Garmisch-Partenkirchen, la fausse parenthèse enchantée

Les Jeux de Berlin en 1936 n’étaient pas les premiers Jeux nazis. Du 6 au 16 février de la même année, le régime hitlérien avait déjà accueilli les Jeux d’hiver à Garmisch-Partenkirchen. Beaucoup moins connus (les sports d’hiver sont encore réservés à une élite dans les années 1930), ils ont pourtant joué un rôle important dans la propagande hitlérienne. Idéalement et volontairement situés en Bavière, siège du parti national-socialiste, les deux communes de Garmisch et de Partenkirchen sont réunies en une seule ville pour recevoir ces Jeux blancs. Deux objectifs précis leur sont assignés : servir de répétition générale pour le show phénoménal de Berlin quelques mois plus tard et d’anesthésiant chargé de rassurer les inquiets quant aux exactions du Reich. Suite à une visite avant les Jeux du président du CIO, le comte belge Baillet-Latour, et pour ne pas mettre en danger les Jeux d’été en provoquant des boycotts, les organisateurs font retirer tous les panneaux antisémites des abords du site olympique et encadrent les groupes afin d’éviter les démonstrations publiques contre les juifs. Garmisch-Partenkirchen ne doit surtout pas faire peur. Pendant une dizaine de jours, l’Allemagne nazie propage donc l’image idyllique d’un havre de paix et de camaraderie. La grandiose cérémonie d’ouverture donne tout de même le ton : les JO de Garmisch-Partenkirchen accueillent avec joie le monde entier, certes, mais ils mettent surtout en lumière le besoin d’impressionner et la démesure du régime. On n’avait jamais vu une tel faste, surtout pour des Jeux d’hiver encore confidentiels.

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Les épreuves se déroulent sans encombre. Il aurait été idéal que les Allemands s’imposent au tableau final mais ils ne terminent que deuxièmes, très loin derrière les Norvégiens qui écrasent la concurrence (décidément, ils sont toujours là quand on parle de médailles). Les deux stars de cette 4ème édition des Jeux d’hiver sont naturellement norvégiennes. Chez les hommes, Ivar Ballangrud remporte trois médailles d’or et une d’argent en patinage de vitesse. Côté féminin, c’est Sonja Henie qui repart avec son troisième titre olympique d’affilée en patinage artistique. Sans oublier Emile Allais, dont nous avons ici fait l’hommage en 2012, premier médaillé français olympique, qui décroche le bronze en ski alpin.

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Mais il faut bien avouer que ce ne sont pas les événements sportifs qui nous intéressent aujourd’hui lorsqu’on reparle des JO d’hiver de 1936. Dès la fin des Jeux, les persécutions reprennent et l’Allemagne viole allègrement les traités internationaux en envahissant et réoccupant la Rhénanie un mois après la cérémonie d’ouverture durant laquelle Karl Ritter von Halt, le président du comité d’organisation des Jeux, avait prôné « une véritable célébration de la paix et une compréhension sincère entre les peuples »… Les grands discours pacifistes et fraternels se sont éteints en même temps que la flamme olympique.

Ce que peu de gens savent, c’est que Garmisch-Partenkirchen aurait aussi pu être le théâtre des troisièmes Jeux olympiques nazis. En effet, c’est ce site que le CIO avait finalement choisi pour accueillir les Jeux d’hiver 1940. Initialement attribués à la ville de Sapporo au Japon en juin 1937, elle doit rapidement être réattribuée : les Japonais sont incapables d’organiser les Jeux à cause de l’éclatement de la seconde guerre sino-japonaise en 1938. Sapporo devra attendre 1972 pour enfin devenir ville olympique. Avec le Japon out, le CIO se tourne alors vers Saint-Moritz – qui a organisé les JO d’hiver en 1928 – mais aucun accord n’est trouvé à cause d’une querelle fondamentale sur le statut des moniteurs de ski. Le CIO les considère comme des professionnels et leur interdit de ce fait la participation aux JO. Les Suisses, eux, militent pour qu’on les autorise à concourir. Devant l’inflexibilité du CIO, Saint-Moritz se désiste aussi. C’est alors que les regards se tournent vers Garmisch-Partenkirchen. Au printemps 1939, l’Allemagne accepte d’organiser pour la seconde fois consécutive les Jeux d’hiver. Le 1er septembre, le Reich envahit la Pologne. Deux mois plus tard, les Jeux d’hiver sont officiellement annulés. Il semblerait que le CIO ait espéré une résolution rapide du conflit (une victoire expresse de l’Allemagne ?) avant d’accepter l’idée que la guerre était partie pour durer.

