Les juges sont unanimes

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Les critiques sont dithyrambiques et Onion Rings ne va pas vous dire le contraire : « La petite communiste qui ne souriait jamais » de Lola Lafon est bien une petite merveille. Ce roman bizarre paru chez Actes Sud mêle événements réels, archives, articles de presse et pure invention littéraire. Un drôle de livre à l’image de cette drôle de championne. De la Nadia Comaneci qui a renversé le monde entier à 14 ans avec 7 notes parfaites de 10 aux Jeux olympiques de Montréal en 1976, Lola Lafon raconte les capacités physiques hors du commun, les rubans dans les cheveux, le travail de titan orchestré par son entraîneur-gourou Bela, la quête perpétuelle du duo entraîneur-gymnaste pour atteindre la perfection, l’absence de sourire comme si tout était attendu, organisé, évident mais aussi la solitude d’une gymnaste isolée des autres dont les qualités phénoménales faisaient la gloire du régime de Ceausescu. « La petite communiste qui ne souriait jamais » est d’abord l’histoire de cette petite fille à la queue de cheval bondissante qui a réussi à dérégler les célèbres tableaux d’affichage Longines, pourtant réglés comme des horloges suisses. Personne n’avait jamais eu 10 alors les tableaux indicateurs n’étaient pas prévus pour ces notes. Elle a donc obtenu 1.00. Sept fois. Elle a cassé la précision helvétique et elle est rentrée à Bucarest auréolée de ses médailles d’or et de cette perfection qui devait prouver au monde entier la réussite du modèle roumain.

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Mais l’auteur raconte aussi la chute. Plus rude que pour n’importe qui puisqu’elle était montée si haut. Plus dramatique aussi parce que Nadia ne pouvait supporter les demi-mesures. La déchéance de cette jeune femme un peu ridicule et un peu antipathique tombée en disgrâce parce que son corps s’est mis à changer pour devenir celui d’une femme voluptueuse. Les règles, cette maladie honteuse, le cauchemar absolu de ses petites gymnastes qui avaient forgé leur gloire sur leurs corps d’elfes. Les compromissions aussi – volontaires ou par manque de jugement critique – avec la dictature, les périodes d’errance, la fuite aux Etats-Unis deux semaines avant la chute des époux Ceausescu, rien n’est laissé de côté. Pour pimenter le récit mais surtout pour lui donner une profondeur et une ambiguïté salutaires, l’auteur invente un dialogue fictif avec la championne pendant la rédaction de son texte. Dans ces échanges imaginaires, Lola Lafon parvient à rendre palpable ce paradoxe vivant qu’a pu être Nadia Comaneci. Une idole prisonnière de son propre pays qu’elle aime pourtant et qui ne s’échappe, beaucoup trop tard, que pour se trouver face à une autre dictature, celle, plus subtile, du capitalisme effréné américain.

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La petite fée roumaine n’aurait pas supporté une plume moins virtuose que celle de Lola Lafon.

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Garmisch-Partenkirchen, la fausse parenthèse enchantée

Les Jeux de Berlin en 1936 n’étaient pas les premiers Jeux nazis. Du 6 au 16 février de la même année, le régime hitlérien avait déjà accueilli les Jeux d’hiver à Garmisch-Partenkirchen. Beaucoup moins connus (les sports d’hiver sont encore réservés à une élite dans les années 1930), ils ont pourtant joué un rôle important dans la propagande hitlérienne. Idéalement et volontairement situés en Bavière, siège du parti national-socialiste, les deux communes de Garmisch et de Partenkirchen sont réunies en une seule ville pour recevoir ces Jeux blancs. Deux objectifs précis leur sont assignés : servir de répétition générale pour le show phénoménal de Berlin quelques mois plus tard et d’anesthésiant chargé de rassurer les inquiets quant aux exactions du Reich. Suite à une visite avant les Jeux du président du CIO, le comte belge Baillet-Latour, et pour ne pas mettre en danger les Jeux d’été en provoquant des boycotts, les organisateurs font retirer tous les panneaux antisémites des abords du site olympique et encadrent les groupes afin d’éviter les démonstrations publiques contre les juifs. Garmisch-Partenkirchen ne doit surtout pas faire peur. Pendant une dizaine de jours, l’Allemagne nazie propage donc l’image idyllique d’un havre de paix et de camaraderie. La grandiose cérémonie d’ouverture donne tout de même le ton : les JO de Garmisch-Partenkirchen accueillent avec joie le monde entier, certes, mais ils mettent surtout en lumière le besoin d’impressionner et la démesure du régime. On n’avait jamais vu une tel faste, surtout pour des Jeux d’hiver encore confidentiels.

