Les Jeux paralympiques d’hiver en 5 minutes

Vous avez peu de temps devant vous mais l’envie d’apprendre quelques petites choses sur les Paralympiques d’hiver ? Vous êtes au bon endroit. C’est parti !

Comme beaucoup d’actes fondateurs dans l’histoire des sports hivernaux, les Jeux paralympiques d’hiver sont nés en Suède. C’est la petite localité côtière de Örnsköldsvik qui accueille l’événement en 1976. Pour la première fois, des sportifs handicapés autres que ceux sur chaise roulante ont le droit de participer à des épreuves olympiques. Une belle réussite même s’il aura fallu près de 30 ans aux pionniers du handisport des neiges pour atteindre leur but.

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Petit flashback rapide. En 1945, la Seconde guerre mondiale se termine. De nombreux soldats blessés de guerre rentrent du front et se tournent vers une rééducation par le sport. Les disciplines d’hiver ne sont pas en reste. Certains passionnés se lancent même dans des défis qui paraissent totalement fous à l’époque et c’est du côté de l’Autriche qu’on trouve les premières innovations techniques du ski handisport. Le précurseur se nomme Sepp Zwicknagl. Amputé des deux jambes, cet Autrichien est un des premiers hommes à oser s’élancer sur une piste de ski alpin avec des prothèses ! Autre nouveauté pour les skieurs amputés d’une jambe : le ski sur une jambe avec deux stabilisateurs longs à la place des bâtons. En 1948, 17 skieurs participent à la première dans cette toute nouvelle discipline. En 1949, les championnats autrichiens de ski handisport continuent de faire progresser la discipline vers une reconnaissance globale. L’évolution a l’air rapide. Pourtant, les premiers championnats du monde se font longtemps attendre. Ils ne vont se dérouler qu’en 1974 au Grand-Bornand. Cette fois, il n’y aura plus d’éclipse. Deux ans après ces Mondiaux en France, les Jeux paralympiques font leur entrée dans l’univers des sports d’hiver.

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Lors de la première édition suédoise, les épreuves principales concernent les amputés et les malvoyants en ski alpin et en ski nordique. La course sur luge, un dérivé handisport du patinage de vitesse pour les handicapés moteurs, y est présenté en tant que sport de démonstration. Avec près de 200 participants venus de 16 pays du monde, ces premiers Jeux paralympiques d’hiver connaissent des débuts encourageants.

Jusqu’en 1988, les Jeux paralympiques d’hiver sont organisées dans des villes séparées sans lien avec les Jeux olympiques d’hiver. Ce n’est que depuis les Jeux d’hiver d’Albertville en 1992 que les Paralympiques se tiennent dans les mêmes installations que les Jeux olympiques. Une étape essentielle est alors franchie. Cette année, à Sotchi, les sportifs paralympiques vont ainsi prendre le relais des athlètes olympiques moins de deux semaines après le départ de ces derniers. La fête continue donc et les handisports hivernaux vont avoir l’occasion de se faire connaître du monde entier. Parmi eux, la discipline la plus médiatique est certainement le hockey sur luge. Aussi agressive, spectaculaire et haletante que son homologue pour les valides, elle se différencie sur un aspect important : même si ce n’est pas obligatoire, les équipes peuvent être mixtes. Eh oui, le handisport ose parfois ce que les sports pour valides ne tentent jamais. Quant aux nouvelles disciplines, le curling sur chaise roulante rempile après sa première apparition aux Jeux de Vancouver en 2010 et le para-snowboarding fait son entrée au programme paralympique chez les hommes et chez les femmes.

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Evidemment, vous savez depuis les Jeux de Londres que le sport paralympique n’est pas toujours propre. Et les sports d’hiver ne dérogent pas à la règle. Mais nous n’allons pas terminer cet article sur des histoires de triche sportive. Nous allons plutôt conclure en mode Bisounours sur les mascottes paralympiques russes. Si vous ne les connaissez pas encore, nous vous présentons le duo paralympique : le garçon de feu et la fille de neige. « Luchik », le jeune homme aux cheveux de feu, vient d’une planète où il fait toujours chaud. « Snezhinka », la demoiselle en forme de flocon de neige, débarque, quant à elle, d’une comète glacée. Arrivés sur terre, ils ont réussi à s’adapter, à apprendre les sports d’hiver et même à créer de nouveaux sports paralympiques. Ils sont censés représenter l’harmonie qui peut naître du contraste et prouver que tout est possible. Bisounours, on vous a dit !