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Heureusement pour Garmisch-Partenkirchen, son nom est aujourd’hui plutôt associé à des événements contemporains joyeux puisqu’elle accueille notamment une des étapes de la Tournée des quatre tremplins en saut à ski et de nombreuses épreuves de la Coupe du monde de ski alpin. Et elle espère aussi un jour réorganiser les JO d’hiver. Candidate malheureuse (en association avec Munich) contre Pyeongchang pour 2018, elle a suffisamment d’atouts pour devenir ville hôte dans les prochaines années. Pour laver l’amer souvenir de 1936. Pour que, pour les générations futures, « les Jeux olympiques de Garmisch-Partenkirchen » aient une toute autre signification que pour les leurs aînés.

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De la naissance des Jeux olympiques d’hiver et de la mort des Jeux nordiques

On a souvent tendance à croire que les Jeux d’hiver sont nés un beau jour de 1924 à Chamonix pour satisfaire le besoin frivole d’une frange privilégiée de la population occidentale de se griser à grands coups d’activités hivernales. Ce n’est pas faux mais la genèse des JO d’hiver n’a pas été aussi spontanée, loin de là. Pendant plus de vingt ans, entre tâtonnements et coups du sort, les sports d’hiver ont cherché leur place dans l’agenda des compétitions internationales.

OR14_JO_HIVER_1924-1990_JO_SOTCHIRetournons d’abord au tout début du 20ème siècle. Avant de devenir olympiques, les sports d’hiver ont déjà besoin d’un événement majeur. C’est chose faite en Suède en 1901 avec les Jeux nordiques. Le succès est au rendez-vous. Ils se déroulent tous les deux ans puis tous les quatre ans jusqu’en 1926. Leur fondateur, le général Balck, est un ami proche de Coubertin. Il aimerait bien que ce dernier intègre des sports d’hiver aux JO mais il lui faut être patient. C’est seulement aux JO de Londres en 1908 que quelques épreuves de patinage artistique viennent agrémenter le programme olympique. Un premier pas est franchi.

Plus téméraire encore, un comte italien propose d’organiser une semaine de sports d’hiver durant les JO de Stockholm en 1912. Mais cette idée ne plaît pas aux frileux organisateurs des Jeux nordiques. L’idée ressurgit une nouvelle fois pour les Jeux de Berlin 1916. Cette fois, c’est sûr, il y aura bien une semaine de compétitions de sports d’hiver aux Jeux olympiques. Sauf que les Jeux de Berlin de 1916 n’ont évidemment jamais eu lieu à cause de la Première guerre mondiale…

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Encore quatre ans d’attente jusqu’aux Jeux d’Anvers en 1920. Mais la semaine de sports d’hiver est temporairement laissée de côté au profit de quelques épreuves de patinage artistique et de hockey sur glace. Des os à ronger pour patienter. La délivrance est proche. Il est finalement décidé que le pays organisateur des JO de 1924, la France, va accueillir une semaine internationale de sports d’hiver sous le patronage du CIO. Cette semaine – qui dure en fait 11 jours – est séparée des épreuves d’été. Elle se déroule à Chamonix.

Voici donc les fameux premiers Jeux olympiques d’hiver de Chamonix. Pourtant, en 1924, ce nom n’existe pas encore. Ce n’est que rétroactivement qu’on donnera à cet événement le privilège d’avoir été le premier. En effet, motivé par le succès des compétitions de Chamonix, le CIO décide l’année suivante de créer des Jeux d’hiver séparés. Pas une semaine internationale gadget mais de vrais Jeux olympiques. Les Jeux d’hiver de Saint-Moritz en 1928 sont donc les vrais premiers Jeux d’hiver, même s’ils sont officiellement les deuxièmes.

