 septembre, la France est 10e du classement avec un total de 34 médailles dont 8 en or. Elle a donc, au moins temporairement, retrouvé le Top 10 qu’elle avait quitté à Pékin en 2008. Il reste encore quelques jours avant la clôture dimanche mais il faudrait vraiment que la France termine ces Jeux en apothéose pour réussir à doubler le nombre de ses médailles d’or.

En attendant la fin des épreuves et pour motiver les troupes encore en lice, voici déjà quelques moments-clés des Français à Londres après une semaine de Jeux.

Comme rien ne se passe jamais comme prévu en sport, le grand favori Arnaud Assoumani n’a fini que deuxième du saut en longueur en catégorie F46 (athlètes amputés au niveau des membres supérieurs). Il ne voulait que l’or. Terrible déception. Deux jours plus tôt, il avait déjà gagné l’argent, en triple saut, cette fois. Il n’est pas spécialiste de la discipline. Heureuse surprise. Deux médailles d’argent aux goûts très différents pour le jeune athlète, qui étudie à Sciences Po.

Assia El Hannouni, elle, a déjà marqué à plusieurs reprises l’histoire des Jeux paralympiques. Mardi soir, l’athlète malvoyante a conservé son titre sur 400m T12, après Pékin et Athènes. Elle qui avait arrêté sa carrière pendant deux ans après les JO 2008 est revenue avec la soif de gagner et de rajouter quelques lignes supplémentaires à un palmarès déjà ébouriffant. Triple tenante du titre, 7e médaille d’or et 9e médaille tout court aux Jeux paralympiques, c’était déjà mieux qu’Usain Bolt. Et, pour que la légende soit absolument complète, elle vient de gagner ce soir la finale du 200m. Record du monde, nouveau triple titre olympique. Elle est désormais double triple championne paralympique. Rien que ça. Ranger les crampons avec 10 médailles paralympiques, ça valait vraiment la peine de revenir. Et, en attendant une possible reconversion dans le milieu du handisport, Assia a savouré son dernier tour d’honneur ainsi que sa dernière Marseillaise. La huitième !

Esther Vergeer, l’invincible du tennis

Est-ce que Roger Federer est le plus grand joueur de tous les temps ? Est-ce que les records de Steffi Graf seront un jour battus ? Et si je vous disais que vous ne connaissez sans doute pas le plus beau palmarès du tennis ?

Il appartient à une Néerlandaise de 31 ans nommée Esther Vergeer et vous ne la connaissez a priori pas car elle joue assise sur une chaise roulante. Paraplégique depuis l’âge de huit ans après une opération, elle a d’abord commencé par le basket sur chaise roulante. Et elle n’était pas mauvaise puisqu’elle faisait tout de même partie de l’équipe néerlandaise championne d’Europe en 1997. Mais en 1998, elle a décidé de s’adonner à plein temps au tennis, sport qu’elle pratiquait déjà en parallèle du basket. Et là, c’est l’explosion. Elle gagne l’US Open dès 1998. Elle remporte aussi les Jeux paralympiques en 2000 à Sydney… sans perdre un seul set.

Parmi la multitude de records détenus par Esther Vergeer, il y a le plus hallucinant de tous : elle n’a plus perdu un match en simple depuis janvier 2003. Cela fait à ce jour 468 matches sans défaite. Pour vous faire une idée du caractère extraordinaire de ces chiffres, sachez que, chez les valides, le record est détenu par Martina Navratilova avec… 74 victoires d’affilée. Cela semble presque un peu ridicule en comparaison. Tous sports confondus, seul le Pakistanais Jahangir Khan a fait mieux que Vergeer en remportant 555 matches d’affilée en squash entre 1981 et 1986.

Je vous épargnerai les autres records de Vergeer. Retenez juste qu’elle est évidemment triple médaillée d’or en simple aux Jeux paralympiques et qu’elle voudra absolument gagner un quatrième titre à Londres. Côté double, elle n’a gagné « que » deux titres (2000 et 2004) puisqu’elle a perdu en finale en 2008 à Pékin. Affront qu’elle voudra certainement laver cette année. S’il est pratiquement certain que l’hymne néerlandais retentira après ces finales tant les joueuses néerlandaises dominent le tennis handisport, il faudra tout de même qu’elle batte ses compatriotes. Pour l’instant, tout roule pour Vergeer, qui n’a perdu qu’un seul jeu en simple en 3 matches !

Celle qui a été la première sportive handicapée à poser nue pour le fameux « Body issue » de « ESPN Magazine » a quelques matches devant elle pour compléter encore sa légende. Et puis viendra le moment du choix, si elle sort invaincue en simple de ces Jeux paralympiques : va-t-elle continuer pour aller chercher le record de Jahangir Khan ou décidera-t-elle de ranger sa raquette pour se consacrer pleinement au développement des athlètes handicapés via sa fondation et ses activités en marketing sportif ?

Tricher n’est pas jouer

Si vos faites partie de ces gens qui pensent qu’on ne triche que quand on est valide, sachez que ce cliché – comme beaucoup d’autres, en ce qui concerne le handisport – est faux. Les handicapés trichent aussi et de façon parfois très créative.