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Les épreuves se déroulent sans encombre. Il aurait été idéal que les Allemands s’imposent au tableau final mais ils ne terminent que deuxièmes, très loin derrière les Norvégiens qui écrasent la concurrence (décidément, ils sont toujours là quand on parle de médailles). Les deux stars de cette 4ème édition des Jeux d’hiver sont naturellement norvégiennes. Chez les hommes, Ivar Ballangrud remporte trois médailles d’or et une d’argent en patinage de vitesse. Côté féminin, c’est Sonja Henie qui repart avec son troisième titre olympique d’affilée en patinage artistique. Sans oublier Emile Allais, dont nous avons ici fait l’hommage en 2012, premier médaillé français olympique, qui décroche le bronze en ski alpin.

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Mais il faut bien avouer que ce ne sont pas les événements sportifs qui nous intéressent aujourd’hui lorsqu’on reparle des JO d’hiver de 1936. Dès la fin des Jeux, les persécutions reprennent et l’Allemagne viole allègrement les traités internationaux en envahissant et réoccupant la Rhénanie un mois après la cérémonie d’ouverture durant laquelle Karl Ritter von Halt, le président du comité d’organisation des Jeux, avait prôné « une véritable célébration de la paix et une compréhension sincère entre les peuples »… Les grands discours pacifistes et fraternels se sont éteints en même temps que la flamme olympique.

Ce que peu de gens savent, c’est que Garmisch-Partenkirchen aurait aussi pu être le théâtre des troisièmes Jeux olympiques nazis. En effet, c’est ce site que le CIO avait finalement choisi pour accueillir les Jeux d’hiver 1940. Initialement attribués à la ville de Sapporo au Japon en juin 1937, elle doit rapidement être réattribuée : les Japonais sont incapables d’organiser les Jeux à cause de l’éclatement de la seconde guerre sino-japonaise en 1938. Sapporo devra attendre 1972 pour enfin devenir ville olympique. Avec le Japon out, le CIO se tourne alors vers Saint-Moritz – qui a organisé les JO d’hiver en 1928 – mais aucun accord n’est trouvé à cause d’une querelle fondamentale sur le statut des moniteurs de ski. Le CIO les considère comme des professionnels et leur interdit de ce fait la participation aux JO. Les Suisses, eux, militent pour qu’on les autorise à concourir. Devant l’inflexibilité du CIO, Saint-Moritz se désiste aussi. C’est alors que les regards se tournent vers Garmisch-Partenkirchen. Au printemps 1939, l’Allemagne accepte d’organiser pour la seconde fois consécutive les Jeux d’hiver. Le 1er septembre, le Reich envahit la Pologne. Deux mois plus tard, les Jeux d’hiver sont officiellement annulés. Il semblerait que le CIO ait espéré une résolution rapide du conflit (une victoire expresse de l’Allemagne ?) avant d’accepter l’idée que la guerre était partie pour durer.

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Heureusement pour Garmisch-Partenkirchen, son nom est aujourd’hui plutôt associé à des événements contemporains joyeux puisqu’elle accueille notamment une des étapes de la Tournée des quatre tremplins en saut à ski et de nombreuses épreuves de la Coupe du monde de ski alpin. Et elle espère aussi un jour réorganiser les JO d’hiver. Candidate malheureuse (en association avec Munich) contre Pyeongchang pour 2018, elle a suffisamment d’atouts pour devenir ville hôte dans les prochaines années. Pour laver l’amer souvenir de 1936. Pour que, pour les générations futures, « les Jeux olympiques de Garmisch-Partenkirchen » aient une toute autre signification que pour les leurs aînés.