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L’éclosion des Jeux d’hiver est un coup dur pour les Jeux nordiques. 1926 sera d’ailleurs la dernière année pour eux. Non pas qu’on ait décidé de les arrêter à partir de là, pas du tout. Les organisateurs ont même tenté plusieurs fois de sauver leurs Jeux. Mais le destin s’est acharné contre l’événement sportif internationalo-suédois. D’abord, le fondateur, Balck, meurt en 1928 en emportant avec lui une bonne partie de l’énergie positive nécessaire à organiser un tel tournoi. En 1930, c’est l’absence de neige qui empêche la tenue des Jeux nordiques. En 1934, c’est au tour de la Grande dépression. Quant à ceux de 1942, la Deuxième guerre mondiale sera une excuse plus que légitime pour les annuler. Les Jeux nordiques ne vont pas s’en remettre. Impossible de rivaliser avec les JO. Ils meurent dans l’indifférence quasi générale.

La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que, peu importe le nom ou l’organisateur, les sports d’hiver ont désormais un écrin grandiose pour se faire connaître et se développer.

Bobsleigh-Herzégovine : un Croate, un Serbe et deux Bosniaques

Souvent plus propices aux événements symboliques qui vont faire le tour du monde, les Jeux olympiques d’été n’ont pourtant pas toujours l’exclusivité des émotions extra-sportives. Les très policés et bourgeois sports d’hiver sont parfois le théâtre de moments inattendus. En 1994, à Lillehammer en Norvège, une équipe a marqué les mémoires pour ce qu’elle était, pour ce qu’elle représentait, pour ce qu’elle prônait, pour ce qu’elle criait à la face du monde et non pour ses résultats.

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Ils sont quatre. Une banale équipe de bobsleigh de seconde zone. Pas facile de s’entraîner dans un pays en guerre depuis deux ans. Ils terminent logiquement dans les dernières places du classement. Pourtant, les quatre sportifs ne sont pas déçus. Ils sont là où ils le désirent. Devant les micros du monde entier. Ces quatre mousquetaires ont des noms mais, à cette époque dans leur région, seule leur origine importe. Ils représentent la Bosnie-Herzégovine aux Jeux olympiques. La toute jeune République en guerre. A cette époque dans leur région, on se tue pour ses origines. Et eux, ils le refusent. Pendant que Sarajevo est sous les bombes, eux se montrent parce qu’ils représentent un rêve, l’entente simple et chaleureuse d’hommes dont on voudrait qu’ils soient en guerre les uns contre les autres. Si un Croate, un Serbe et deux Bosniaques peuvent cohabiter dans un minuscule bobsleigh, pourquoi un pays ne le pourrait-il pas ?

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En 1984, Sarajevo organise de splendides Jeux olympiques d’hiver. Dix ans plus tard, elle est assiégée. Quatre sportifs essayent d’attirer l’attention sur le sort de la jeune République de Bosnie-Herzégovine pour qu’on arrête de détruire leur pays, qu’on mette un terme au nettoyage ethnique et qu’on cesse d’être obligé d’utiliser le bois des installations sportives pour fabriquer des cercueils. Près de deux ans après ces Jeux de Lillehammer, les accords de Dayton vont mettre un terme au conflit en décembre 1995. Début 1998, à la veille des Jeux de Nagano, la Commission européenne offre deux bobsleighs et des combinaisons aux membres de l’équipe olympique bosniaque. Un petit cadeau, certes, pour remplacer les vieux appareils loués ou empruntés durant les années de guerre. Mais un geste symbolique, surtout, que ceux qui ne connaissaient pas la composition de l’équipe de 1994 n’ont pas pu apprécier à sa juste valeur.

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Un Serbe, un Croate et deux Bosniaques. Zoran Sokolovic, Igor Boras, Izet Haracic et Nizar Zaciragic. En 1984, ils avaient regardés émerveillés les compétitions sportives se dérouler dans leur ville natale qui faisait leur fierté. Dix ans plus tard, ils étaient en mission pour sauver leur ville natale qui était devenue leur honte. C’était il y a vingt ans. Si loin déjà et si proche pourtant.

Quand Salchow faisait le show

Si vous avez regardé ne serait-ce qu’une seule compétition de patinage artistique dans votre vie, vous avez forcément entendu le commentateur s’extasier sur un triple voire un quadruple Salchow. Mais en quoi consiste un Salchow ? C’est très simple : ce saut se prend sur une carre (la partie coupante de la lame) intérieure arrière pour se terminer, après une révolution, sur la carre extérieure arrière avec l’autre pied que celui ayant déclenché le départ. Si ces termes ne vous sont pas familiers, le dessin de Marielle est là pour vous sauver. Vous devriez visualiser le fameux Salchow de façon limpide ! Et ce saut porte évidemment le nom de son inventeur, l’immense champion suédois Ulrich Salchow (que l’on peut voir patiner ici en 1911), qui l’a tenté pour la première fois en compétition en 1909.