Le miracle était sur la glace

En hockey sur glace, la Guerre froide n’est toujours pas terminée. Chaque duel au sommet entre l’Est et l’Ouest sent le soufre, comme si de son résultat dépendait la domination du monde. D’ailleurs, si c’est le légendaire Vladislav Tretiak qui a été choisi pour allumer la flamme olympique cette année à Sotchi, ce n’est certainement pas un hasard. Tretiak, c’est le gardien de but de la période où l’URSS dominait le hockey sur glace. Il est l’artisan de 3 des 8 titres olympiques remportés entre 1956 et 1988 par la « Machine rouge ». Mais dans cette carrière grandiose, il y a un sacré point noir : Tretiak est un des malheureux acteurs soviétiques de l’affrontement le plus célèbre de l’histoire des Jeux olympiques d’hiver : ce fameux USA-URSS à Lake Placid en 1980. Si vous êtes trop jeunes pour avoir vu ce match ou si le hockey sur glace ne fait pas partie de vos préoccupations quotidiennes, sachez que cette rencontre a été très modestement baptisée « Miracle on ice » par les journalistes américains. Ils ont, c’est vrai, parfois tendance à s’enthousiasmer outre mesure mais on ne peut le leur reprocher cette fois tant le résultat final était inattendu.

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22 février 1980. Le match oppose les jeunes joueurs américains universitaires à l’invincible armée rouge en patins. A l’époque, les joueurs professionnels de la NHL (la ligue nord-américaine de hockey) ne pouvaient pas participer aux JO. Et contrairement à ce que la légende pourrait laisser croire, le match magique n’était pas la finale des JO. En effet, les quatre nations qui étaient sorties en tête des groupes de qualification se rencontraient dans ce qu’on appelle le « medal round ». Le match USA-URSS n’a donc pas permis à lui seul aux Etats-Unis de devenir champions olympiques mais il a joué un rôle tellement fondamental avec l’élimination des grandissimes favoris et l’explosion de la ferveur populaire qu’il peut être considéré comme une « finale » a posteriori. Une semaine avant le début de la compétition, les Américains avaient été corrigés par les Soviétiques dans un match préparatoire joué au Madison Square Garden à New York. Et si l’URSS avait facilement remporté ses premiers matchs de poule, les Américains, eux, avaient dû réaliser plusieurs exploits pour en arriver là. Bref, autant dire que les carottes semblaient cuites pour les Yankees.

Le match est une partition tellement parfaite de suspense qu’il est presque facile à résumer : but soviétique, égalisation américaine, but soviétique, égalisation américaine juste avant la fin de la première période, coup de tonnerre avec le remplacement de Tretiak qui était considéré à l’époque comme le meilleur gardien du monde, égalisation américaine, but soviétique et égalisation américaine encore. A 3-3, le ping-pong au score s’inverse : les Américains marquent et prennent la tête ! Il reste 10 minutes à jouer. Le public est au bord de la crise cardiaque. Le gardien US repousse les offensives soviétiques avec son corps et sans doute toute son âme. Au coup de sifflet final, les Américains ont vaincu les invincibles. Toutes les explications ne pourront vous faire sentir l’hystérie du public et des joueurs américains ce jour-là. Une petite vidéo de la dernière minute du match devrait vous y aider. Deux jours après cet exploit, les USA battent la Finlande et deviennent champions olympiques chez eux. Les Soviétiques rentrent à Moscou avec une décevante médaille d’argent. Un cauchemar sportif mais aussi un affront politique.

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Depuis 1980, cet épisode légendaire fait partie de la mémoire du peuple américain. Parmi les références les plus folles, il y a cet épisode de la 4ème saison de « X-Files » diffusée en 1996 et qui évoque le rôle du fameux homme à la cigarette dans de nombreux événements célèbres du 20ème siècle. Parmi eux, cet aveu savoureux : « The Smoking Man » aurait drogué le gardien de but soviétique afin d’assurer le succès américain en 1980. Seize ans après le match, la victoire semble toujours aussi improbable, au moins pour les scénaristes de la série…

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Quatre ans après l’affront, l’URSS récupère son titre à Sarajevo en 1984. Et la domination soviétique va continuer à Calgary en 1988 ainsi qu’à Albertville sous le drapeau olympique temporaire de l’équipe unifiée de l’ex-URSS. Cela fait aujourd’hui 22 ans que les Russes n’ont pas remporté de titre olympique en hockey sur glace. Il y a fort à parier que l’enthousiasme de jouer à domicile et la légère pression poutinienne (le président a participé en personne à un match contre des stars du hockey à Sotchi) galvaniseront les joueurs. Mais il faudra faire très attention aux tenants du titre canadiens (et accessoirement inventeurs du jeu) ainsi qu’aux Américains qui n’ont plus remporté l’or depuis 1980 et qui rêvent de réitérer le fameux « Miracle on ice » après une éclipse de 34 ans. (Ce qui semble plutôt bien parti étant donné qu’ils viennent de battre les Russes 3-2 ce samedi 15 février 2014)

L’Inde, nain olympique et énigme sportive

Il a beaucoup été question de l’Inde lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Londres. Pas pour sa délégation de sportifs mais parce qu’une jeune inconnue a réussi à s’incruster à côté du porte-drapeau de la délégation. Drôle de fait de gloire.