Du patinage au saut à ski, l’évolution des Jeux d’hiver au féminin

Pierre de Coubertin n’était pas opposé à la pratique féminine du sport. Avec une sœur écuyère et une mère escrimeuse, comment aurait-il pu l’être ? Ce qu’il n’aimait pas, en revanche, c’était l’idée que ces dames participent à des compétitions publiques. L’organisme de ces petites choses fragiles qui servent principalement à procréer n’était pas capable, selon lui, de résister aux chocs. Voir un corps de femme se briser aux yeux de tous était au-dessus de ses forces. Nous vous épargnons ses plus célèbres phrases sur le sujet. Vous avez compris l’idée globale que défendait ce cher baron. Mais ne soyons pas anachroniques non plus. Au début du 20ème siècle, peu d’hommes avaient une opinion différente de celle du rénovateur des Jeux olympiques. En parallèle de leurs autres combats, les femmes ont donc aussi dû se battre pour obtenir le droit d’être des championnes. Parmi les grandes militantes de la cause du sport féminin, la Française Alice Milliat reste une figure incontournable. Nous en reparlerons plus longuement une autre fois car ses actions méritent le détour.

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Quant à Coubertin, il est toujours président du CIO lorsque s’ouvrent les Jeux d’hiver de Chamonix en 1924. Si les femmes y participent, leur présence reste confinée au patinage artistique (dames et couples mixtes). Mais elles sont bien là et elles ne vont cesser de conquérir de nouveaux sports tous les quatre ans. Pour comprendre l’évolution de la place des femmes dans les Jeux d’hiver, il faut bien passer par quelques chiffres… En 1924 à Chamonix pour les premiers JO d’hiver, 13 femmes seulement participent aux épreuves, soit 5% des sportifs. Grâce à l’ouverture régulière de nouveaux sports aux femmes, elles passent le cap des 100 participantes en 1952 à Oslo puis celui des 200 à Innsbruck en 1964 et celui des 300 à Calgary en 1988. En 1992 à Albertville, elles sont 488 femmes sur un total de 1801, soit 27% des athlètes présents. A partir de là, leur nombre progresse encore plus rapidement avec environ une centaine de sportives en plus par édition pour passer le seuil symbolique des 1000 femmes à Vancouver en 2010. Il y a quatre ans au Canada, les femmes représentaient donc 40% du total. Il faut désormais attendre la fin des Jeux pour obtenir les statistiques officielles mais ce pourcentage aura certainement grimpé à Sotchi.

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Ce qu’on sait déjà, en revanche, c’est qu’il n’y a jamais eu autant d’épreuves ouvertes aux femmes. Sur les 98 épreuves (un record) de ces Jeux, 43 sont féminines et 6 sont mixtes. Les femmes participent donc à pile la moitié des épreuves. Pas mal ! Parmi les nouveautés de cette année, de nombreuses concernent les femmes mais le sport qui fait parler tout le monde, c’est le très spectaculaire saut à ski décliné dans sa version féminine. Enfin les femmes ont le droit de s’élancer dans les airs et de prendre des risques fous comme les hommes. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Maintenant que le saut à ski a rejoint le ski de fond au programme féminin olympique, il ne reste plus qu’au combiné nordique (qui n’est que l’association de ces deux sports dans une seule et même épreuve) de devenir aussi un sport féminin.

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C’est assez simple, en fait. A Pyeongchang en Corée du Sud en 2018, il suffit d’inclure trois épreuves de combiné nordique (comme pour les hommes), de passer à deux épreuves de bobsleigh (comme pour les hommes) et de porter à trois les épreuves de saut à ski (comme pour les hommes), pour que l’égalité soit alors parfaite. CQFD ?

De la naissance des Jeux olympiques d’hiver et de la mort des Jeux nordiques

On a souvent tendance à croire que les Jeux d’hiver sont nés un beau jour de 1924 à Chamonix pour satisfaire le besoin frivole d’une frange privilégiée de la population occidentale de se griser à grands coups d’activités hivernales. Ce n’est pas faux mais la genèse des JO d’hiver n’a pas été aussi spontanée, loin de là. Pendant plus de vingt ans, entre tâtonnements et coups du sort, les sports d’hiver ont cherché leur place dans l’agenda des compétitions internationales.

OR14_JO_HIVER_1924-1990_JO_SOTCHIRetournons d’abord au tout début du 20ème siècle. Avant de devenir olympiques, les sports d’hiver ont déjà besoin d’un événement majeur. C’est chose faite en Suède en 1901 avec les Jeux nordiques. Le succès est au rendez-vous. Ils se déroulent tous les deux ans puis tous les quatre ans jusqu’en 1926. Leur fondateur, le général Balck, est un ami proche de Coubertin. Il aimerait bien que ce dernier intègre des sports d’hiver aux JO mais il lui faut être patient. C’est seulement aux JO de Londres en 1908 que quelques épreuves de patinage artistique viennent agrémenter le programme olympique. Un premier pas est franchi.