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Puisqu’on parle de Salchow, profitons-en pour revenir brièvement sur sa fabuleuse carrière sportive. Avec 10 titres de champion du monde, il reste l’homme le plus titré en patinage artistique. Seules deux patineuses, Sonja Henie dans les années 1920 et 1930 et Irina Rodnina dans les années 1960 et 1970 (cette dernière a allumé la flamme olympique lors de la cérémonie d’ouverture à Sotchi), ont égalé ce record. Il a également remporté l’or olympique aux JO de 1908 à Londres. Le patinage y est intégré pour la première fois au programme olympique, avant même la création des Jeux d’hiver. Au sommet de son art, Salchow est parti pour enchaîner les titres olympiques. Mais il ne peut malheureusement défendre son titre olympique en 1912 pour la simple raison que les organisateurs ont décidé de retirer le patinage artistique des épreuves olympiques. A l’époque, les disciplines entraient et sortaient des JO avec légèreté ou presque. Impossible d’envisager cela de nos jours. La fronde serait trop violente à cause des sommes considérables qui sont en jeu. Revenons à Salchow. En 1916, les JO n’ont pas lieu pour cause de guerre mondiale alors que le patinage artistique aurait dû y faire son retour. Et en 1920, quand le patinage réintègre le programme des Jeux olympiques d’été d’Anvers, Slachow a 43 ans. Il ne se classe que 4ème.

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Après sa brillante carrière, Salchow ne s’éloigne pas des patinoires. Il devient président de l’Union internationale de patinage de 1925 à 1937. Pendant toutes ces années où il a vu d’autres hommes et femmes patiner sous ses yeux, il a bien dû s’amuser en les écoutant parler de « leurs » Salchow ratés ou de « leurs » magnifiques Salchow !

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Les Onions publiés dans la revue « Sans Limite » (2)

Et voici le portrait de Stéphane Houdet que nous avons publié dans la revue « Sans Limite » pour Roland-Garros 2013. Un grand champion handisport extrêmement sympathique que Marielle a eu la chance de rencontrer et de dessiner lors d’un entraînement parisien et avec lequel j’ai eu l’occasion de parler via Skype alors qu’il était en Floride.

Le blog revient très vite avec des articles exclusifs aux petits oignons !

Les aventures fantastiques d’un rêveur réaliste 

De Stéphane Houdet, les amateurs de tennis handisport connaissent le parcours digne d’un film hollywoodien : un jeune vétérinaire bon joueur de tennis dans sa jeunesse qui a perdu l’usage de sa jambe gauche lors d’un accident de moto en 1996, est devenu n°1 européen de handigolf, s’est finalement fait amputer de la jambe gauche, s’est essayé au tennis en fauteuil avant de gagner plusieurs médailles paralympiques et de devenir n°1 mondial de tennis de la discipline en remportant Roland-Garros en 2012. Ce que peu de gens savent, en revanche, c’est que cet incorrigible optimiste ne fait pas que jouer. Il innove sans cesse pour repousser les limites de son sport et le faire découvrir au plus grand nombre. Lui qui dit qu’il a hérité sa vision positive des choses de son père aime voir ses propres enfants, deux duos de jumeaux, s’essayer à des activités multiples pour découvrir leur voie. Une voie que Stéphane a trouvée grâce au tennis en fauteuil.

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S’il a dû tout réapprendre ou presque car le tennis en fauteuil ne ressemble pas au tennis debout, surtout pour un homme qui marche avec une prothèse le reste du temps, il travaille aujourd’hui avec des ingénieurs pour créer d’ici la fin de l’année un fauteuil d’un nouveau genre sur lequel les joueurs seraient à genoux, dans une position proche de celle des joueurs valides. Une révolution pour son jeu mais aussi pour tous les joueurs. Parce que c’est cela que le tennisman aime par-dessus tout : rencontrer des gens intéressants et partager des moments forts avec eux. Stéphane a des adversaires de poids qui lui permettent de se dépasser à chaque tournoi. Lorsqu’il parle de ses concurrents sur le circuit, il le fait avec enthousiasme et affection, qu’il s’agisse de son acolyte de doubles français mais adversaire en simples Michaël Jérémiasz ou de l’actuel n°1 mondial, le phénoménal Shingo Kunieda. Ce dernier, qui, contrairement à Stéphane, a appris le tennis à l’âge de 11 ans directement sur un fauteuil roulant, est une véritable star au Japon. Leur finale des Jeux paralympiques de Londres, remportée par Kunieda, a même été diffusée sur la grande chaîne de télévision japonaise. Le Français s’émerveille de l’intérêt grandissant du public. Avec ce nouveau fauteuil, le jeu serait complètement révolutionné et donc encore plus attrayant pour les spectateurs.

