De la naissance des Jeux olympiques d’hiver et de la mort des Jeux nordiques

On a souvent tendance à croire que les Jeux d’hiver sont nés un beau jour de 1924 à Chamonix pour satisfaire le besoin frivole d’une frange privilégiée de la population occidentale de se griser à grands coups d’activités hivernales. Ce n’est pas faux mais la genèse des JO d’hiver n’a pas été aussi spontanée, loin de là. Pendant plus de vingt ans, entre tâtonnements et coups du sort, les sports d’hiver ont cherché leur place dans l’agenda des compétitions internationales.

OR14_JO_HIVER_1924-1990_JO_SOTCHIRetournons d’abord au tout début du 20ème siècle. Avant de devenir olympiques, les sports d’hiver ont déjà besoin d’un événement majeur. C’est chose faite en Suède en 1901 avec les Jeux nordiques. Le succès est au rendez-vous. Ils se déroulent tous les deux ans puis tous les quatre ans jusqu’en 1926. Leur fondateur, le général Balck, est un ami proche de Coubertin. Il aimerait bien que ce dernier intègre des sports d’hiver aux JO mais il lui faut être patient. C’est seulement aux JO de Londres en 1908 que quelques épreuves de patinage artistique viennent agrémenter le programme olympique. Un premier pas est franchi.

Plus téméraire encore, un comte italien propose d’organiser une semaine de sports d’hiver durant les JO de Stockholm en 1912. Mais cette idée ne plaît pas aux frileux organisateurs des Jeux nordiques. L’idée ressurgit une nouvelle fois pour les Jeux de Berlin 1916. Cette fois, c’est sûr, il y aura bien une semaine de compétitions de sports d’hiver aux Jeux olympiques. Sauf que les Jeux de Berlin de 1916 n’ont évidemment jamais eu lieu à cause de la Première guerre mondiale…

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Encore quatre ans d’attente jusqu’aux Jeux d’Anvers en 1920. Mais la semaine de sports d’hiver est temporairement laissée de côté au profit de quelques épreuves de patinage artistique et de hockey sur glace. Des os à ronger pour patienter. La délivrance est proche. Il est finalement décidé que le pays organisateur des JO de 1924, la France, va accueillir une semaine internationale de sports d’hiver sous le patronage du CIO. Cette semaine – qui dure en fait 11 jours – est séparée des épreuves d’été. Elle se déroule à Chamonix.

Voici donc les fameux premiers Jeux olympiques d’hiver de Chamonix. Pourtant, en 1924, ce nom n’existe pas encore. Ce n’est que rétroactivement qu’on donnera à cet événement le privilège d’avoir été le premier. En effet, motivé par le succès des compétitions de Chamonix, le CIO décide l’année suivante de créer des Jeux d’hiver séparés. Pas une semaine internationale gadget mais de vrais Jeux olympiques. Les Jeux d’hiver de Saint-Moritz en 1928 sont donc les vrais premiers Jeux d’hiver, même s’ils sont officiellement les deuxièmes.

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L’éclosion des Jeux d’hiver est un coup dur pour les Jeux nordiques. 1926 sera d’ailleurs la dernière année pour eux. Non pas qu’on ait décidé de les arrêter à partir de là, pas du tout. Les organisateurs ont même tenté plusieurs fois de sauver leurs Jeux. Mais le destin s’est acharné contre l’événement sportif internationalo-suédois. D’abord, le fondateur, Balck, meurt en 1928 en emportant avec lui une bonne partie de l’énergie positive nécessaire à organiser un tel tournoi. En 1930, c’est l’absence de neige qui empêche la tenue des Jeux nordiques. En 1934, c’est au tour de la Grande dépression. Quant à ceux de 1942, la Deuxième guerre mondiale sera une excuse plus que légitime pour les annuler. Les Jeux nordiques ne vont pas s’en remettre. Impossible de rivaliser avec les JO. Ils meurent dans l’indifférence quasi générale.

La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que, peu importe le nom ou l’organisateur, les sports d’hiver ont désormais un écrin grandiose pour se faire connaître et se développer.

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Adieu Émile, les skieurs te disent merci

Parce que certaines personnalités méritent qu’on fasse une exception, le blog reprend du service pour rendre hommage à un homme, un champion, un pionnier. Il s’appelait Émile et il s’en est allé il y a quelques jours à l’âge de 100 ans. Un siècle d’une vie entièrement dédiée à sa passion : le ski.

Son sport lui doit tellement qu’il est difficile de résumer ses faits d’armes. Premier médaillé français en ski alpin aux Jeux d’hiver (nazis) de Garmisch-Partenkirchen en 1936 puis premier champion du monde français à Chamonix en 1937, il a arrêté la compétition en 1939. Et c’est là que la légende s’est étoffée. Émile Allais aurait pu rester dans l’histoire comme un grand sportif. Il a fait bien plus : il a inventé le ski moderne. Des virages skis parallèles (alors que la méthode autrichienne du chasse-neige dominait auparavant) aux fuseaux (une révolution dans les combinaisons de ski), du métier de moniteur de ski (il a reçu la médaille n°1) à celui de pisteur (c’est encore lui qui a importé des États-unis et adapté, à la fin des années 50, les chenillettes de damage des pistes), le ski alpin n’aurait pas été le même sans Émile Allais.

Né à Megève et mort à Sallanches, il aura parcouru les cîmes pendant cent ans. La prochaine fois que vous dévalerez des pistes bien damées ou que vous croiserez des moniteurs de rouge vêtus, ayez une petite pensée pour ce visionnaire de la neige.