Plus téméraire encore, un comte italien propose d’organiser une semaine de sports d’hiver durant les JO de Stockholm en 1912. Mais cette idée ne plaît pas aux frileux organisateurs des Jeux nordiques. L’idée ressurgit une nouvelle fois pour les Jeux de Berlin 1916. Cette fois, c’est sûr, il y aura bien une semaine de compétitions de sports d’hiver aux Jeux olympiques. Sauf que les Jeux de Berlin de 1916 n’ont évidemment jamais eu lieu à cause de la Première guerre mondiale…

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Encore quatre ans d’attente jusqu’aux Jeux d’Anvers en 1920. Mais la semaine de sports d’hiver est temporairement laissée de côté au profit de quelques épreuves de patinage artistique et de hockey sur glace. Des os à ronger pour patienter. La délivrance est proche. Il est finalement décidé que le pays organisateur des JO de 1924, la France, va accueillir une semaine internationale de sports d’hiver sous le patronage du CIO. Cette semaine – qui dure en fait 11 jours – est séparée des épreuves d’été. Elle se déroule à Chamonix.

Voici donc les fameux premiers Jeux olympiques d’hiver de Chamonix. Pourtant, en 1924, ce nom n’existe pas encore. Ce n’est que rétroactivement qu’on donnera à cet événement le privilège d’avoir été le premier. En effet, motivé par le succès des compétitions de Chamonix, le CIO décide l’année suivante de créer des Jeux d’hiver séparés. Pas une semaine internationale gadget mais de vrais Jeux olympiques. Les Jeux d’hiver de Saint-Moritz en 1928 sont donc les vrais premiers Jeux d’hiver, même s’ils sont officiellement les deuxièmes.

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L’éclosion des Jeux d’hiver est un coup dur pour les Jeux nordiques. 1926 sera d’ailleurs la dernière année pour eux. Non pas qu’on ait décidé de les arrêter à partir de là, pas du tout. Les organisateurs ont même tenté plusieurs fois de sauver leurs Jeux. Mais le destin s’est acharné contre l’événement sportif internationalo-suédois. D’abord, le fondateur, Balck, meurt en 1928 en emportant avec lui une bonne partie de l’énergie positive nécessaire à organiser un tel tournoi. En 1930, c’est l’absence de neige qui empêche la tenue des Jeux nordiques. En 1934, c’est au tour de la Grande dépression. Quant à ceux de 1942, la Deuxième guerre mondiale sera une excuse plus que légitime pour les annuler. Les Jeux nordiques ne vont pas s’en remettre. Impossible de rivaliser avec les JO. Ils meurent dans l’indifférence quasi générale.

La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que, peu importe le nom ou l’organisateur, les sports d’hiver ont désormais un écrin grandiose pour se faire connaître et se développer.

Bobsleigh-Herzégovine : un Croate, un Serbe et deux Bosniaques

Souvent plus propices aux événements symboliques qui vont faire le tour du monde, les Jeux olympiques d’été n’ont pourtant pas toujours l’exclusivité des émotions extra-sportives. Les très policés et bourgeois sports d’hiver sont parfois le théâtre de moments inattendus. En 1994, à Lillehammer en Norvège, une équipe a marqué les mémoires pour ce qu’elle était, pour ce qu’elle représentait, pour ce qu’elle prônait, pour ce qu’elle criait à la face du monde et non pour ses résultats.

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Ils sont quatre. Une banale équipe de bobsleigh de seconde zone. Pas facile de s’entraîner dans un pays en guerre depuis deux ans. Ils terminent logiquement dans les dernières places du classement. Pourtant, les quatre sportifs ne sont pas déçus. Ils sont là où ils le désirent. Devant les micros du monde entier. Ces quatre mousquetaires ont des noms mais, à cette époque dans leur région, seule leur origine importe. Ils représentent la Bosnie-Herzégovine aux Jeux olympiques. La toute jeune République en guerre. A cette époque dans leur région, on se tue pour ses origines. Et eux, ils le refusent. Pendant que Sarajevo est sous les bombes, eux se montrent parce qu’ils représentent un rêve, l’entente simple et chaleureuse d’hommes dont on voudrait qu’ils soient en guerre les uns contre les autres. Si un Croate, un Serbe et deux Bosniaques peuvent cohabiter dans un minuscule bobsleigh, pourquoi un pays ne le pourrait-il pas ?