Un rêve qui suffirait déjà à occuper entièrement beaucoup d’esprits mais pas celui de Stéphane. Lui ne veut pas simplement faire voir son sport, il veut faire jouer les gens au tennis en fauteuil. Il veut que les passionnés de tennis qui ne peuvent plus jouer à cause de problèmes aux jambes tels qu’une rupture des ligaments croisés ne se disent pas qu’ils ne joueront plus jamais. Il rêve qu’ils s’essaient au tennis assis, pour que cette discipline devienne un sport à part entière et ne reste pas uniquement un handisport. Le joueur en est certain, c’est en rivalisant avec les valides que les mentalités changeront. Il a d’ailleurs lancé une idée folle qui commence à faire son chemin : jouer un match assis contre Novak Djokovic et Roger Federer en rollers ! L’avenir nous dira si ce match a lieu. D’ici là, Stéphane aura certainement trouvé encore de nouvelles idées. D’ici là, il continuera à gagner des tournois avec, en point de mire, la victoire en simples et en doubles à Rio en 2016. Saint-Exupéry disait : « Fais de ta vie un rêve et, d’un rêve, une réalité ». Une philosophie que Stéphane Houdet applique chaque jour avec bonheur.

À découvrir également sur la version en ligne du magazine « Sans Limite ».

Est-ce la lutte finale ?

Les championnats d’Europe qui se déroulent actuellement à Tbilissi en Géorgie ont un goût très particulier. L’avantage lorsqu’on menace de supprimer un sport du programme olympique, c’est que, tout d’un coup, on allume les projecteurs sur lui et on réalise que les Jeux ne seront pas tout à fait pareils sans sa présence. Et cet être cher qui nous manque déjà tant alors qu’il ne devrait disparaître que pour les JO de 2020, c’est la lutte.

Au-delà de l’aspect historique d’une discipline plusieurs fois millénaire et notamment pratiquée chez les Grecs de l’Antiquité, la lutte gréco-romaine fait partie du programme olympique depuis les premiers Jeux modernes de 1896. La lutte libre, elle, est apparue aux JO dès 1904. Autant dire que ce sont des sports piliers de l’olympisme moderne qu’on annonce vouloir supprimer. Comment cela a-t-il pu arriver ?

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Même si la menace plane depuis de nombreuses années, c’est après les JO de Londres en 2012 que le Comité international olympique (CIO) a revu l’ensemble des sports du programme olympique selon tout un tas de critères (universalité, popularité, coûts d’organisation, système de contrôle antidopage,…). La lutte est arrivée bonne dernière. L’annonce brutale a été faite le 12 février dernier : la lutte devrait être supprimée à partir des JO de 2020.

Cette décision – qui doit encore être validée en septembre – a plongé les fédérations de lutte du monde entier dans l’incompréhension. Elle a même fait réagir un large public qui n’y connaît absolument rien en lutte. Le cataclysme est tel qu’il a même uni lutteurs iraniens et américains, deux peuples qui accordent beaucoup d’importance à la lutte, pour se battre ensemble à coups de manifestations et de pétitions. Deux champions olympiques, un Bulgare et un Russe, ont d’ores et déjà renoncé à leur médaille d’or en guise de protestation. Quant à à l’entraîneur de l’équipe nationale de lutte gréco-romaine bulgare, double champion olympique, il a entamé une grève de la faim.

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Les réactions extrêmes du monde de la lutte s’expliquent par l’absolue nécessité pour ce sport de rester une discipline olympique. Les JO sont la vitrine mondiale de la lutte. Contrairement à d’autres sports, elle a besoin de cette exposition tous les quatre ans pour vivre et survivre. Sans JO, la lutte attirerait de moins en moins de jeunes sportifs et pourrait mourir, pas seulement olympiquement parlant, dans quelques années.