Il y a évidemment la méthode classique, partagée par tous les sportifs quelle que soit leur condition physique : le dopage. Un cycliste italien a ainsi été interdit de participer aux Jeux paralympiques cette année parce qu’il avait consulté un médecin connu pour ses prescriptions illégales. Un nageur français a, lui, été contrôlé positif à un diurétique et également exclu. Les agences antidopage surveillent les athlètes handicapés, même si les contrôles sont tout de même moins réguliers.

Il y a, ensuite, deux méthodes propres aux handicapés. La première : réussir à faire croire que vous êtes handicapé alors que vous ne l’êtes pas et ce, malgré les contrôles. Nous avons déjà évoqué le cas de l’équipe espagnole de basket pour handicapés mentaux, vainqueur de la finale, qui avait été exclue en 2000 quand on a découvert que dix joueurs de l’équipe ne répondaient pas aux critères requis de handicap pour participer à la compétition. Ils n’avaient tout simplement pas passé les tests de QI. Ce scandale avait permis de remettre en question les contrôles pour tous les handisports avec des handicapés mentaux. Autre mensonge célèbre : une skieuse de fond russe avait levé les bras en voyant son nom apparaître en premier sur le tableau d’affichage aux Jeux paralympiques d’hiver de Turin en 2006. Le souci était qu’elle était censée être aveugle… Autre cas d’usurpation de handicap : une cycliste handisport néerlandaise, Monique van der Vorst, double médaillée à Pékin, a dû reconnaître qu’elle n’avait pas guéri miraculeusement en 2010 mais qu’elle avait toujours pu marcher, malgré treize années passées sur une chaise roulante…

La seconde technique de tricherie spécifiquement utilisée par les sportifs handicapés est le « boosting ». Cette méthode, qui veut dire « stimulation » en anglais, est interdite depuis 1994. Elle consiste à se faire mal pour faire grimper la pression artérielle et le rythme cardiaque. Pourquoi ? Parce que la pression artérielle des personnes touchées à la moelle épinière est souvent basse et qu’elle n’augmente pas avec l’effort. Or, la pression sanguine et le rythme cardiaque jouent un rôle important dans la performance physique. Certains sportifs vont donc chercher à se stimuler violemment pour améliorer leurs performances (jusqu’à 15%, paraît-il). Se faire mal comment ? Cela va de se retenir d’aller aux toilettes jusqu’à se casser un orteil ou se tordre les testicules. D’après les sportifs ayant testé la méthode, cela fonctionne réellement. Ils ont ainsi pu porter des poids plus lourds ou avoir plus d’endurance à vélo. Mais l’accident (vasculaire cérébral, par exemple) n’est jamais loin. Et, malgré les contrôles, il semblerait qu’il faille attendre un drame pour faire comprendre à tous les risques encourus. Ce qui n’a évidemment jamais empêché personne de tricher…

The Blade Runner is back. Et il n’est pas seul…

Impossible de parler des Jeux paralympiques et de ne pas mentionner sa plus grande star, la seule connue mondialement, en fait : Oscar Pistorius. Nous avions déjà dressé un court portrait de l’homme aux jambes de lames lors des JO puisqu’il était le premier athlète doublement amputé à participer aux Jeux des « valides ». Star chez les autres par sa différence, il est star chez les siens parce qu’il est un immense champion. Le jeune homme, élu  » homme le mieux habillé  » d’Afrique du Sud en 2011 par le magazine « GQ », a gagné l’or en 100m, 200m et 400m à Pékin en 2008 !

Et la finale du 100m des Jeux paralympiques le 6 septembre sera bien, comme pour les JO, le moment à ne pas rater. Pour Pistorius, bien sûr, mais pas uniquement. Le Sud-Africain n’est d’ailleurs pas le recordman du monde de la distance. C’est un Britannique de 19 ans, Jonnie Peacock, qui en est l’heureux détenteur depuis le mois de juin avec un temps de 10’85 ». Et qui dit Britannique à Londres dit forcément motivation maximum et soutien hystérique de tout le public. La finale risque même d’être totalement électrique puisque les finalistes seraient tous capables de passer sous les 11′, la barre de référence.

Pistorius est un privilégié parmi les athlètes handicapés. En effet, contrairement à ce que l’on pourrait penser en ne voyant que l’exemple du bel Oscar, la plupart des coureurs amputés ne bénéficient pas de telles prothèses. Ils sont donc un certain nombre à envier Pistorius, qui se fatiguerait moins vite qu’eux, disent-ils. Éternelle source de polémiques, ses lames ont fait sa gloire et jeté une lumière nécessaire sur tout le handisport. Une lumière qui devrait servir à faire naître d’autres idoles, à faire connaître d’autres champions.

Chez les Britanniques, il y a déjà Martine Wright, qui a perdu ses jambes dans les attentats de Londres en 2005, s’est mise au handisport et fait désormais partie de l’équipe de volley-ball assis. Une fierté nationale. Un Pistorius et une Wright, c’est bien, mais le handisport a besoin de beaucoup plus de stars internationales pour continuer à faire parler de lui après ces quelques jours de ferveur à Londres.