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En 1984, Sarajevo organise de splendides Jeux olympiques d’hiver. Dix ans plus tard, elle est assiégée. Quatre sportifs essayent d’attirer l’attention sur le sort de la jeune République de Bosnie-Herzégovine pour qu’on arrête de détruire leur pays, qu’on mette un terme au nettoyage ethnique et qu’on cesse d’être obligé d’utiliser le bois des installations sportives pour fabriquer des cercueils. Près de deux ans après ces Jeux de Lillehammer, les accords de Dayton vont mettre un terme au conflit en décembre 1995. Début 1998, à la veille des Jeux de Nagano, la Commission européenne offre deux bobsleighs et des combinaisons aux membres de l’équipe olympique bosniaque. Un petit cadeau, certes, pour remplacer les vieux appareils loués ou empruntés durant les années de guerre. Mais un geste symbolique, surtout, que ceux qui ne connaissaient pas la composition de l’équipe de 1994 n’ont pas pu apprécier à sa juste valeur.

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Un Serbe, un Croate et deux Bosniaques. Zoran Sokolovic, Igor Boras, Izet Haracic et Nizar Zaciragic. En 1984, ils avaient regardés émerveillés les compétitions sportives se dérouler dans leur ville natale qui faisait leur fierté. Dix ans plus tard, ils étaient en mission pour sauver leur ville natale qui était devenue leur honte. C’était il y a vingt ans. Si loin déjà et si proche pourtant.

Quand Salchow faisait le show

Si vous avez regardé ne serait-ce qu’une seule compétition de patinage artistique dans votre vie, vous avez forcément entendu le commentateur s’extasier sur un triple voire un quadruple Salchow. Mais en quoi consiste un Salchow ? C’est très simple : ce saut se prend sur une carre (la partie coupante de la lame) intérieure arrière pour se terminer, après une révolution, sur la carre extérieure arrière avec l’autre pied que celui ayant déclenché le départ. Si ces termes ne vous sont pas familiers, le dessin de Marielle est là pour vous sauver. Vous devriez visualiser le fameux Salchow de façon limpide ! Et ce saut porte évidemment le nom de son inventeur, l’immense champion suédois Ulrich Salchow (que l’on peut voir patiner ici en 1911), qui l’a tenté pour la première fois en compétition en 1909.

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Puisqu’on parle de Salchow, profitons-en pour revenir brièvement sur sa fabuleuse carrière sportive. Avec 10 titres de champion du monde, il reste l’homme le plus titré en patinage artistique. Seules deux patineuses, Sonja Henie dans les années 1920 et 1930 et Irina Rodnina dans les années 1960 et 1970 (cette dernière a allumé la flamme olympique lors de la cérémonie d’ouverture à Sotchi), ont égalé ce record. Il a également remporté l’or olympique aux JO de 1908 à Londres. Le patinage y est intégré pour la première fois au programme olympique, avant même la création des Jeux d’hiver. Au sommet de son art, Salchow est parti pour enchaîner les titres olympiques. Mais il ne peut malheureusement défendre son titre olympique en 1912 pour la simple raison que les organisateurs ont décidé de retirer le patinage artistique des épreuves olympiques. A l’époque, les disciplines entraient et sortaient des JO avec légèreté ou presque. Impossible d’envisager cela de nos jours. La fronde serait trop violente à cause des sommes considérables qui sont en jeu. Revenons à Salchow. En 1916, les JO n’ont pas lieu pour cause de guerre mondiale alors que le patinage artistique aurait dû y faire son retour. Et en 1920, quand le patinage réintègre le programme des Jeux olympiques d’été d’Anvers, Slachow a 43 ans. Il ne se classe que 4ème.

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Après sa brillante carrière, Salchow ne s’éloigne pas des patinoires. Il devient président de l’Union internationale de patinage de 1925 à 1937. Pendant toutes ces années où il a vu d’autres hommes et femmes patiner sous ses yeux, il a bien dû s’amuser en les écoutant parler de « leurs » Salchow ratés ou de « leurs » magnifiques Salchow !

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Norway ? No way !