La lutte n’est pas encore morte pour l’olympisme mais elle est vraiment moribonde. Même si une réforme de ce sport est certainement nécessaire, la suppression olympique est un geste brutal dont il ne se relèverait sans doute pas. Pourquoi veut-on tuer la lutte olympique ? Pour des raisons marketing. La lutte n’est pas le sport le plus médiatique du monde, évidemment. Certaines disciplines plus attrayantes pour les sponsors et les médias pourraient la remplacer. Le monde change, bien sûr, et les contraintes du CIO doivent évoluer. Mais était-il vraiment nécessaire de supprimer ce noble sport antique ? Est-ce que les quelques millions que ce changement va certainement apporter méritent de vendre l’âme de l’olympisme encore une fois ?

Pourquoi l’enlever purement et simplement ? Pourquoi ne pas la laisser et ajouter d’autres petits nouveaux puisque certains sports méritent clairement d’entrer au programme olympique ? Parce que les règles du CIO sont strictes et que le nombre de sports olympiques est limité à 28. Après l’exclusion du baseball et du softball (présents jusqu’en 2008 à Pékin), il n’y avait plus que 26 sports à Londres en 2012 faute d’un accord sur les deux nouveaux sports à inclure. Avec le retour du golf et du rugby dès 2016 à Rio, la limite des 28 sports est donc atteinte. Si le CIO souhaite ajouter un nouveau sport, il lui faut donc en supprimer un. Et le CIO souhaite évidemment ajouter un nouveau sport à sa palette. La lutte se présente à sa propre succession, bien sûr, mais les rivaux sont nombreux et motivés. Il y a le squash et le karaté, deux sports populaires qui tentent d’entrer dans le monde merveilleux des JO depuis un moment déjà. Il y a l’escalade aussi, le baseball et le softball, qui veulent effectuer un come back rapide dans le programme olympique, et, enfin, des sports récents et en vogue tels que le wakeboard, le wushu et les sports de roller.

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À moins d’une volte-face du CIO gêné par le scandale déclenché par l’annonce probable de la suppression de la lutte, cela risque d’être terrible en septembre à Buenos Aires. Le CIO va y annoncer le nom de la ville hôte des Jeux de 2020 et le nom du 28ème sport retenu. Qui de Madrid, Tokyo ou Istanbul arrachera de haute lutte les premiers Jeux a priori sans lutte ? Qui accueillera les Jeux qui auront une nouvelle fois fait se retourner dans sa tombe le Baron de Coubertin ?

L’histoire mouvementée du handball

Les Championnats du monde de handball masculin se sont terminés dimanche dernier avec une victoire écrasante de l’Espagne sur le Danemark. Une page se tourne. L’équipe de France, qui dominait la discipline depuis plusieurs années, est rentrée chez elle bredouille. Cette fin de règne des Experts – c’est le surnom de la génération de l’équipe de France depuis 2008 – vient s’ajouter à l’affaire des paris truqués mettant en vedette d’une façon très déplaisante plusieurs joueurs dont Nikola Karabatic, qui est la star française actuelle de la discipline.

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Sport très apprécié du public français, pour la simplicité de ses joueurs, pour l’absence de salaires mirobolants, pour ses excellents résultats quand les autres équipes nationales (football, rugby) ne décrochaient pas ou peu de titres internationaux, le handball français semble aujourd’hui mal en point. Depuis cette fameuse médaille de bronze surprise des Barjots en 1992 aux JO de Barcelone, depuis ce premier titre mondial français en sport collectif en 1995, le handball avait acquis une place de choix dans le cœur des amateurs de sport. Mais, si le grand public français l’a découvert sur le tard, le hand a une longue histoire mouvementée qui commence juste avant le début du 20ème siècle.

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Les origines du handball se situent en Europe du Nord, centrale et de l’Est. Avec des racines danoises, un sport cousin tchécoslovaque et des règles allemandes fixées après la Première Guerre mondiale (le nom du sport, d’ailleurs, est allemand : il faut prononcer le « ball » comme une balle en français et non à l’anglaise), le jeune sport est officiellement introduit aux Jeux olympiques à Berlin en 1936, après une démonstration à Amsterdam en 1928. À l’époque, il se joue encore à onze et en plein air, comme le football. C’est dans les années 60 que le handball prend sa forme actuelle. Il quitte les terrains d’extérieur pour l’intérieur des gymnases et délaisse définitivement sa version à onze pour le jeu à sept, qui est beaucoup plus rapide, technique et spectaculaire. Après une longue traversée du désert, le handball est réintégré aux JO de 1972 à Munich, en Allemagne une nouvelle fois. Chez les femmes, il entre au programme olympique quatre ans plus tard, aux JO de Montréal en 1976.