L’Inde n’a jamais été une grande nation olympique, même si elle participe aux JO depuis 1900 avec un seul athlète (d’origine britannique) et depuis 1920 avec une délégation. Elle a remporté des médailles principalement en hockey sur gazon, sport national, qu’elle a dominé jusqu’en 1980. Sa première médaille en individuel ne date que de 2008 au tir à la carabine. Quelles sont les raisons de ce retard malgré une population de plus d’1,2 milliard d’habitants, un fantastique réservoir qui devrait pourtant receler un potentiel élevé de champions ?

Tout d’abord, chaque pays a ses sports rois. Or, la passion dévorante des Indiens est le cricket, qui n’est pas un sport olympique. C’est dommage car c’est, de très loin, le sport qui galvanise le plus les foules. Chose souvent incompréhensible pour les pays qui ne font pas partie de l’ancien empire britannique tant le cricket est long, compliqué et relativement ennuyeux. C’est pourtant celui qui met le mieux les Indiens en valeur et leur permet de se mesurer à l’ancien colon britannique et au voisin pakistanais. L’autre sport national, le hockey sur gazon, a apporté beaucoup de médailles d’or à l’Inde aux JO mais ce n’est plus le cas depuis les années 80. Bilan mitigé sur les sports préférés donc.

Pendant longtemps, le sport n’a pas été une priorité pour cette démocratie en développement. À quoi bon dépenser de l’argent dans ce domaine a priori futile quand il y avait tellement d’autres choses à faire pour le pays ? Quelques histoires rapportées par des sportifs indiens montrent bien la désinvolture voire le désintérêt total des pouvoirs publics et des organismes sportifs. Abhinav Bindra, le fameux premier médaillé d’or à Pékin en tir, a raconté que le comité olympique indien lui avait fait livrer des chaussures de tir de la mauvaise pointure en 2008 : du 45 pour le pied gauche, du 41 pour le pied droit… Et quand, quelques années plus tôt, il avait réalisé un score parfait de 400 points à l’âge de 14 ans, celui-ci n’aurait pas été validé parce que ce score n’avait encore jamais été réalisé en Inde… Ces anecdotes illustrent une des raisons souvent invoquées pour expliquer l’absence de l’Inde au plus haut niveau mondial : l’exclusion culturelle du record et de la performance. Avec une seule exception acceptée par tous : le cricket. Mais les temps ont, semble-t-il, changé et les aspirations de la classe moyenne indienne se reflètent aujourd’hui dans un changement des mentalités à propos du sport. Il n’est apparemment plus mal vu de vouloir gagner.

Pour briller à l’international, un pays a besoin de bons programmes d’entraînement structuré. Ce n’est pas le cas en Inde. Suite à ce constat, le milliardaire Lakshmi Mittal a décidé d’aider son pays en donnant de l’argent de sa fortune personnelle pour créer le Mittal Champions Trust, qui se concentre depuis quelques années sur des sports tels que le tir à l’arc, la boxe, la lutte ou encore le squash. Le cricket ne fait pas partie des sports soutenus. Si les résultats ne sont pas encore très impressionnants, le pays progresse peu à peu : l’Inde est revenue de Pékin avec de l’or en individuel pour la première fois de son histoire et a actuellement 3 médailles à Londres (une en argent et deux en bronze). Elle a aussi réalisé un beau parcours lors des Jeux du Commonwealth en 2010 (2ème, loin derrière l’Australie mais devant l’Angleterre). La volonté et l’argent du milliardaire pourraient être un déclencheur, surtout que les pouvoirs publics ont aussi décidé de s’intéresser au sport. 50 millions de dollars ont ainsi été donnés par le gouvernement pour son équipe olympique à Londres. Et pour motiver les sportifs, Sahara Group, qui sponsorise notamment l’écurie de Formule 1 Force India, a promis 5 kilos d’or pour chaque médaillé d’or.

Il faudra attendre la fin des JO de Londres et surtout ceux de Rio en 2016 pour voir si ces investissements et ces incitations ont un réel impact sur les résultats olympiques indiens. Et voir si les Indiens ont envie de délaisser pour un temps le cricket afin de soutenir leurs autres sportifs !