Si on vous avait demandé quel est le pays le plus médaillé de l’histoire des Jeux d’hiver, il n’est pas certain que vous auriez spontanément répondu « la Norvège, évidemment ! ». Pourtant, quand on y réfléchit, cela n’est pas étonnant. Déjà parce que c’est le pays d’Edvard Munch. Cela n’a bien sûr aucun rapport avec le niveau sportif mais ça ne fait pas de mal. Surtout, la Norvège est régulièrement classée pays le plus démocratique, le plus pacifique ou encore avec le meilleur indice de développement humain. En gros, ça a l’air d’être un pays plutôt sympathique, même si la démocratie et le pacifisme n’ont jamais été des critères pour gagner des médailles. Là où ça devient plus concret, c’est que le royaume des fjords est clairement le cadre idéal pour s’entraîner aux sports d’hiver. Et il est évident que les Norvégiens démontrent depuis les premiers JO d’hiver de Chamonix de 1924 un réel don pour la plupart des épreuves au programme. Le ski de fond, le patinage de vitesse, le combiné nordique, le saut à ski et le ski alpin sont des sports rois chez eux et leur ont rapporté un maximum de breloques.

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En 1952, la Norvège termine première du classement des médailles lors des JO qu’elle organise à Oslo. Dans les calculs olympiques, ce sont les médailles d’or qui comptent d’abord. Si deux pays sont à égalité, on compare ensuite leurs médailles d’argent puis éventuellement celles de bronze. La Norvège est donc le pays qui a gagné le plus de médailles d’or en 1952 à Oslo. Vous allez dire que c’est normal quand un pays accueille les Jeux mais sachez que cela ne s’est plus reproduit jusqu’à Vancouver en 2010. En 1994, la Norvège brille encore en terminant deuxième nation participante en termes de médailles d’or et première au total du nombre de médailles lors des JO dont elle est l’hôte à Lillehammer. En parlant de cette petite ville du comté d’Oppland, faisons une rapide digression dans l’univers des séries : la savoureuse coproduction américano-norvégienne « Lillyhammer » raconte les hilarantes tribulations d’un mafieux italo-américain qui tente de refaire sa vie dans la jolie bourgade de Lillehammer. Au détour d’un épisode, vous y apercevrez même la piste de saut à ski des JO ! Retour à nos moutons olympiques. En 1994 à Lillehammer, la Norvège termine donc deuxième, tout comme quatre ans plus tard à Nagano. Et elle s’était déjà bien préparée en 1992 à Albertville puisqu’elle avait fini troisième. Une époque dorée pour le sport norvégien.

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Vous connaissez certainement – de nom, au moins – plusieurs grands champions norvégiens. Tout d’abord, la légende absolue du ski de fond, Bjorn Daehlie, qui a remporté 8 médailles d’or olympiques durant les années 1990. Il y a aussi le skieur alpin Kjetil André Aaamodt, qui a la particularité d’avoir été le plus jeune champion olympique de Super-G à Albertville à l’âge de 20 ans mais aussi le plus vieux puisqu’il a remporté la même épreuve à Turin à 34 ans. Autre monstre sacré mais toujours en activité : le biathlète Ole Einar Bjorndalen. Il a 7 titres olympiques (le dernier ayant été remporté à Sotchi le 8 février à l’âge de 40 ans), ce qui est déjà énorme, mais il a lui aussi une spécificité : il est tout simplement le sportif le plus titré de l’histoire des sports d’hiver. Pas mal, hein ?

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Heureusement, il n’y a pas que des hommes au pays de A-ha. Tora Berger, qui a été à Vancouver en 2010 la première Norvégienne à remporter une médaille d’or en biathlon, sera une des championnes à suivre à Sotchi. Elle espère y terminer en apothéose sa phénoménale carrière. On lui souhaite de réussir son pari et de rapporter un métal doré dans l’escarcelle de son pays. Si la Norvège aura fort à faire avec les Russes, les Allemands, les Américains, les Canadiens ou encore les Autrichiens, il ne faut jamais sous-estimer les descendants des Vikings quand il s’agit de conquêtes en territoires hostiles.