Côté français, c’est durant la Deuxième guerre mondiale que le régime de Vichy crée la fédération française et inscrit le handball dans les programmes scolaires. Avant cette période, le handball n’est pas un sport populaire en France. À la Libération, la fédération est dissoute et interdite. Elle ne renaît qu’en 1952.

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Aujourd’hui, le handball fait partie du patrimoine sportif français. Si vous avez fait vos études secondaires dans le système français, vous avez certainement joué au handball durant votre jeunesse. En effet, ce sport est le petit chouchou de l’Éducation nationale. Peut-être n’avez-vous jamais joué au basket-ball ou au rugby durant vos années collège et lycée mais vous avez très certainement fait du handball. Étrange, non ? Y aurait-il un lobby du handball scolaire ? Si vous avez des commentaires sur le sujet, dites-nous tout. Ce mystère nous intéresse !

Si vous les aviez ratés, c’est le moment de les lire !

En attendant les prochains événements sportifs, Onion Rings revient sur quelques anecdotes de cet été olympique et paralympique. Au menu, la catégorie « Le saviez-vous ? » qui vous parle des Jeux mondiaux, de l’Inde ou encore de la reconversion des sportifs… Vous étiez peut-être partis quand ils ont été publiés. C’est l’occasion de les découvrir tranquillement en ce début d’automne. Bonne lecture !

Et n’oubliez pas de voter pour nous ici : http://www.golden-blog-awards.fr/blogs/onion-rings-2012.html

La Chine, Coldplay et Rihanna : les Jeux paralympiques se terminent avec faste et enthousiasme

Malgré une grande modestie – feinte ou réelle – avant le début de la compétition, la Chine n’a finalement laissé aucune chance aux autres nations : l’Empire du Milieu a totalement écrasé ces Jeux paralympiques, après avoir déjà montré sa supériorité intégrale chez elle à Pékin en 2008. Elle a même fait mieux qu’à domicile. La Chine a remporté 95 médailles d’or soit 59 de plus que la Russie, qui se classe pourtant deuxième ! Elle n’en avait gagné « que » 89 à Pékin. Au total, en 2012, elle a gagné 231 médailles soit 20 de plus que quatre ans plus tôt. C’est tout simplement phénoménal. Pourtant, les officiels chinois avaient bien tenté de calmer les attentes du public avant que les Jeux ne commencent. Avec une cinquantaine d’athlètes de moins qu’à Pékin, une participation à seulement 16 sports sur 20 (à Pékin, le pays hôte était qualifié d’office) et la moitié de la délégation n’ayant jamais encore participé aux Jeux paralympiques, il est vrai que la Chine partait avec moins d’avantages que lors de l’édition précédente. L’objectif officiel était d’être dans le top 3 final.

Comment alors expliquer cette domination sans appel ? Outre une motivation extrême, il faut déjà comprendre que le système mis en place pour les Jeux paralympiques de Pékin a continué à bien fonctionner après 2008. Ainsi, plus de la moitié des sportifs paralympiques chinois s’entraînent toujours au même endroit à Pékin dans ce qui est le plus grand centre d’entraînement pour sportifs handicapés du monde. Et la démarche handisport des Chinois date d’il y a un peu plus de 25 ans, lorsqu’ils ont commencé à participer aux Jeux paralympiques. Les handicapés sont clairement encouragés à faire du sport. Et le fait que 50 heures de programme paralympique soient retransmises par la télévision en Chine cette année n’est pas anodin. On sait que quand la Chine s’intéresse à un sujet, elle ne le fait jamais en dilettante.

Et, à part la Chine, que retenir de ces Jeux paralympiques ? Tellement de choses ! Les médias ont été dithyrambiques sur l’organisation de ces Jeux et ils ont eu raison. Londres 2012 sera peut-être vue dans quelques années comme le tournant du handisport. Avec plus de 2,7 millions de billets vendus, des stades remplis de supporters, une cérémonie de clôture splendide avec notamment Coldplay, Jay-Z et Rihanna, des compétitions haletantes et des champions enfin valorisés, les Jeux paralympiques 2012 auront été une fête superbe, qui n’a rien à envier aux Jeux olympiques. Evidemment, la médiatisation est toujours beaucoup plus faible. Evidemment, on a encore un peu de mal à connaître les visages et les noms des sportifs. Evidemment, les catégories de handicap sont encore un peu obscures pour les profanes. Mais on a déjà tellement progressé. On a découvert des sports, on s’est passionné pour des athlètes ou des équipes. En bref, on a vibré.

Qui dit fin des Jeux paralympiques dit petites vacances pour le blog. Nous allons prendre quelques jours pour nous remettre de nos émotions mais ce n’est qu’un au revoir. Nous avons bien l’intention de continuer à vous raconter nos anecdotes illustrées sur le sport. Depuis le 24 juillet, nous avons publié une trentaine d’articles et reçu plus de 6800 visites. Beaucoup de Français, pas mal de Belges, des Allemands et des Britanniques. Mais pas seulement ! Du Burkina Faso à l’Argentine en passant par Haïti et le Japon, nous sommes très fières d’avoir été lues dans près de 70 pays dans le monde. Merci à tous !

Les JO étaient la meilleure des excuses pour se lancer dans l’aventure du blog. Quant aux Jeux paralympiques, ils ont été une vraie révélation pour nous. Et nous allons continuer avec d’autres grands événements sportifs. D’ici la fin de l’année, nous pensons notamment déjà à un sport qui se joue avec des raquettes et une balle jaune… À bientôt sur Onion Rings !

Quand la prothèse devient œuvre d’art

Vous l’avez peut-être remarquée. Certainement, même. Si vous avez regardé l’athlétisme aux Jeux paralympiques, vous ne pouvez pas avoir manqué « Golden Vespa ». Derrière ce nom digne d’un personnage de « Kill Bill » se cache, en fait, la prothèse pour l’avant-bras gauche d’Arnaud Assoumani (double médaillé d’argent français à Londres en longueur et triple saut). Ce frelon jaune et noir qui révolutionne l’univers habituellement très classique des prothèses est né grâce à un concours lancé par l’athlète. Il a demandé à des designers de lui créer une nouvelle prothèse sur le thème des super héros. C’est Thomas Hourdain qui a remporté le concours avec une idée simple et belle : tel un Spiderman des stades d’athlétisme, Arnaud aurait été piqué par un frelon, qui lui aurait donné des super pouvoirs lui permettant de devenir un super sportif. Une jolie façon de changer le regard porté sur les prothèses.

Un but également partagé par une Australienne du nom de Jessica Sutton. Cette jeune femme de 33 ans, porteuse d’une prothèse à la jambe droite, a demandé à des artistes amputés de « twister » des prothèses usagées pour en faire des œuvres d’art. Le résultat, vraiment étonnant, était exposé à Londres jusqu’à la fin des Jeux paralympiques. L’exposition s’appelait « Spare parts » (pièces de rechange).

Si ce genre d’initiatives aide à briser un tabou dans les pays occidentaux, il ne faut pas oublier qu’il y a de nombreux pays dans le monde où posséder une prothèse, même vieille, même moche, est un luxe absolu. En Afghanistan, par exemple. Sur le million d’handicapés du pays, beaucoup n’ont pas accès aux prothèses ou aux chaises roulantes dont ils auraient besoin. Le seul sportif handisport afghan présent à Londres s’appelle Mohamed Rahimi. Il a perdu une partie de sa jambe droite à l’âge de douze ans en sautant sur une mine antipersonnel russe sur le chemin de Kaboul. C’est avec une prothèse en plastique donnée par la Croix-Rouge, pas tout à fait à sa taille, qu’il marche. Mais il fait partie des chanceux. Il a une prothèse et il arrive même à s’entraîner en haltérophilie. Pas sur du matériel homologué, certes. Mais c’est déjà ça.

Alors, évidemment, on est loin des expositions de prothèses artistiques et des bras bioniques mais tous ces combats sont finalement les mêmes. Ils en sont juste à des stades différents. Qu’il s’agisse de l’accès de tous aux prothèses ou de l’acceptation voire de l’admiration de ces prothèses par les valides, les Jeux paralympiques sont une tribune mondiale pour les sportifs et les artistes afin de faire parler du handicap. Vivement le jour où les athlètes afghans auront aussi des bras bioniques !