La tomate volante au royaume de la glisse

Contrairement aux apparences, ce titre digne d’un navet cinématographique n’est pas une énigme. Evidemment, les profanes se demandent qui est cette fameuse tomate volante. Mais les passionnés de snowboard et de skateboard, eux, savent très bien de qui nous allons vous parler. The Flying Tomato n’est autre que Shaun White, sans doute la plus grande star actuelle des sports d’hiver. Quand vous l’aurez vu faire des sauts d’une amplitude de 8 mètres, vous ne douterez plus jamais du caractère aérien du jeune homme. Quant à sa rutilance, attendez qu’il enlève son casque. Sa tête de chanteur de hard rock pré-pubère est encadrée par une chevelure aussi flamboyante que celle de Mérida, la fougueuse héroïne du dessin animé « Rebelle » de Disney. Il y a un an, le sportif de l’extrême a accepté de couper ses boucles pour aider une association qui fournit des perruques aux enfants qui perdent leurs cheveux durant des traitements médicaux. Un beau geste pour lequel il a semblé bien plus stressé que lorsqu’il s’élance du haut d’une rampe !

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Shaun White est un héros américain comme seuls les Etats-Unis en ont le secret. Quand il naît à San Diego en 1986, les fées qui se penchent sur son berceau n’ont apparemment pas dans l’idée d’en faire un grand sportif. Avant l’âge d’un an, le bambin a déjà subi deux opérations à cœur ouvert à cause d’une malformation cardiaque. On a connu des débuts plus faciles. Heureusement, l’inquiétude laisse rapidement la place à l’insouciance. Le gamin vif et agile fait ses débuts en ski. A 6 ans, il s’essaie au snowboard et subjugue par son talent. Un an plus tard, Shaun a déjà un sponsor ! A partir de là, tel un Attila de la glisse, il va tout écraser sur son passage. En snowboard, d’abord, puisqu’il est le double champion olympique en titre en half-pipe (les fameuses compétitions durant lesquelles les riders effectuent des figures en l’air en traversant la fameuse rampe de neige). A Sotchi, Red Zeppelin, un autre de ses surnoms, aimerait remporter une troisième médaille d’or consécutive dans sa discipline favorite. Il serait alors le premier snowboarder à réaliser cet exploit.

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Mais ce n’est pas tout. Une nouvelle discipline fait son entrée aux Jeux d’hiver cette année : le slopestyle (vous savez, cette épreuve un peu délirante durant laquelle les riders passent différents obstacles et enchaînent les figures sur un terrain spécialement conçu pour eux). Et Shaun White ne serait pas contre l’idée de ramener une autre médaille dans ce nouveau sport olympique le 8 février. Même s’il a dû arracher sa qualification après une chute dans les sélections américaines et s’il a avoué il y a quelques jours que le terrain de slopestyle de Sotchi lui semblait intimidant. Mais les grands champions n’aiment rien de plus que les défis les plus fous, n’est-ce pas. (Shaun a finalement déclaré forfait pour le slopestyle…)

Et quand la neige fond, nous direz-vous. Que fait ce jeune homme hyperactif ? Du skateboard, pardi. Et là encore, il a oublié d’être mauvais. Accumulant les médailles dans ce domaine, Shaun est d’ailleurs devenu le premier sportif à remporter la compétition annuelle de sports extrêmes, les célèbres X Games, dans deux sports différents en hiver et en été.

OR14_Flying_tomato_shaun_white_JO_SotchiNe vous fiez pas à son air nonchalant, son groupe de rock avec ses potes et son charmant sourire. Shaun White est un archi professionnel qui s’entraîne sans relâche avec une équipe aux petits soins autour de lui. Il est aussi le sportif le mieux payé de ces Jeux d’hiver avec plus de 8 millions de dollars de revenus annuels. Plusieurs jeux vidéo portent même son nom. Mais le staff, l’argent ou les sponsors n’auront aucun poids au moment de s’élancer du half-pipe le 11 février. Seul contre tous. Seul contre lui-même. Avec un nouveau saut hallucinant dans sa besace, Shaun va prendre tous les risques pour nous faire rêver une nouvelle fois. S’il échoue, il nous brisera le cœur. S’il réussit, la tomate volante brillera définitivement tel un rubis au firmament du sport.

2014, année olympique !

Bonne année à tous !

La tradition veut qu’on ait le droit de souhaiter les vœux jusqu’à la fin du mois de janvier.
On est donc encore dans les temps pour quelques heures.

Et puis, on voulait aussi attendre de vous souhaiter une belle nouvelle année chinoise.
Qu’elle soit fougueuse vous emmener au galop vers vos rêves mais aussi élégante
pour vous faire passer les obstacles avec grâce.

Rendez-vous dans une semaine pour le début des JO d’hiver de Sotchi. On sera sur le pont pour vous en parler tout au long de la quinzaine olympique !

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Marielle et Sara, vos Onion Rings

Jason et la quête de la Toison d’or

Rencontrer le porte-drapeau de la délégation française pour les Jeux de Sotchi était la surprise à laquelle les Onions étaient conviés mardi 5 novembre à Paris. Eh oui, le fameux Jason Lamy-Chappuis était là et il n’était pas venu seul : il était accompagné de sa maman ! Pourquoi un jeune homme de 27 ans vient-il participer à une conférence de presse avec sa mère ? Parce que le duo est l’image française choisie par Procter&Gamble pour représenter le groupe aux JO de Sotchi. Peut-être vous souvenez-vous de la magnifique campagne « Thank you Mum » durant les Jeux de Londres en 2012 ? Nous en avions déjà parlé ici sur le blog car nous l’avions trouvée vraiment émouvante. Visiblement, nous n’étions pas les seules. Le spot a connu une immense célébrité partout dans le monde et P&G a décidé de continuer à mettre les mères en avant. Et ça donne lieu à un nouveau joli spot pour les Jeux d’hiver. 28 sportifs internationaux racontent les liens très forts qui les unissent à leur mère. En France, c’est donc le champion olympique du combiné nordique à Vancouver en 2010 et sa mère, Annette, qui en sont devenus les ambassadeurs. Et Jason ne s’arrête pas là : outre le rôle prestigieux de porte-drapeau de la délégation bleu-blanc-rouge et celui d’ambassadeur P&G, il est aussi ambassadeur de Gillette avec son père, cette fois. De nombreuses responsabilités que le jeune Franco-Américain prend avec humilité et bonne humeur. Rencontre avec notre champion.

Jason-par-Marielle-5-nov-2013

Né aux États-Unis en 1986 d’une mère américaine et d’un père français, Jason débarque en France à l’âge de 5 ans. Il n’en repartira plus, sauf durant les vacances d’été lorsqu’il traverse l’Atlantique pour aller rejoindre ses très nombreux cousins américains. Durant ces voyages en avionentre le Montana et la France, Jason se découvre une passion : voler le plus haut possible. Et ce rêve ne le quittera plus, malgré l’or olympique, malgré les entraînements, malgré les sollicitations. Lui qui sait déjà comment approcher les étoiles avec des skis apprend aujourd’hui à piloter un avion.

OR_CNOSF_PG_Jason_Lamy-Chappuis

Grâce à ses parents qui désirent qu’il s’essaie à tout, Jason pratique de nombreuses activités physiques durant son enfance. Et c’est finalement le combiné nordique qui devient sa discipline fétiche. Ce double sport d’origine norvégienne allie la force physique et la maîtrise technique (saut à ski) avec l’endurance et la résistance (ski de fond). S’il en est aujourd’hui une des stars incontestées, Jason a longtemps été un sportif de bon niveau sans être le meilleur. Une chute à 12 ans a même failli lui faire tout arrêter. Heureusement, sans pression, il s’y est remis tout seul. Jusqu’à l’âge de 16-17 ans, il est bon. Et puis, un jour, en 2003, il gagne. D’un coup, il devient le premier. A l’aise dans ce rôle, il ne cesse de s’améliorer et d’étoffer son palmarès. Jusqu’à Vancouver en 2010 où il gagne l’or olympique dans les derniers mètres en battant le favori américain avec les tripes et la rage.

Annette-par-Marielle-5-nov-2013

Dans le public, Annette exulte. Elle est aux côtés de son mari Daniel, le père de Jason, qui ne manque jamais d’apporter sa canne à pêche magique qui se transforme en une fraction de seconde en immense porte-drapeau français. Visiblement, dans la famille, on aime porter les drapeaux tricolores ! Dans quelques semaines, sur les bords de la mer Noire, Jason saura immédiatement où se trouvent ses parents dans la foule une fois la ligne d’arrivée franchie : les sifflets stridents de sa mère et le gigantesque drapeau français de son père sont impossibles à rater. Tel le héros grec dont il porte le nom, notre champion Jason est vraiment bien entouré dans sa nouvelle quête de la Toison d’or olympique.